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Les écoles de conduite se préparent en vue de la légalisation du cannabis

À quelques mois de la légalisation du cannabis, les écoles de conduite du Québec modifient leur stratégie de façon à dissuader les jeunes de prendre le volant après avoir consommé. Formation aux moniteurs, bonification de la matière, tests antidopage : tout est mis en place pour rappeler les risques de la drogue au volant.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Comme c’est parfois le cas après un accident, il y a une croix sur le bord de la route 138 à Saint-Cuthbert, petite municipalité dans Lanaudière. Elle porte le nom de Lou Désilets-Corey, une jeune femme morte il y a deux ans.

Le soir du 19 décembre 2015, la conductrice âgée de 18 ans a percuté une voiture qui circulait en sens inverse. L’accident n’a laissé aucun survivant : les deux occupants de l’autre véhicule ont également perdu la vie. Le coroner a expliqué dans son rapport que Lou Désilets-Corey avait les facultés affaiblies par « l’alcool et les drogues ».

Entre 2011 et 2015, pas moins de 30 % des conducteurs âgés de 16 à 24 ans ayant trouvé la mort dans un accident de la route avaient consommé de la drogue, selon des données de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).

Pour éviter que le bilan ne s'alourdisse, le Groupe Tecnic, qui exploite 130 écoles de conduite dans la province, revoit actuellement la matière sur la drogue au volant avec des nouvelles présentations en classe et un nouveau chapitre dans son manuel.

« On va mettre plus d'importance sur le cannabis, non pas qu'on n'en mettait pas, mais compte-tenu que ça devient légal, c'est important qu'on comprenne que le cannabis a les mêmes effets que l'alcool au volant », explique la directrice générale Mylène Sévigny.

Des inquiétudes généralisées

L’Association des écoles de conduite du Québec (AECQ), qui regroupe 70 % des écoles de la province, dit sentir la préoccupation de certains de ses membres. Elle prépare d'ailleurs une formation destinée à ses moniteurs et organisera une conférence sur la question en mars lors de son assemblée générale.

Le directeur général de l'AECQ, Marc Thompson, précise que ce sont des mesures qui s'ajoutent à la matière déjà enseignée en classe et aux messages publiés sur ses réseaux sociaux.

La question des facultés affaiblies en raison de l’alcool ou des stupéfiants fait déjà l’objet d’un chapitre complet dans les cours de conduite. La SAAQ impose un minimum de matière que les écoles peuvent ensuite bonifier.

C’est notamment le cas de L’École de conduite Vachon de Sainte-Marie, en Beauce. Depuis 2014, l’établissement fait passer des tests antidopage aux élèves qu’elle soupçonne d’être intoxiqués.

« Ça fait prendre conscience aux gens que oui, il y a des tests qui existent », raconte la présidente-directrice générale, Lise Champagne.

« Présentement, ces tests ne sont pas reconnus au niveau légal. Ça ne veut pas dire que la police, par contre, ne peut pas retirer le permis de conduire. Le but de ces tests est vraiment de dissuader les jeunes », précise-t-elle.

De son côté, la SAAQ diffuse des publicités sur la drogue au volant depuis cinq ans. Cette année, elle songe à changer le moment de la campagne, en juin plutôt qu’au printemps afin d'être plus près de l'entrée en vigueur de la loi.

Peu importe le travail de sensibilisation, les amies de Lou Désilets-Corey, elles, croient aussi que ce sont des témoignages comme les leurs qui font réfléchir.

« Quand tu ne l'as pas vécu, tu te dis toujours : "Ça arrive juste aux autres", explique Gabrielle Adam. Quand ça t'arrive à toi, tu vois les choses différemment. »« Si j'ai un message à passer, c'est : "Attends avant de prendre ton auto" », ajoute Karolann Gingras.

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