La montée de l'indépendantisme catalan est portée sur la scène politique par le président de la région Artur Mas. Face à lui, l'inflexible premier ministre espagnol Mariano Rajoy. En trame de fond de ce duel s'activent des militants, mobilisés pour une cause qui se bute à un tribunal dont l'impartialité est contestée.

Portrait des cinq acteurs de ce bras de fer politique en vue de l'élection régionale catalane du 27 septembre.

Un texte d'Olivier Arbour-Masse

MARIANO RAJOY, premier ministre espagnol

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Photo : Reuters/Gustau Nacartino

Mariano Rajoy incarne l'opposition espagnole aux demandes de la Catalogne. Chef du Parti populaire depuis 2004, c'est lui qui était aux commandes quand sa formation politique a contesté le statut d'autonomie de la région devant le Tribunal constitutionnel en 2006.

Élu en 2011, il a, l'année suivante, présenté une fin de non-recevoir à la demande de négociation d'une nouvelle entente fiscale par le gouvernement catalan. Il dit accepter de discuter avec son homologue catalan pourvu que l'indépendance ne soit pas au menu. Pour lui, il est impensable que les Catalans puissent voter sur cette question.

Cette fermeture est décriée tant chez les souverainistes que chez les observateurs de la scène politique espagnole. « Il n'a pas eu une attitude responsable, déplore Lluis Orriols, politologue et professeur à l'Université Carlos III de Madrid. C'est comme s'il n'avait pas pris conscience de ce qui se passait en Catalogne. Il n'a pas négocié quand c'était le temps de le faire et ça a enflammé le conflit. »

ARTHUR MAS, président sortant de la Catalogne

Le président sortant de la Catalogne Arthur Mas. Photo : Reuters / Albert Gea

L'évolution de la position politique d'Artur Mas est à l'image de celle de son peuple.

Désormais porteur du projet indépendantiste, il n'avait jamais fait la promotion d'un État catalan avant 2012. « Sa conversion au souverainisme a été forcée par la situation politique catalane des dernières années. Il a eu la capacité de se transformer et de conserver le pouvoir », fait remarquer le politologue catalan Marc Sanjaume.

M. Mas dirige Convergence démocratique de Catalogne, un parti de centre droit, et s'assure de faire progresser le projet indépendantiste dans les limites de la légalité, malgré les appels répétés à la désobéissance civile de la faction de gauche du mouvement.

N'empêche qu'il fait l'objet d'une poursuite judiciaire intentée par Madrid pour son rôle dans l'organisation de la consultation populaire du 9 novembre 2014. Fin stratège, il a su maintenir l'unité fragile du camp indépendantiste, malgré les obstacles et divergences d'opinions.

LE TRIBUNAL CONSTITUTIONNEL

Le Tribunal constitutionnel. Photo : Reuters / Vincent West

Acteur majeur de ce conflit, c'est lui qui, à la demande du Parti populaire de Mariano Rajoy, a révoqué une partie du statut d'autonomie de la Catalogne en 2010, provoquant une montée du sentiment indépendantiste.

Depuis, M. Rajoy a pris le pouvoir et il continue de faire appel au Tribunal constitutionnel sur la question catalane. Son gouvernement invoque la Constitution de 1978, qui définit le pays comme étant indivisible, pour écarter les velléités indépendantistes. Conséquemment, il saisit le Tribunal constitutionnel dès que le gouvernement catalan s'engage dans une voie pouvant menacer l'unité de l'Espagne.

À l'automne 2014, le tribunal a bloqué la tenue de la consultation citoyenne avant de prohiber sa version édulcorée, renommée « processus participatif ». Quelque 2,3 millions de Catalans ont bravé l'interdiction pour appuyer massivement l'idée d'indépendance.

Le 1er septembre, le gouvernement espagnol a déposé une réforme judiciaire controversée qui permettrait au Tribunal constitutionnel de suspendre rapidement Artur Mas s'il devait, au lendemain des élections du 27 septembre, prononcer une déclaration d'indépendance.

Selon le chercheur Marc Sanjaume, le tribunal s'est « beaucoup politisé » ses dernières années au fil des nominations partisanes et « a perdu toute crédibilité ».

CARME FORCADELL, ex-présidente de l'Assemblée nationale catalane

L'ex-présidente de l'Assemblée nationale catalane, Carme Forcadell. Photo : Reuters / Albert Gea

Le mouvement indépendantiste catalan est en grande partie porté par la société civile. Aux avant-postes : deux organisations citoyennes majeures, l'Assemblée nationale catalane (ANC) et l'association culturelle Omnium Cultural.

L'ANC, qui regroupe 80 000 membres, organise depuis 2012 les grandes manifestations du 11 septembre, jour de la fête nationale.

Présidente de l'ANC depuis 2011, Carme Forcadell a quitté son poste pour se présenter aux élections régionales, dans une démarche d'unité du mouvement indépendantiste.

Dans la circonscription de Barcelone, elle occupe la deuxième place sur la liste électorale présentée par Junts pel Si (Ensemble pour le Oui), coalition des deux principaux partis indépendantistes et de la société civile.

MURIEL CASALS, ex-présidente d'Omnium Cultural

Muriel Casals, ex-présidente d'Omnium Cultural. Photo : Getty Images / Alex Caparros

Muriel Casals a été à la tête d'Omnium Cultural de 2010 à 2015, l'autre grande organisation citoyenne. Durant cette période, l'organisation, d'abord fondée pour promouvoir la langue et la culture catalanes, s'est politisée. Elle fait désormais la promotion de l'indépendance.

Mme Casals a quitté l'organisation en 2015 pour rejoindre elle aussi la coalition en vue des élections du 27 septembre. Elle occupe le troisième rang de la liste électorale de la coalition pour la circonscription de Barcelone, tout juste derrière Carme Forcadell.

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