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Les femmes boudent la politique municipale, mais pourquoi?

Le terrain municipal se féminise d'une élection à l'autre, mais très lentement. Minoritaires aux conseils municipaux, les femmes sont également moins nombreuses à briguer les suffrages.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Cet été, la chef de Projet Montréal, Valérie Plante, s’est présentée comme « l’homme de la situation » pour gouverner la métropole. Le message de cette campagne publicitaire controversée : la politique municipale reste un monde d’hommes.

Les femmes se font pourtant élire dans les mêmes proportions que les hommes, explique la directrice générale du Groupe femmes, politique et démocratie (GFPD), Esther Lapointe.

Mais il manque de candidates. Pour atteindre la parité au municipal, où sont disputés quelque 8000 sièges, il faudrait de 2800 à 3000 candidates supplémentaires, évalue-t-elle.

Aux élections de 2013, 28,8 % des candidats étaient des femmes. En 1980, elles n’étaient même pas 5 %.

« C’était alors un exploit », souligne Winnie Frohn, conseillère municipale à la Ville de Québec de 1985 à 1993. Ce n’est qu’en 1974 que l’ensemble des municipalités québécoises ont permis aux femmes de voter, rappelle la professeure associée de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), spécialiste de la place des femmes en politique.

« Mais la société a beaucoup changé, et on devrait maintenant avoir à peu près 50 % de candidates », fait-elle valoir.

En 2013, moins du tiers des candidats aux postes de conseillers municipaux étaient des femmes. Un déséquilibre plus marqué pour la mairie : la proportion chutait à moins d’une sur cinq.

Un bassin hautement masculin

« Les femmes n’ont pas encore le réflexe de se porter candidates, elles attendent qu’on les invite, observe Esther Lapointe. Et même, certaines se sont fait approcher à trois reprises avant de dire oui, parce qu’elles craignent de ne pas avoir les compétences nécessaires. »

De plus, les comités de sélection recrutent souvent dans les milieux professionnels traditionnellement masculins, comme les cabinets d’avocats, soutient Winnie Frohn.

Mme Frohn évoque aussi la difficile conciliation travail-famille. « Les jeunes hommes s’occupent beaucoup des enfants, mais les femmes restent largement responsables des tâches domestiques », signale-t-elle.

La tenue de séances municipales en soirée n’aide pas, renchérit Esther Lapointe. Dans les petites municipalités, où les postes sont à temps partiel, les élus sont sous-payés et occupent souvent un double emploi, ajoute-t-elle. Ça ne favorise pas les femmes, dont les revenus sont moins élevés, argue-t-elle.

La politique a-t-elle un sexe?

Élaboré par des hommes, le modèle politique actuel est mal adapté aux femmes, déplore Esther Lapointe. « La majorité des femmes n’aiment pas l’affrontement. Elles recherchent plutôt les consensus », avance-t-elle.

Il existe peu de modèles féminins, mais il y a des « contre-modèles » masculins, note Winnie Frohn.

Mme Frohn relève toutefois l’exemple inspirant de Colette Roy-Laroche, l’ex-mairesse de Lac-Mégantic.

Plus on pourra mettre en valeur les forces des femmes, plus il sera possible de « créer un milieu attrayant pour elles », ajoute Mélanie Girard, conseillère municipale à Roberval, au Lac-Saint-Jean, une ville dont le conseil est paritaire. « Il faut arrêter de chercher ce qui empêche les femmes d’aller en politique et valoriser ce qu’elles peuvent apporter », argue la mère de deux jeunes enfants, élue en 2013.

Des écarts entre régions

En 2009 et 2013, les municipalités d’au moins 100 000 habitants et celles de moins de 2000 comptaient la plus grande proportion de candidates, relève le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT).

Les disparités s’observent aussi entre régions.

« La politique municipale ne se fait pas seulement à l’intérieur du conseil de ville, nuance Mélanie Girard. Ici, on participe à des tables de concertation, à des commissions, où il y a souvent plus de femmes que d’hommes. »

Promouvoir la politique municipale

Qualité de l’eau, environnement, logement... il faut sensibiliser la population à l’impact de la politique municipale dans nos vies afin d’inciter davantage de femmes - et d’hommes - à se présenter, insiste Winnie Frohn.

L’Union des municipalités du Québec a créé un comité formé d’élues pour accroître le nombre de candidates, et le GFDP donne des formations aux aspirantes candidates.

Auparavant, les femmes qui briguaient un poste le faisaient après avoir élevé leur famille; maintenant plusieurs candidates ont de jeunes enfants, remarque Esther Lapointe.

Selon le MAMOT, la proportion de candidatures féminines est d’ailleurs plus importante chez les plus jeunes... cependant moins nombreux à se présenter : l’âge moyen des candidats est de 53 ans.

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