Dans les parcs et les terrains de jeu de Fort McMurray, l'absence d'enfants donne des airs lugubres à une ville qui cherche à retrouver un rythme de vie normal. L'hôpital est maintenant rouvert, l'eau est potable, la qualité de l'air est bonne. Les enfants peuvent donc commencer à rentrer à la maison.

À l'aéroport, une dizaine de pères fixent du regard l'escalier où leur famille doit apparaître. Ils sont revenus travailler depuis quelques semaines, mais préféraient attendre un peu avant de permettre le retour de leurs enfants. Les scènes de retrouvailles sont touchantes.

Parmi les hommes témoins de ces retrouvailles, Jacques Maurice cherche sa fille Jessie. « Ça fait une vingtaine de jours que je ne l'ai pas vue, dit-il, j'ai hâte! Ma petite fille... c'est une fille à papa, celle-là! » Finalement, Jessie, 10 ans, arrive en compagnie de sa mère Véronique et de leur chien Spot. Après un long câlin, la famille récupère ses valises et prend la route vers le nord de la ville. Après 53 jours bien comptés, loin de la maison, Jessie pourra constater les dommages causés par le feu du 3 mai.

« Oh My God! » s'écrie-t-elle, en passant devant les quartiers de Beacon Hill et de Waterways, complètement dévastés par le feu. Puis, c'était inévitable, elle voit les arbres brûlés qui longent la route qu'elle a empruntée avec son père (qu'elle appelle dad), quand elle a pris la fuite, une fuite qu'elle raconte à sa mère : « Moi pis dad, quand on sortait de mon école, ça, ça brûlait. »

Loin de la maison, loin de l'école pendant plus de sept semaines, elle a pris le temps d'écrire ce qu'elle a vécu lors de l'évacuation. Un récit qui ressemble à celui des adultes, mais qui donne des frissons, parce que raconté par une fille de 10 ans. « On était pris [dans la circulation]. Du monde qui perdait patience, qui montait sur les trottoirs, qui prenait la route dans la mauvaise direction, qui allait n'importe où, se rappelle-t-elle. On a regardé derrière, on a vu les flammes, on était pris et ça ne bougeait pas [...] j'avais très peur. »

Toute la famille s'en est sortie. Le cauchemar tire à sa fin, mais pour Jessie, il y a encore quelques obstacles à surmonter. Elle changera d'école l'année prochaine, et les familles de quelques-unes de ses amies ont décidé de ne plus revenir à Fort McMurray. « Beaucoup de mes amis habitaient dans un des quartiers qui a brûlé. Certains resteront maintenant à Calgary ou ailleurs. Je suis triste parce qu'on était vraiment proches. C'était mes premiers amis, ils vont me manquer. »

L'école francophone où allait Jessie restera fermée jusqu'en septembre 2017. La garderie francophone aussi est fermée et la directrice locale de l'Association canadienne-française de l'Alberta, Angélina Gionet, tente de la rouvrir... tout un défi. « Chaque jour, dit-elle, des parents nous appellent parce qu'ils veulent s'organiser, savoir où ils iront en septembre avec leurs enfants. Si on n'a pas de service de garde francophone, ça joue dans leur décision. Malheureusement, aujourd'hui même, je ne peux pas dire qu'on a officiellement un endroit. »

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