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Les fermes verticales, l'agriculture de l'avenir?

En Asie, en Amérique du Nord et en Europe, plus de 300 fermes verticales ont vu le jour depuis quelques années. Ces installations ultramodernes et souvent situées en pleine ville sont-elles les précurseurs d'une révolution agricole?

Un texte de Marc-Yvan Hébert, de La semaine verte

Dans le quartier industriel Ironbound, à Newark, près de New York, l’entreprise AeroFarms vient d’ouvrir l’une des plus grandes fermes verticales du monde.

Un immeuble de 22 000 mètres carrés, à l'emplacement d’une ancienne fonderie, où l’on cultive de la roquette, du chou frisé, des feuilles de moutarde et du cresson, comportant 12 niveaux d’espaces cultivables.

Un environnement réglé au quart de tour

AeroFarms a développé un système de production aéroponique; plutôt que d’être enfouies dans la terre, les racines des plantes pendent dans les airs et sont aspergées périodiquement d’une fine brume d’eau et de nutriments.

Des milliers de capteurs surveillent la température, le taux d’humidité et le niveau de CO2 dans l’air, ainsi que le rythme de croissance et même la forme des feuilles. Rien n’est laissé au hasard.

Cultures idéales : les légumes-feuilles

Les légumes sont récoltés et transportés le jour même aux supermarchés locaux, où ils se vendent environ le même prix que les produits de la Californie, de l’Arizona et du Mexique.

AeroFarms a d’ailleurs choisi de cultiver des légumes-feuilles, puisque c’est la catégorie de légumes la plus vulnérable en raison des distances qu’elle doit parcourir avant d’arriver aux supermarchés.

« Plus de 60 % des légumes-feuilles finissent par pourrir. En plus, quand on introduit une nouvelle technologie comme la nôtre, ça fait grimper les prix. Les légumes-feuilles se vendent déjà plus cher à l’épicerie, alors le coût relié à cette technologie peut être absorbé dans le prix », explique David Rosenberg, cofondateur d’AeroFarms.

C’est un professeur à la retraite de l’Université Columbia, Dickson Despommier, qui a inventé, en quelque sorte, le concept de la ferme verticale. En 1999, il a demandé à ses étudiants à quoi ressemblerait, selon eux, le monde idéal en 2050.

Leur réponse : que la ville de New York soit en mesure de produire assez de nourriture pour tous ses citoyens.

New York : ville autosuffisante?

Ils ont décidé de calculer tout l’espace cultivable qui se trouvait sur les toits plats de Manhattan. Le résultat s’est révélé décevant : les toits ne permettraient de nourrir que 2 % des habitants. Dickson Despommier les a remis au défi en leur suggérant de déplacer la production à l’intérieur des immeubles.

En 2010, il a publié un livre sur la ferme verticale. L’année suivante, trois fermes du genre ont été lancées en Corée, au Japon et aux Pays-Bas. En peu de temps, des dizaines de fermes verticales commerciales ont fait leur apparition un peu partout dans le monde.

L’avenir de l’agriculture conventionnelle

Selon Dickson Despommier, cette méthode de production agricole à grande échelle est nécessaire, puisque l’agriculture conventionnelle n’est pas durable. C’est la source de pollution la plus importante des plans d’eau sur la planète, et la population mondiale s’urbanise davantage chaque année.

« Notre mode de production n’est pas durable. On estime qu’aux États-Unis, 20 % des combustibles fossiles sont consacrés à l’agriculture. C’est énorme! », dit-il.

La production agricole en milieu urbain a tout de même son revers : la consommation élevée d’électricité.

Les promoteurs répondent que ces technologies deviennent de plus en plus efficaces et que les coûts de production demeurent moins élevés que dans les champs.

« La couleur jaune est la partie énergivore de la lumière. Comme on veut optimiser la photosynthèse tout en réduisant les pertes, on a retiré le jaune du spectre de la lumière. Cela réduit les coûts », explique David Rosenberg.

AeroFarms semble avoir gagné son pari pour l’instant : l’entreprise dit ne pas fournir à la demande. Et elle espère bientôt ouvrir des fermes verticales dans plusieurs grandes villes des États-Unis et du Canada.

Lorsqu’on lui demande ce que l’avenir réserve aux fermes verticales, Dickson Despommier évoque la conclusion du grand projet de recherche entamé par ses étudiants : il faudrait 200 fermes verticales de 20 étages chacune pour nourrir la ville de New York au complet en 2050. Un projet fantaisiste, diront certains… mais certainement pas Dickson Despommier.

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