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Les entreprises s'ajustent aux dénonciations de harcèlement psychologique

Les dénonciations de harcèlement sexuel de l'automne dernier ont entraîné de nombreuses prises de conscience dans le milieu du travail. Les plaintes pour harcèlement psychologique ont depuis pris le relais et on assiste à un déferlement de plaintes qui poussent un grand nombre d'entreprises à prendre des mesures afin d'enrayer le phénomène.

« Des gens qui s’adressent aux autres avec un manque de respect, qui peuvent hurler, poser des gestes violents. Pas nécessairement physiques, ça peut être claquer des portes. Quand c’est un environnement comme ça, c’est du harcèlement », explique Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines, dont la mission première est de protéger les employés québécois.

L’argument du harcèlement comme « culture d’entreprise » n’est « plus acceptable » pour Mme Poirier. « Peu importe l’industrie, peu importe le secteur, ça ne justifie pas le manque de civilité […]. Dans 60 % des cas, [le harcèlement] part d’un problème de manque de civilité », ajoute-t-elle.

Depuis l’automne dernier, Manon Poirier a constaté une hausse du niveau de sensibilité des entreprises à ce sujet.

Cette hausse fait écho au nombre grandissant de plaintes déposées.

En un an, les plaintes reçues par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour harcèlement psychologique ont augmenté.

On parle de 4669 plaintes en 2017, soit une augmentation de 269 plaintes par rapport à 2016, et de 647 plaintes par rapport à l’année 2011.

Différentes méthodes pour aider les entreprises à lutter contre le harcèlement psychologique

Par conséquent, de nombreux employeurs font appel à l’Ordre pour mettre à jour leurs politiques de comportement, mais aussi pour demander des stages ou des formations afin de gérer et de repérer ce genre de crise.

D’autres sociétés sollicitent les services d’enquêteurs privés spécialisés dans le milieu du travail.

Anaïs Lacroix, avocate spécialisée en droit du travail, a constaté que les demandes ont explosé depuis l’automne dernier, si bien qu’elle a décidé de créer sa propre entreprise.

« On est absolument débordés, on est en recrutement », affirme l'avocate. L'entreprise met particulièrement l'accent sur la prévention et assure un suivi.

Les demandes viennent de tous les milieux, que ce soit des restaurants, des boutiques, des petites et moyennes entreprises, voire des multinationales. Les enquêtes peuvent prendre de quatre à six semaines.

Depuis 2004, le harcèlement psychologique est reconnu par la loi au Québec. Beaucoup d'entreprises se sont dotées d'un code de conduite, mais le milieu du travail évolue très vite, ce qui provoque beaucoup de stress. Personne n'est donc à l'abri et ça commence très souvent par un manque de courtoisie et de civilité.

Il est souvent difficile de définir le harcèlement psychologique, c’est pourquoi « il y a un besoin d’éducation […] et certaines notions à clarifier », ajoute Me Lacroix.

Pour Manon Lacroix, là réside toute la difficulté des enquêtes lorsqu'il y a plainte. Il faut « préserver les réputations et faire attention aux collègues […] on s’assure de chercher les bons éléments, d’être rigoureux dans notre méthode, de conclure s’il y a eu ou non harcèlement », conclut-elle.

Avec des informations de Catherine Kovacs

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