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Les heures de Philippe Pichet à la tête du SPVM sont comptées

Selon nos informations, Québec s'apprêterait à nommer un administrateur externe pour diriger le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), en attendant que l'administration Plante ne lui recommande un nouveau chef pour succéder à Philippe Pichet, dont les heures semblent comptées. La mairesse de Montréal et le ministre de la Sécurité publique tiendront une conférence de presse conjoint à 15h30.

M. Pichet est toujours en fonction, mais Radio-Canada a révélé mardi soir que le rapport rédigé par le commissaire Michel Bouchard, mandaté par le ministre de la Sécurité publique du Québec pour se pencher sur la gestion du corps de police, recommande qu'il soit relevé de ses fonctions.

Ce rapport, qui doit être rendu public en après-midi, est dévastateur et accablant pour M. Pichet, selon nos informations. Il conclut que la division des affaires internes du SPVM, mis en cause dans plusieurs affaires depuis un an, est dysfonctionnelle, et que M. Pichet n'a pas réussi à redresser la situation.

Pichet n'a pas encore lu le rapport

M. Pichet, dont le mandat à la tête des quelque 4000 policiers de Montréal doit normalement se terminer en 2020, n'a pas encore réagi à ces informations.

Toujours selon nos informations, il n'a pas l'intention de remettre sa démission, d'autant plus qu'il n'a pas lu le rapport en question et qu'il n'a pas réussi à en discuter avec quiconque au ministère de la Sécurité publique non plus.

À défaut d'une démission, le Conseil des ministres, qui se réunit mercredi, à Québec, a le pouvoir de le destituer.

En cas de départ de M. Pichet, le Conseil des ministres pourrait nommer un nouveau chef permanent, après consultation avec la Ville de Montréal, comme le veut la procédure normale. Il peut aussi nommer un administrateur externe, appelé à gérer le corps de police seul, ou en même temps qu'un nouveau chef, chargé de régler la situation.

Selon nos informations, Québec a déjà identifié un tel administrateur.

Michel Bouchard a été investi en mars des pouvoirs et de l’immunité d’un commissaire nommé en vertu de la Loi sur les commissions d’enquête pour se pencher sur les pratiques en vigueur à la division des affaires internes du SPVM et sur des questions de gestion « susceptibles d'affecter la confiance de la population ». Il avait demandé et obtenu une prolongation de son mandat l'été dernier.

Son travail s'est effectué parallèlement à une enquête policière sur des allégations de fabrication de preuves au sein de la division des affaires internes, qui a été confiée à la Sûreté du Québec, à la Gendarmerie royale du Canada et aux corps de police de Québec, de Longueuil et de Gatineau.

Cette enquête a rapidement forcé M. Pichet à suspendre l'inspecteur de cette division, Martin Renaud. L'ancien patron de la division, Costa Labos, a aussi été suspendu en août.

Au cours des derniers mois, M. Pichet a aussi suspendu le directeur adjoint du SPVM, Bernard Lamothe, le commandant Patrice Vilcéus, patron de l'escouade Éclipse, et son propre chef de cabinet, Imad Sawaya.

Plante et Coiteux feront le point en après-midi à 15h30

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a fait savoir mercredi matin qu'elle a eu « plusieurs discussions » avec le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux « au cours des dernières heures » et qu'ils partagent tous deux le même objectif, soit « s’assurer que cette police a la confiance de tous les Montréalais ».

Mme Plante et M. Coiteux se rencontreront une fois de plus cet après-midi, à Montréal, avant de tenir un point de presse conjoint pour réagir au rapport Bouchard.

« Je souhaite dire […] à la population, mon souhait, notre souhait comme administration, de régler la crise de confiance qui a miné le SPVM au cours des derniers mois », avait préalablement fait valoir la nouvelle mairesse lors d'une réunion du comité exécutif. « On a besoin de prendre des mesures qui sont nécessaires, des mesures qui sont d’importance. »

La Fraternité des policiers et policières de Montréal, qui a déjà demandé la démission de M. Pichet par le passé, n'a pas encore réagi aux révélations de Radio-Canada. Elle a fait savoir qu'elle pourrait publier un communiqué d'ici la fin de la journée.

Au gouvernement d'agir, disent les partis d'opposition

À Québec, le porte-parole du Parti québécois en matière de Sécurité publique, Pascal Bérubé, a indiqué que le ministre Coiteux doit maintenant « porter un jugement sur la direction du SPVM » et relever ce « test de leadership ».

« Si le rapport est aussi complet qu’on l’indique, c’est une bonne chose pour la Ville de Montréal et sa police », a-t-il ajouté, après avoir rappelé que le Parti québécois a déjà demandé que le ménage soit fait au SPVM plus tôt cette année.

Contrairement à ce qu’il avait avancé en mars dernier, M. Bérubé a cependant semblé peu entiché à l’idée que la police de Montréal soit placée sous tutelle. Une telle décision n’est « jamais souhaitable » et constituerait « un aveu d’échec », a-t-il argué.

La députée caquiste Nathalie Roy a rappelé pour sa part que son parti a déjà demandé la démission du chef Pichet il y a plusieurs mois, dans la foulée des révélations sur l’espionnage de journalistes. « Si le gouvernement en vient à cette conclusion, ça rejoint notre prétention », a-t-elle laissé tomber.

« De toute évidence, M. Pichet n’est pas l’homme de la situation », a commenté pour sa part Amir Khadir, député de Québec solidaire, avant de plaider pour qu’un civil soit invité à lui succéder.

« Peut-être qu’avec le départ de M. Pichet, c’est l’occasion qu’on examine la possibilité - pour mettre fin à la guerre des clans, à cette gestion qui marche par loyauté entre des personnes, où on forme des directions, non pas en vertu des meilleures méthodes de gestion, mais entre amis […] – de mettre à la direction de la police de Montréal un civil pour faire le ménage, pour mettre fin à la guerre des clans. »

Un « tsunami »

« Je ne sais pas comment il [M. Pichet] va faire pour passer à travers ce tsunami-là. Parce que c’est beaucoup plus qu’une tempête », estime Guy Ryan, ancien inspecteur à la Division du crime organisé du SPVM. Il croit que M. Pichet va « probablement » démissionner sous la pression.

Une procédure de destitution serait « exceptionnelle », souligne-t-il. « Je n'ai jamais vu ça, aller jusqu’à une destitution d’un directeur de police. Mais je rappelle que s’il [le gouvernement, NDLR] le destitue, il faut qu’il prouve son incompétence. C’est un gros dossier. Je ne sais pas comment ils vont procéder. »

Selon Guy Ryan, un départ de M. Pichet aurait sans aucun doute des « répercussions » au SPVM, déjà fortement ébranlé ces derniers mois par des allégations de fabrication de preuves à la division des affaires internes, des révélations sur l'espionnage de journalistes et des suspensions de plusieurs hauts gradés, sur fond de guerre de clans à l'interne.

M. Ryan souligne que gérer le SPVM est devenu plus difficile dans la foulée des fusions municipales, au début des années 2000, et en raison des relations avec la Fraternité des policiers, qui sont tendues depuis des années.

Il n'en soulève pas moins des questions concernant l'expérience et le leadership de M. Pichet.

M. Ryan mentionne notamment que ce dernier n'a travaillé qu'une année aux côtés de l'ancien chef Marc Parent avant d'être appelé à le remplacer. « Ce n'est pas beaucoup, une année, pour voir l'ampleur de l'emploi », a-t-il commenté.

Une fois parvenu à la direction du SPVM, note-t-il également, M. Pichet, « s’est mal entouré », en nommant trop « d’amis personnels » pour l'épauler. Il donne l'exemple d'Imad Sawaya, que M. Pichet a nommé chef de cabinet, avant d'être contraint de le suspendre quelques mois plus tard.

Cette enquête avait entraîné une perquisition au quartier général du SPVM plus tôt cet automne.

Philippe Pichet est devenu le 38e chef du SPVM en août 2015, sur la recommandation de l'ex-maire de Montréal Denis Coderre. Il est à l'emploi du SPVM depuis 1991, et est devenu cadre en 2005.

Avec les informations de Sébastien Bovet et de Pascal Robidas

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