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Les Forces canadiennes débarquent au Mali pour une périlleuse mission de paix

Au moins 32 civils ont été tués samedi dans le centre du Mali, dans le cadre d'une attaque ayant l'apparence d'un affrontement ethnique. Ce massacre survient au moment où des éclaireurs des Forces armées canadiennes (FAC) débarquent dans ce pays d'Afrique dans le cadre de la première opération d'envergure de maintien de la paix sous l'égide des Casques bleus depuis les années 1990.

On attend beaucoup des soldats canadiens au Mali, où plus de 170 Casques bleus ont été tués depuis 2013.

Le lieutenant-colonel Tom Murphy, aux commandes de la division du soutien de la force opérationnelle, doit s'occuper d'une multitude de problèmes. « C'est l'une des tâches les plus complexes que nous ayons eu à accomplir », affirme-t-il.

Sa petite équipe forme ce que les FAC appellent une équipe de mise en place du théâtre d'opérations; les soldats sont déployés afin d'effectuer un travail de reconnaissance et de planification logistique.

La charge de travail ne fera qu'augmenter au cours de l'été.

Lundi, quelques dizaines de soldats supplémentaires auront atterri à Gao, dans le nord du pays. Et d'ici le mois d'août, la mission canadienne débutera réellement avec jusqu'à 250 soldats, 2 hélicoptères Chinook et 4 hélicoptères Griffon armés qui seront déployés pour accomplir l'important rôle que jouera le Canada dans cette mission chapeautée par l'ONU.

Le chef d'état-major de la défense, le général Jonathan Vance, s'est lui-même rendu à Gao pour constater l'avancement des préparatifs. Il est depuis rentré au Canada.

Mission dangereuse

Mise sur pied en 2013, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a été lancée afin de stabiliser la situation politique et d'assurer une certaine sécurité dans ce pays plongé dans le chaos lors d'un coup d'État qui a mené à une guerre de clans insurgés.

Le temps n'a malheureusement pas apaisé les tensions.

Certains craignent l'émergence d'un État en déroute qui pousserait davantage de gens vers les rivages de l'Europe, à travers la Méditerranée, ainsi qu'une résurgence du terrorisme qui menacerait la région du Sahel et au-delà.

Les objectifs de la mission onusienne se sont donc multipliés : protéger les civils, promouvoir les droits de la personne, rebâtir le secteur de la sécurité, encourager le dialogue politique.

Le contingent canadien se joint à 57 autres pays. Au total, ce sont 12 000 soldats qui participent à la mission malienne de l'ONU.

Le commandant adjoint des forces onusiennes, le major général Amadou Kane, du Sénégal, n'y va pas par quatre chemins : oui, la mission malienne est l'une des plus dangereuses des Nations unies. Oui, plus d'une centaine de Casques bleus ont déjà été tués. Et oui, il dit croire que ces soldats de la paix sont spécifiquement ciblés.

Uniquement ce printemps, 44 attaques ont été lancées par des insurgés, blessant et tuant des civils, des soldats maliens et du personnel onusien.

La tâche des forces canadiennes, dont le déploiement a été annoncé en mars, consistera à évacuer des blessés par la voie des airs et à offrir un appui aérien. Si les troupes évitent ainsi d'effectuer de dangereuses patrouilles au sol, cela ne veut pas dire que la mission sera sans danger.

Pour l'instant, la durée prévue de la mission canadienne est d'un an, mais il serait surprenant que l'ONU ne tente pas d'obtenir une prolongation.

Les soldats canadiens sont déployés alors que le Mali se dirige vers une élection présidentielle le 29 juillet. Impossible de savoir si le processus sera juste et transparent, ce qui représente un risque supplémentaire.

Une nouvelle attaque samedi

Au moins 32 civils peuls ont été tués samedi au cours d'une attaque attribuée à des chasseurs traditionnels dozos dans le centre du Mali, région touchée par les violences jihadistes, souvent liées à des conflits intercommunautaires.

« Ce sont des dozos, des gens habillés en dozos, qui sont arrivés samedi dans le village de Koumaga, dans le cercle de Djenné », a expliqué Abel Aziz Diallo, le président de Tabila Pullaku, principale association peule au Mali.

Appelés « dozos » en Afrique de l'Ouest, les chasseurs traditionnels sont, dans le centre du Mali, membres de l'ethnie dogon.

« Ils ont encerclé le village, isolé les Peuls des autres communautés et, froidement, ils ont tué au moins 32 civils. Dix autres sont portés disparus », a-t-il ajouté.

Les violences se multiplient depuis trois ans dans le centre du Mali entre Peuls, traditionnellement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon, pratiquant majoritairement l'agriculture.

Les Peuls dénoncent régulièrement des exactions à leur encontre, au nom de la lutte contre les jihadistes, de la part de ces chasseurs armés, tolérées voire encouragées selon eux par les autorités, ou de l'armée, ce que dément le gouvernement.

« Les hommes étaient habillés en tenue de dozos, mais on se demande s'ils étaient tous dozos. Ils ont ciblé des civils, il y a des dizaines de civils, dont des enfants, tués », a déclaré un élu de la région s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

Aucune autorité malienne n'était disponible dans l'immédiat pour commenter ces informations.

Incertitude

De son côté, l’ambassadeur canadien au Mali, Louis Verret, se montre prudent par rapport à l'élection présidentielle à venir.

« Nous espérons qu’elle sera transparente », a-t-il confié à CBC News lors d’une entrevue accordée à l’ambassade, à Bamako.

L’ampleur de la tâche, dans ce pays d’Afrique, a de quoi donner le tournis.

Le Mali a besoin d’élections justes, mais aussi de stabilité, de la fin des attaques des extrémistes, de mesures pour combattre la pauvreté et de moyens pour contrer la sécheresse.

Le Canada aura son rôle à jouer dans tout cela, mais l'engagement militaire et humanitaire comporte sa part de risques.

Avec les informations d'Adrienne Arsenault, CBC News

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