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Les femmes n'ont pas des salaires inférieurs aux hommes par choix

Le nombre d'heures allouées au travail et la vocation que choisissent les femmes ne permettent pas de justifier l'écart qui demeure entre leur salaire et celui des hommes, affirme l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) dans son plus récent rapport.

La thèse du choix, qui soutient que les femmes ont une rémunération en deçà de celles des hommes en raison de décisions individuelles – le choix d’un domaine d’étude ou le choix de travailler un moins grand nombre d’heures – est injuste et ne passe pas le test lorsque soumise aux données québécoises.C’est ce que remarque la chercheuse Marie-Pier Roberge dans l’étude « Salaires inégaux, à qui la faute? ».

Si les femmes québécoises ont gagné 79,1 % du salaire hebdomadaire des hommes de la province en 2016, c’est parce qu’elles sont confrontées à une « discrimination systémique qui persiste sur le marché du travail québécois », soutient-elle.

Et pour les femmes racisées, la discrimination est double et « entraîne des salaires encore plus faibles », souligne la chercheuse.

Même parcours, même salaire?Un homme et une femme qui suivent le même parcours et bénéficient de la même flexibilité d’horaire obtiendraient-ils le même salaire?« On constate que non », explique Mme Roberge. Après avoir étudié les données sur les écarts de revenu en fonction du temps de travail, du niveau d’éducation, du champ d’études, du type d’emploi et du taux de syndicalisation au Québec, la chercheuse note qu’un écart demeure toujours.

Bien qu'elles soient plus nombreuses que les hommes à détenir un diplôme universitaire à la fin de leurs études, les femmes se voient encore reprocher par certains de ne pas choisir les programmes les plus payants.Pourtant, les diplômées québécoises au baccalauréat en science de la santé ont obtenu 82 % du salaire de leurs homologues masculins, l’an dernier. Pour les finissantes en droit, le ratio salarial baissait à 77 %.

Double rôleLes partisans de la thèse du choix brandissent l’argument que les femmes exigent des horaires moins variables et se retrouvent ainsi à occuper plus souvent des emplois à temps partiel.Or, les femmes se trouvent privées de cette flexibilité en raison du double rôle qu'elles doivent assurer : celui de travailleuse rémunérée et celui à la maison, où elles effectuent la majorité des tâches domestiques, explique Mme Roberge.

Il est important de considérer la valeur du travail invisible, selon l’IRIS. L’enjeu de la conciliation entre le travail et la vie de famille est plus difficile pour les femmes, qui « subissent des pressions systémiques auxquelles échappent la plupart des hommes », peut-on lire dans le rapport.

Selon Mme Roberge, le discours des choix individuels est un frein au dialogue sur la mise en place de politiques publiques permettant aux femmes de « fournir la même flexibilité sur le marché du travail ».

Même si l’écart entre la rémunération des hommes et celles des femmes a rétréci au fil des ans, la partie n’est pas gagnée. Il faut « faire en sorte que les hommes et les femmes se partagent plus équitablement les tâches », conclut-elle. « Toutes les tâches. »

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