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« Les gens de La Loche s'en veulent encore », confie un résident

Un an après la fusillade mortelle du 22 janvier 2016 à La Loche, un de ses fiers résidents, Raymond Dauvin, revient sur la tragédie et témoigne de l'atmosphère encore pesante dans sa communauté.

Un texte de Pascale Bouchard

Originaire de Leoville, en Saskatchewan, Raymond Dauvin a déménagé à La Loche il y a 45 ans. Cette communauté, il l'aime plus que tout. Même avec ses problèmes, ses crimes et sa pauvreté. Parce que son village possède une beauté qu'il n'a retrouvée nulle part ailleurs dans sa vie : celle de ses résidents et de son paysage.

Dans sa petite boutique du genre « magasin à 1 $ », quelques personnes de La Loche commencent déjà à acheter leurs décorations pour la Saint-Valentin. Un peu comme l'an passé, Raymond Dauvin tenait à installer ces décorations très tôt sur les tablettes de son commerce.

Autour d'une date comme le 22 janvier, il veut mettre un peu de joie dans l'air quand, partout, il est encore question de la pire tragédie qui a marqué la communauté. « C'est difficile, quelque chose comme ça : tout le monde est en peine, mais il faut être fort pour tout le monde. Il faut donner une atmosphère de joie, un peu, même si on n'a pas beaucoup de joie », confie-t-il.

Culpabilité persistante

Au fil des discussions dont il a été témoin dans son commerce depuis un an, il a retenu une chose. Les gens de La Loche s'en veulent, dit-il : « Ils se demandent encore ce qu'ils auraient pu faire pour éviter un tel drame. Ils se blâment pour toutes ces choses. Les gens sont tous très proches ; ils sont des cousins ou des frères, vous savez. »

Mais un village comme La Loche, dit Raymond Dauvin, où tout le monde est si proche, est aussi riche d'une force d'entraide peu commune. « Je n'ai jamais vu un village comme ça, qui se rassemble pour pleurer ses gens. C'est magnifique. »

Des besoins comme partout dans le Nord

À 68 ans, Raymond Dauvin raconte que La Loche en a vu d'autres au fil des ans. « On a eu beaucoup d'événements à La Loche. Il y a toujours quelque chose qui arrive ; ce n’est pas une place tranquille », affirme-t-il.

Pauvreté, crimes de toutes sortes, dépendance, suicides... Si La Loche semble avoir de grands besoins, Raymond Dauvin peine à l'avouer. « Je n’aime pas dire "de quoi a-t-on a besoin?". Quand on interviewe quelqu'un au Nord, c'est : "J'ai besoin de ça, j'ai besoin de ci", et il n'y a pas de fin. Oui, nous avons besoin de beaucoup de choses, mais pas plus que n'importe quelle autre communauté dans le Nord. On peut toujours se relever, on se tient debout et on est fier de notre communauté. On l'aime. Et cette année, il y a beaucoup de résidents qui veulent améliorer la communauté », assure-t-il.

La beauté de La Loche

Changer le visage de sa communauté. C'est ce que souhaite Raymond Dauvin en publiant régulièrement des photos historiques et actuelles de La Loche sur le web.

« Quand on tape "La Loche" dans Google, on voyait seulement des portraits des crimes. Maintenant, quand on tape "La Loche", on voit toutes sortes de photos – pas seulement ce qui est arrivé l'année passée. On voit de belles images, une place qui a de la beauté, et on est fier de notre village, notre histoire ; et je suis ici pour le reste de ma vie », conclut-il.

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