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Les erreurs de médication en résidences pour aînés suscitent l'inquiétude

Une récente étude trace un portrait pour le moins troublant des pratiques en matière de médication dans les résidences pour personnes âgées. Selon des chercheurs, on a dénombré au moins 500 cas d'erreurs dans l'administration de médicaments en 2016 et 2017, ce qui aurait fait en sorte que des résidents ont consommé des remèdes qui ne leur étaient pas destinés.

L'étude en question, publiée dans le Journal of Post-Acute and Long-Term Care Medicine, s'appuie sur des données fournies par le Centre antipoison du Québec et concerne des CHSLD, des résidences privées et des ressources d'hébergement en milieu familial.

Le principal auteur de l'étude, le pharmacien toxicologue à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) Pierre-André Dubé a expliqué en entrevue à l'émission L'heure du monde, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, avoir été bouleversé par un cas, où le décès d'un patient a été provoqué par l'administration d'un médicament destiné à une autre personne.

M. Dubé a également dit s'être fait rapporter par des infirmières du Centre antipoison que plusieurs appels concernaient des erreurs d'administration de médicaments.

Selon M. Dubé, les résultats de l'étude « sont assez surprenants » : « On ne s'attendait pas à avoir autant de cas; nous avons répertorié 494 appels au Centre antipoison, pour des cas où les médicaments avaient été offerts aux mauvaises personnes sur une période d'un an. »

Le pharmacien toxicologue croit par ailleurs que le nombre de cas où des médicaments ont été administrés à la mauvaise personne est probablement supérieur à 500, puisque les résultats de l'étude ne concernent que les personnes appelant le Centre antipoison pour signaler l'erreur.

« C'est assez difficile, avoir ce genre de données », poursuit M. Dubé. Le spécialiste a toutefois réussi à obtenir les informations des CHSLD, qui font partie du réseau de la santé publique.

Pour l'année 2015-2016, ce ne sont pas moins de 48 000 rapports d'erreur liés à la médication qui ont été produits dans les CHSLD; de ce nombre, environ 3 %, ou 1400 cas concernent l'administration d'un médicament au mauvais patient.

« Ce ne sont pas toutes des erreurs graves, a nuancé M. Dubé. Il s'agit parfois de l'oubli d'une dose ou d'une dose administrée une heure plus tard que prévu. »

Sur les 48 000 erreurs, 42 % relèveraient de l'omission, soit l'oubli d'une dose, ou d'une dose erronée.

Aux yeux de Pierre-André Dubé, la multiplication des médicaments consommés de concert augmente les risques de complications médicales, voire de décès. Il estime donc que « toute erreur liée à la médication devrait être considérée comme une urgence médicale ».

Cette étude paraît alors qu'une demande de recours collectif a été autorisée contre les CHSLD du Québec pour protester contre des conditions de vie jugées « dégradantes ».

À qui la faute?

Si le spécialiste indique ne pas s'être penché sur les causes des erreurs, il a rappelé sur les ondes d'ICI RDI une étude de 2010 qui s'intéressait déjà aux sources d'erreurs liées à la médication.

« On compte par exemple des erreurs dans le dossier, en raison d'une écriture illisible, ou de la présence d'abréviations que le personnel ne comprend pas; on peut penser à des problèmes de disponibilité des médicaments », a-t-il dit.

Les mauvaises conditions de travail dans les établissements de santé, les changements d'horaires, des politiques ou des procédures floues ou manquantes en établissement sont autant d'autres sources possibles d'erreurs, a ajouté M. Dubé.

À cela, il faut aussi ajouter les risques d'erreur humaine, les situations d'urgence ou la surcharge de travail.

Dans les données disponibles pour l'étude, on ne répertorie aucun décès.

Toutefois, précise Pierre-André Dubé, le portrait de la situation est incomplet, puisque les données provenant de résidences privées et d'autres ressources d'hébergement ne sont pas disponibles.

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