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Les employés du secteur public québécois sont trop blancs

Bien qu'un million de Québécois fassent désormais partie des minorités visibles, ils ne sont pas assez représentés dans les ministères et les organismes publics de la province. Une analyse de données réalisée par Radio-Canada révèle que la vaste majorité des employeurs du secteur public n'arrivent pas à atteindre les cibles de recrutement fixées par l'État.

Une enquête de Thomas Gerbet

« Il manque plus de 25 000 employés issus des minorités visibles dans les organismes publics du Québec ». Le titre de notre analyse d'il y a deux ans pourrait-être copié-collé aujourd'hui : la sous-représentation perdure.

La Société des alcools du Québec ne compte que 2 % de représentants des minorités visibles parmi ses employés. Hydro-Québec: 4 %. Les ministères provinciaux: 7 %. Pourtant, 13 % des Québécois n’ont pas la peau blanche.

Alors que les appels au « vivre-ensemble » se multiplient ces derniers temps, faudra-t-il aussi appeler à travailler ensemble ?

En respect de la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi, la Commission des droits de la personne fixe des cibles de recrutement de minorités visibles pour chaque organisme public en fonction de différents critères, comme la région ou la disponibilité de la main-d'œuvre dans le domaine. On n'imposera pas la même cible à Montréal qu'à Saguenay.

Les municipalités

Avec des minorités visibles qui se comptent sur les doigts d’une main, les villes de Repentigny et de Saint-Jérôme sont celles qui sont le plus en retard parmi les municipalités comptant plus de 500 employés. Chacune devrait recruter une cinquantaine de minorités visibles supplémentaires.

À l’inverse, la Ville de Sherbrooke a beaucoup progressé depuis notre dernière analyse en embauchant une cinquantaine d’employés de couleur. La municipalité est passée du groupe des moins bons élèves à la deuxième position.

La Ville de Laval a fait aussi beaucoup de progrès depuis notre dernière analyse : elle a multiplié par cinq le nombre de minorités visibles parmi ses fonctionnaires.

« On a opéré un changement de culture », explique la conseillère en acquisition de talents à la Ville de Laval, Andrée Assaf. Les gestionnaires et les syndicats ont, par exemple, été sensibilisés à la nécessité de recruter des membres de la diversité.

La très vaste majorité des Québécois membres des minorités visibles (9 sur 10) vit dans la région métropolitaine de Montréal. Parmi tous les résidents de la ville de Montréal, 1 sur 3 n'a pas la peau blanche.

La Société de transport de Montréal (STM) est l'un des très rares organismes a être parvenu à atteindre 100 % de l’objectif fixé par Québec, avec près de 1700 membres de minorités visibles parmi ses employés.

Milieu de la santé

Les organismes de santé qui sont les plus représentatifs de la diversité de leur population sont les cinq Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’île de Montréal, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais. Ce sont les seuls à avoir dépassé 50 % de leur objectif fixé par la loi.

L’Institut de cardiologie de Montréal fait figure d’exception dans la métropole : il n’a pas fait de progrès depuis notre dernière analyse. L’établissement manque cruellement de minorités visibles pour atteindre ses cibles. D’une cinquantaine d’employés de couleur, il devrait passer à près de 300.

Les six organismes qui ont le plus de retard quant à leurs cibles de recrutement sont tous les CISSS de la banlieue de Montréal. Au bas du classement, on retrouve le CISSS des Laurentides, qui doit encore recruter près de 1000 membres des minorités visibles pour espérer atteindre les objectifs.

« Nous déployons beaucoup d’efforts pour publiciser tout le potentiel d’une carrière dans le réseau de la santé de notre belle région, assure la porte-parole du CISSS des Laurentides, Thaïs Dubé. Nos équipes de recrutement s’affairent également à couvrir les territoires de Montréal et de Laval, où on retrouve beaucoup plus d’étudiants issus d’un groupe de minorités visibles. »

Les commissions scolaires

La palme de la représentativité revient à la Commission scolaire de Montréal, avec 2400 minorités visibles dans ses rangs. Elle a presque atteint l’objectif fixé par l’État.

Juste derrière, avec 84 % d'avancement, on trouve la Commission scolaire René-Lévesque, en Gaspésie. Elle emploie une soixantaine de membres de minorités visibles. Une bonne preuve qu’il est possible de satisfaire les cibles, même en région.

Les cinq commissions scolaires qui affichent le pire bilan sont toutes situées en banlieue de Montréal. Elles sont sous les 10 % de l’objectif et ont fait peu ou pas de progrès dans leur recrutement depuis notre dernière analyse.

« On est engagés à atteindre nos cibles, assure la directrice des ressources humaines (DRH) de la Commission scolaires des Patriotes, Nathalie Avon. Mais on a peu de candidatures. »

« Tout le défi est de parvenir à les attirer », ajoute la DRH. Elle rappelle que les cibles de son organisme sont calculées sur les bases de la population de toute la région de Montréal, mais que tous les Montréalais n'ont pas envie de travailler en banlieue.

Les cégeps

Les collèges anglophones sont en tête de liste de ceux qui représentent le mieux la diversité. Du côté francophone, seuls le Collège de Maisonneuve et le Collège Rosemont ont dépassé la moitié de leur objectif de recrutement.

Plusieurs établissements en région font vraiment pâle figure. Les cégeps de Jonquière, de Victoriaville et de Sept-Îles n’ont aucune minorité visible parmi leurs employés, alors qu’ils devraient en avoir respectivement 62, 21 et 14.

Un organisme qui ne démontre aucun effort dans son recrutement de groupes cibles pourrait faire l’objet d’une plainte devant le Tribunal des droits de la personne.

La police

Le quartier général de la Sûreté du Québec a la peau blanche à 99,5 %. Moins d’une trentaine de minorités visibles y sont employées. Il en faudrait cinq fois plus, mais l’organisation stagne – voire recule – depuis des années dans ce domaine de recrutement.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) compte 14,5 % de minorités visibles parmi son effectif policier et administratif. On est encore bien loin des 34 % que compte la population de la ville de Montréal, mais des efforts ont été faits ces dernières années.

« Toutes les femmes et les minorités visibles, ethniques ou autochtones qui réussissent notre processus de sélection sont embauchées », indique la porte-parole du SPVM, Isabelle Matte.

La fonction publique

Les ministères québécois n'ont pas de cibles spécifiques comme les organismes publics. Le Conseil du Trésor s'est fixé l'objectif d'avoir 9 % d'employés réguliers membres des communautés culturelles.

L'appellation « communautés culturelles » regroupe les minorités visibles, mais également les minorités ethniques (personnes blanches dont la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais). En 2017, la fonction publique a atteint pour la première fois la barre des 9 %.

Selon les informations recueillies auprès du Conseil du Trésor, trois quarts des minorités culturelles sont des minorités visibles. La représentation est donc de 7 %, soit très loin des 13 % que compte la population québécoise.

Le gouvernement n'a pas revu sa cible à la hausse depuis 2001. Pourtant, la population québécoise a bien changé.

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