Alors que Barack Obama est arrivé à Cuba dimanche - un voyage qui fait de lui le premier président américain à visiter l'île cubaine en près de 90 ans -, dans le sud des États-Unis, des Cubano-Américains songent à leur mère patrie et se demandent s'ils y retourneront un jour.

Yanik Dumont Baron

  Une analyse de Yanik Dumont Baron
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C'est le cas d'Esteban Bovo, rencontré au musée de la baie des Cochons. Ce musée est un de ces endroits où le temps a laissé sa marque. Il s'agit en fait d'un petit bungalow, une sorte de club social pour ceux qui ont participé à l'invasion ratée de l'île cubaine en 1961. On y trouve évidemment des artéfacts de cette bataille, des uniformes, des pièces d'équipement. Même une réplique des avions de chasse utilisés.

Mais ce qui retient le plus l'attention, ce sont les dizaines - les centaines - de portraits affichés sur les murs. Des hommes, surtout. Les visages des gens morts depuis 1961.

Bien sûr, il y a les visages des dizaines de morts dans l'opération, qui visait à renverser Fidel Castro. Mais ils sont une minorité. La plupart des visages sont ceux d'hommes morts de leur belle mort. Dans les prochaines semaines, d'autres photos s'ajouteront.

Le temps n'a pas effacé les rancoeurs d'Esteban Bovo, qui a piloté un avion lors de l'attaque. Mais sa promesse de ne pas retourner sur l'île avant la mort des Castro semble moins ferme qu'avant. Ses yeux se mouillent lorsqu'il parle de la maison qu'il a dû abandonner il y a plus de 50 ans.

« Je ne sais pas si je vais revoir Cuba avant de mourir, admet-il. Et je ne sais pas ce que ça me ferait. Ma femme aimerait bien y retourner. J'ai une photo de mon ancienne maison. J'aimerais bien connaître les gens qui y habitent, voir les dures conditions de vie dans le pays. »

C'est le discours d'un homme en fin de vie. Un homme qui a choisi son camp il y a longtemps. Il n'y a pas de regret dans son discours, mais un désir de passer à autre chose. Et peut-être, finalement, de baisser les armes.

« On le voit dans les veillées funèbres », explique Raul Moas, 28 ans. « De plus en plus de gens disent des choses comme : "Je suis si heureux qu'elle y soit allée une dernière fois avant de mourir." Ils font référence à Cuba. On parle de gens qui ont toujours dit qu'ils n'y retourneraient pas avant la mort d'une certaine personne. » Cette personne, c'est Castro.

La famille de Raul Moas n'est sûrement pas la seule à Miami à garder au frais une bouteille de Dom Pérignon pour le jour où le régime des Castro tombera.

Ce rapprochement, l'« apertura », comme on dit à Miami, déchire les familles cubaines. Les plus âgés sont les plus réfractaires, tandis que les plus jeunes - et ceux qui ont quitté l'île il y a moins longtemps - penchent en sa faveur. Dans les réunions familiales, le sujet est délicat.

Mais l'ouverture, maintenant bien réelle, force aussi les discussions entre générations. Et celles-ci se concluent parfois par un voyage vers l'île cubaine. Une visite aussi improbable il y a quelques années que celle d'un président américain.

Raul Moas et son ONG, Raices de Esperanza, organisent des voyages à Cuba. Loin des plages. La moitié de leur clientèle, ce sont des Cubano-Américains qui, légalement, veulent revoir leur patrie une dernière fois. Revoir les proches et la maison familiale, mais aussi le parc où l'on a joué, l'endroit où l'on a reçu son premier baiser...

« Ce sont des gens qui portent des blessures incroyables, observe Raul Moas, parce qu'ils ont été exilés, expulsés de leur pays. C'est une génération consciente de sa propre mortalité. Une génération qui réalise que certaines choses sont plus importantes que l'idéologue et la politique, et que l'amour du pays et de la famille est peut-être plus fort. »

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