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Les filles victimes d’agressions sexuelles développent plus de séquelles physiques que les garçons

Les filles qui ont été victimes d'agressions sexuelles ont plus de chances d'avoir des problèmes de santé génito-urinaires que les adolescentes en général et que les garçons qui ont été victimes d'abus, révèle une étude québécoise dont les résultats ont été publiés dans The Journal of Pediatrics.

Si les séquelles psychologiques associées aux abus sexuels chez les enfants ont fait l’objet de plusieurs études, ce n’est pas le cas pour les conséquences physiques sur la santé sexuelle des victimes.

C’est ce qui a piqué la curiosité de la chercheuse Pascale Vézina-Gagnon, du Département de psychologie de l’Université de Montréal, qui y a consacré une partie de sa thèse de doctorat.

Pour réaliser l’étude, un groupe de 882 filles et garçons agressés au cours de leur enfance a été comparé à un groupe de contrôle d’enfants du même âge.

Des cas d’agressions sexuelles traités par le Directeur de la protection de la jeunesse ont été croisés notamment à des données sur les consultations médicales de 2001 à 2010 de la Régie de l’assurance maladie du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Plusieurs problèmes de santé sexuelle chez les filles

L’étude démontre que les filles du groupe d’enfants agressés ont présenté deux fois plus de problèmes urinaires et 1,4 fois plus de problèmes génitaux que les filles du groupe témoin.

Parmi les diagnostics les plus fréquents figurent les infections urinaires et les problèmes de menstruation.

« Cette recherche a des retombées cliniques majeures, soutient Pascale Vézina-Gagnon dans un communiqué publié mardi, puisqu'à ce jour nous savions peu de choses sur les répercussions d’une agression sexuelle sur la santé physique des jeunes victimes, plus spécifiquement sur la santé de l'appareil génito-urinaire, alors qu’il est, en général, directement touché lors de l'agression sexuelle. »

« À la lumière des résultats, dit-elle, il est impératif de mettre en place des protocoles d’intervention et de prévention permettant de limiter la chronicisation de ces problèmes de santé jusqu’à l'âge adulte. »

Un fossé entre les filles et les garçons

Les résultats de la recherche démontrent qu’en moyenne, les filles se retrouvent avec sept fois plus de problèmes urinaires et de diagnostics d’infections transmises sexuellement (ITS) et 4,5 fois plus de problèmes génitaux que les garçons.

L’étude révèle aussi qu’une ou plusieurs agressions sexuelles n’ont pas « d’influence sur le nombre de diagnostics de problèmes génito-urinaires chez les garçons ».

La chercheuse avance quelques hypothèses pour expliquer ce phénomène.

« Il est possible que, chez les garçons, les conséquences d’une agression sexuelle se manifestent par d’autres problèmes de santé, comme des troubles gastro-intestinaux ou d’autres symptômes somatiques », indique Mme Vézina-Gagnon.

« Une étude récente a d’ailleurs révélé que les agressions sexuelles chez les garçons étaient associées de façon plus importante à des problèmes de santé graves requérant l’hospitalisation », ajoute-t-elle.

Pas de différence dans le nombre d’ITS

Un autre aspect important de l’étude concerne les diagnostics d’infections transmises sexuellement (ITS).

Autant chez les filles que chez les garçons, aucune différence n’a été rapportée dans le nombre de diagnostics d’ITS en comparant le groupe d'enfants agressés au groupe contrôle.

Selon Pascale Vézina-Gagnon, ce résultat entre en contradiction avec les résultats d’autres études.

« Cela pourrait s’expliquer par l’âge relativement jeune des participants au terme de l'étude en 2013 », avance Mme Vézina-Gagnon.

« Bien que l'activité sexuelle des participants ne soit pas connue dans cette étude, précise-t-elle, on peut présumer qu'une proportion de ceux-ci n'étaient pas encore actifs sexuellement ou l'étaient depuis peu de temps. Également, puisque les ITS sont souvent asymptomatiques, elles ne sont donc pas notées comme motif principal de consultation médicale dans la banque de données de la Régie de l'assurance maladie du Québec. »

Préciser les facteurs

L’étude conclut que les prochaines recherches sur le sujet devraient être consacrées à déterminer si les problèmes de santé génito-urinaires sont associés à des problèmes psychologiques accrus à la suite d’une expérience traumatique comme l’agression sexuelle, en plus de se pencher sur les facteurs qui expliquent les risques plus élevés chez les filles victimes d’abus sexuels.

La chercheuse a d’ailleurs l’intention de pousser ses prochains travaux de recherche dans cette direction.

« Mon hypothèse est que, parmi les filles ayant subi une agression sexuelle, celles ayant souffert davantage de problèmes de santé mentale seront également celles qui seront plus à risque d’avoir des problèmes urinaires et génitaux dans les années suivant l'agression sexuelle », conclut Pascale Vézina-Gagnon.

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