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Les entreprises de l’Ontario, libres de ne pas recycler

L'environnement a beau occuper une place importante dans le discours public, en Ontario, seulement le quart de tous les déchets produits chaque année sont recyclés. Les principaux responsables? Le secteur non résidentiel, qui est à l'origine de 75 % des déchets non recyclés dans la province.

Un texte de Joël Ashak

Le secteur non résidentiel comprend les entreprises, les centres commerciaux, les industries et même les édifices du secteur public, comme les hôpitaux.

Les mesures en place pour encourager ces bâtiments à recycler sont si peu contraignantes en Ontario que, dans les faits, elles sont inexistantes, estime Jo-Anne St. Godard, directrice du Conseil de recyclage de l'Ontario, une agence qui oeuvre pour éliminer la production de déchets.

« Depuis les années 1990, la province demande aux grosses compagnies de recycler, explique-t-elle. Malheureusement, il n’existe pas de pénalités contre l’inaction dans le secteur commercial et il y a peu de surveillance de la part du ministère de l’Environnement pour faire respecter la loi. »

Les chiffres abondent en ce sens. Le ministère de l’Environnement estime que seulement 25 % des déchets ont été recyclés en Ontario l’an dernier, une tendance qui ne s'améliore pas depuis une décennie, malgré les campagnes de sensibilisation.

Pourtant, de nombreuses entreprises qui travaillent avec le Recycling Council of Ontario affirment recycler la majorité de leurs déchets : « 70-80 %, jusqu’à 100 % dans certains cas », dit Jo-Anne St. Godard.

Les Villes tentent tant bien que mal de mettre en place leurs propres stratégies pour changer les choses, mais les ressources ne sont pas toujours disponibles et légalement, les municipalités ont les mains liées.

« Nous ne pouvons pas forcer une compagnie à recycler, explique Renée Brownlee, la responsable de la gestion des ordures du Grand Sudbury. Seule la province a ce pouvoir. »

Payer plus au site d’enfouissement

Dans le Grand Sudbury, la municipalité s’engage à collecter jusqu’à trois bacs de recyclage par entreprise.

Pour s’assurer que de plus grosses quantités soient bien acheminées au centre de recyclage, la Ville utilise une méthode de dissuasion adoptée par plusieurs autres municipalités du pays.

Lorsqu’un camion se présente au site d'enfouissement et dépose des déchets dans lesquels il y a trop de matières recyclables, un employé du site peut facturer au propriétaire du camion un montant trois fois plus élevé que pour des déchets ordinaires.

Les déchets non triés se retrouvent tout de même sous terre.

Toutefois, plusieurs questions se posent quant à cette méthode.

D’une part, la Ville admet qu’elle ne garde pas de traces écrites des fois où un employé a surfacturé une compagnie. Elle se contente de dire que « cela n’arrive que rarement ».

D’autre part, les sites d'enfouissement du Grand Sudbury, comme la moitié de ceux de la province, sont gérés par le privé.

Théoriquement, un employé du site d’enfouissement devrait ouvrir les sacs noirs opaques et repérer ceux dont les déchets ne sont pas triés.

La plupart des déchets produits par des compagnies sont, par ailleurs, ramassés par des sous-traitants.

Un camion peut transporter les déchets de plusieurs entreprises. Cet employé aurait donc la tâche de déterminer de quel bâtiment proviennent les sacs en question.

Ensuite, ce serait à la compagnie de collecte d’ordures d’acheminer la facture à l’entreprise fautive.

« Les Villes ont rarement les ressources pour faire le suivi des ordres d’exécution, explique Mme St. Godard. Cela peut être une raison pour laquelle on ne connaît pas le nombre de cas de surfacturation et peut-être que les Villes ne veulent pas divulguer ces chiffres. »

Une nouvelle loi pour responsabiliser les entreprises

À la fin de 2016, l'Ontario a promulgué la Loi favorisant un Ontario sans déchets.

Le texte a pour but de mener l’Ontario vers une économie circulaire, « un système au sein duquel rien n’est gaspillé et les matériaux de valeur destinés aux sites d’enfouissement sont réintroduits dans l’économie sans répercussions négatives sur les personnes ou l’environnement ».

Dans un rapport de 43 pages visant à définir sa stratégie, la province dit vouloir « encourager les entreprises à concevoir des produits durables, réutilisables et facilement recyclables ».

Le Conseil de recyclage de l'Ontario fonde beaucoup d’espoir sur cette loi que le groupe perçoit comme « potentiellement une des plus progressistes du pays ».

Toutefois, les détails des mesures visant à contraindre les entreprises à se plier à ce modèle ne sont pas encore connus.

« Cela dépendra de la façon dont les règlements seront formulés », résume la directrice du Recycling Council of Ontario.

Ailleurs au pays

Selon Statistique Canada, le taux de recyclage de 25 % en Ontario se situe dans la moyenne canadienne.

Parmi les meilleures élèves figurent la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique.

Cette dernière fait payer certaines entreprises pour les déchets qu’elles produisent, plutôt que d’envoyer la facture aux contribuables.

Au Québec, la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles impose une responsabilité aux producteurs de certains produits, comme les piles et batteries, la peinture et les huiles utilisées en mécanique.

Certaines matières, comme le papier et le carton, sont également bannies des sites d’enfouissement.

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