Les Hells Angels s'installent de nouveau dans les Maritimes. Deux nouveaux chapitres seraient sur le point d'être créés, d'après certains experts. Une lutte de territoire se dessine aussi entre les Hells de Québec et les Hells de l'Ontario. Un retour en force qui inquiète la GRC.

Un texte de Karine Godin

Des Hells Angels et des sympathisants du groupe de motards ont été vus à plusieurs reprises dans les provinces maritimes au cours des derniers mois. Il y a eu un rassemblement en Nouvelle-Écosse, dans la communauté de Musquodobit Harbour, en juin dernier. Des Hells Angels ont aussi été vus au centre-ville de Moncton.

Et c'est sans compter le carambolage très médiatisé entre plusieurs motos qui a coûté la vie au membre en règle Kenny Bédard, le 29 juillet dernier, devant le camping de Saint-Basile, à Edmundston.

Selon plusieurs sources, Emery Martin serait responsable de la réorganisation des Hells Angels au Nouveau-Brunswick.

Sylvain Tremblay a enquêté sur les motards pendant 15 ans à la Sûreté du Québec. Il a participé à l'opération SharQc qui a mené au démantèlement des cinq chapitres des Hells au Québec et à l'arrestation de 156 membres en règle et proches des Hells Angels. Selon lui, c'est le chapitre de Québec, qui est en voie d'être rouvert officiellement, qui va parrainer celui du Nouveau-Brunswick.

Il faut dire que les Hells Angels du Québec ont toujours eu des visées sur le territoire néo-brunswickois. Différentes opérations policières (4H, Jacoby, SharQc) ont calmé leurs ardeurs dans les années 2000.

L'expansion au Nouveau-Brunswick aurait été confiée au groupe Red Devils, un club-école qui relève directement des Hells Angels. C'est d'ailleurs ce club-école qui a assuré la relève pendant l'incarcération des membres des chapitres de Québec de 2009 à aujourd'hui.

« C'est ce qu'on appelle en langage policier des "solides", des hommes de confiance de l'organisation, qui ont porté le trafic de drogue à bout de bras pendant plusieurs années pendant que les membres étaient incarcérés. Ces gens-là, on va les récompenser d'une certaine façon », croit Sylvain Tremblay.

Des membres des Red Devils ont d'ailleurs été vus au Nouveau-Brunswick dans les dernières semaines. Leur présence ne serait pas le fruit du hasard.

« De sources sûres, on sait qu'il y a quatre ou cinq membres présentement des Red Devils du chapitre de Québec qui ont été mandatés d'établir un lieu de résidence au Nouveau-Brunswick . C'est probablement ces gens-là qui vont faire partie de la création d'un chapitre Hells Angels », dit Sylvain Tremblay, ex-enquêteur de la Sûreté du Québec.

Les spécialistes ne savent pas encore quelle région sera choisie pour l'établissement du nouveau chapitre. Sylvain Tremblay croit que le nord du Nouveau-Brunswick sera privilégié étant donné que des sympathisants des Hells géraient déjà ce territoire dans le passé.

« Présentement, on n'a pas aucun local », explique M. Tremblay. « Mais c'est certain que ça va devoir être dans la partie nord du territoire. Il n'y a aucun doute. »

André Cédilot, spécialiste du crime organisé, parlait plutôt de Moncton comme lieu privilégié pour la création d'un chapitre des Hells Angels au N.-B.

La création de ce nouveau chapitre au Nouveau-Brunswick ne se fera pas du jour au lendemain. Les autres chapitres du pays doivent donner leur autorisation. Ne devient pas Hells Angels qui veut. Pour y arriver, des sympathisants sur place devront obtenir le statut de « hangarounds » pour une période de probation d'environ un an. Ensuite, le statut de « prospects » leur sera accordé. Par la suite, certains pourront devenir « full patch », le niveau supérieur dans la hiérarchie des Hells Angels.

Des discussions à l'interne devront aussi avoir lieu. Des Hells Angels de Trois-Rivières se seraient déjà approprié le territoire de Saint-Jean, dans le sud du Nouveau-Brunswick, depuis quelques années.

« Il y a fort à parier qu'il va y avoir des négociations dans les prochaines rencontres de la côte Est, poursuit M. Tremblay. Les Hells de Québec vont probablement négocier cette partie de territoire avec les gens de Trois-Rivières, pour avoir le monopole total du Nouveau-Brunswick. Ils vont peut-être aussi vouloir leur laisser le Sud. »

Au Nouveau-Brunswick, la GRC affirme surveiller la situation de très près, sans vouloir s'avancer sur la création possible d'un chapitre.

« Ces groupes-là, on ne les veut pas dans nos communautés », lance le caporal Hans Ouellette, porte-parole à la Division J de la GRC. « Dans le passé, les bandes des motards criminels ont fait usage de violence et d'intimidation pour obtenir le contrôle des marchés illicites. »

Toujours selon la GRC, le Nouveau-Brunswick compte déjà deux groupes de motards sur le territoire, les Bacchus, mais aussi les Darksiders, qui appuient ouvertement les Hells Angels. Plusieurs membres affichent fièrement leurs couleurs sur les médias sociaux.

« Au niveau des Maritimes, je crois que ça se passe assez bien avec les Bacchus. Je crois qu'ils acceptent bien leur rôle de plus bas niveau. Ils acceptent le monopole des Hells et ne sont pas en concurrence [...] Parfois ils s'approvisionnent [auprès] des Hells », explique le caporal Tremblay, qui croit plutôt que les luttes de pouvoir se feront plutôt avec les revendeurs de drogues indépendants.

Emery Martin est le seul membre en règle des Hells Angels originaire du Nouveau-Brunswick, plus précisément de la région de Sainte-Anne-de-Madawaska. Il est devenu « full patch » en 1997. Il a été responsable pendant des années du territoire du Nouveau-Brunswick et d'une partie de l'Île-du-Prince-Édouard pour les Hells, chapitre de Québec.

Emery Martin a été arrêté en 2009. Dans la foulée des arrestations, la police a aussi interpellé Michel Rivard de Saint-Quentin, Réginald Martin de Sainte-Anne de Madawaska et Eric Martin de Grand-Sault. Ces derniers ont dû répondre à des accusations de complot en vue de faire le trafic de stupéfiants, de trafic de stupéfiants et de gangstérisme à la fin des années 2000.

Ils ont tous été libérés parce qu'ils n'ont pu être jugés dans un délai juste et équitable. Emery Martin de son côté a plaidé coupable à des accusations réduites de complot pour meurtre. Il est encore aujourd'hui un membre influent des Hells Angels, selon plusieurs sources.

La Nouvelle-Écosse serait plus près d'avoir un chapitre des Hells Angels que le Nouveau-Brunswick. Selon les informations dont disposent nos sources, il y aurait déjà un chapitre « hangarounds » en Nouvelle-Écosse. Ce chapitre est affilié aux Hells Angels de London en Ontario. Les membres de la Nouvelle-Écosse se font appeler les « London East ».

Len Isnor est sergent-détective de l'Unité de lutte contre les motards criminels de la Police provinciale de l'Ontario (PPO). Il connaît bien les Hells de l'Ontario qui ont des visées sur la Nouvelle-Écosse.

« Selon nos informations, près de 15 membres des Gatekeepers ont été identifiés. Ils portent maintenant les couleurs d'un club « hangarounds » pour le chapitre de London en Ontario. Ça fait partie du processus pour devenir Hells Angels », explique Len Isnor.

Plus de 150 motards ont d'ailleurs participé à un rassemblement des GateKeepers cet été en Nouvelle-Écosse.

La GRC à l'Île-du-Prince-Édouard dit surveiller de près les activités de groupes de motards criminels sur son territoire. Selon le caporal Andy Cook, du service de sensibilisation aux drogues et au crime organisé de la GRC de l'Île, un groupe affilié aux Hells est sur le point d'être formé dans la province.

« Selon l'information que nous avons, le groupe s'installera dans la région de Charlottetown, affirme Andy Cook. Nous ne voulons pas qu'il y ait de conflit entre les différents groupes à l'Île-du-Prince-Édouard. »

Mais qui est derrière ce nouveau club? La GRC de l'Île-du-Prince-Édouard ne veut pas se prononcer. On sait toutefois que, dans le passé, c'est le chapitre de Québec qui s'occupait du territoire de l'Île. D'autres sources affirment que ce sont les Hells Angels de l'Ontario qui veulent contrôler ce territoire.

Pendant la tenue des mégaprocès des Hells au Québec, les Hells de l'Ontario ont assumé la responsabilité de certains de leurs territoires. Des discussions animées seraient donc à prévoir.

« Les Hells donnent beaucoup d'importance à la répartition du territoire. Il y a sûrement des conflits internes maintenant à savoir qui s'occupe de quel territoire », croit Len Isnor.

Descente policière à Terre-Neuve

D'autres membres de groupes affiliés aux Hells Angels ont été formellement accusés la semaine dernière lors de l'opération « Project Bombard » à Saint-Jean, Terre-Neuve.

L'opération a mené à l'arrestation de huit membres des Vikings et de deux sympathisants, qui font face aujourd'hui à divers chefs d'accusation, notamment de trafic de stupéfiants et de possession de produits de la criminalité.

Le groupe de motards criminels Vikings utilise les couleurs des Hells Angels, ce qui doit être autorisé par l'organisation criminelle.

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