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Les homéopathes toujours autorisés à traiter le cancer en Ontario

Le premier avril dernier marquait le deuxième anniversaire de l'entrée en vigueur de la Loi ontarienne sur les homéopathes. Toutefois, malgré cette loi, les homéopathes peuvent continuer à traiter des patients atteints du cancer dans la province.

Un texte de Cédric Lizotte

Selon la Loi adoptée en 2015, l’Ordre des homéopathes est responsable de la gestion des gens qui veulent donner ces soins. Ceux-ci doivent s’inscrire auprès de l’Ordre. Plus de 490 homéopathes se sont inscrits depuis, affirme Basil Ziv, le greffier de l’Ordre des homéopathes de l’Ontario.

« Notre travail, c’est de s’assurer que les gens aient accès à des homéopathes compétents et qualifiés », explique M. Ziv. Selon lui, la mission de l’Ordre est remplie. « La réaction du public est bonne, dit-il. Nous pouvons aussi constater que nous n’avons reçu que très peu de plaintes, donc pour nous, l’instauration de l’Ordre est un processus qui a été un succès. »

Les responsables du gouvernement affirment, eux aussi, être satisfaits des résultats de l’implantation de la Loi. « La gestion de cet ordre professionnel offre des garanties auprès du public que les individus enregistrés auprès de l’Ordre sont compétents », selon David Jensen, porte-parole du ministère de la Santé ontarien.

Aucune consigne générale au sujet des maladies graves

Selon M. Ziv, l’Ordre des homéopathes ne donne pas de consignes précises au sujet du traitement des maladies graves, par exemple le cancer. « Il s’agit d’une maladie grave. Le travail de l’Ordre, c’est de s’assurer que l’homéopathe en question a la compétence de traiter (par exemple) le cancer. »

Il s’agit d’une situation extrêmement dangereuse, selon le Dr Ariel Fenster, professeur à l’Université McGill et membre fondateur de l’Organisation pour la science et la société.

Selon le Dr Fenster, l’homéopathie est une pratique frauduleuse. « L’homéopathie n’a aucune validité scientifique, soutient-il. C’est une pratique qui n'a aucun sens. L’homéopathie en particulier a été étudiée de manière intensive et ces études démontrent que l’homéopathie n’a pas de bon sens. »

Le Dr Fenster affirme que ceux qui se rendent chez un homéopathe pour guérir une maladie grave comme un cancer courent un risque immense. « On l’a bien vu quand l’émission Marketplace (à CBC) a fait son enquête en caméra cachée. Les homéopathes disaient que leurs traitements peuvent guérir un cancer. C’est ça, le danger, en fin de compte : le gouvernement de l’Ontario, en encadrant cette pratique, donne une forme de légitimité à une pratique qui n’en a aucune. »

Certains cas, dernièrement, ont d’ailleurs fait les manchettes. En 2016, un garçon est décédé à Calgary des suites d’un streptocoque, parce que sa mère a préféré le soigner avec des remèdes homéopathiques.

De plus, aux États-Unis, en mars dernier, une femme est morte après avoir tenté de traiter un cancer à l'aide d'un homéopathe. C'est après avoir appris qu’elle était malade que la dame aurait rencontré l'homéopathe. Celui-ci aurait offert de la traiter. Il est allégué qu'il aurait déclaré à la dame que « la chimiothérapie, c’est pour les perdants ». - Le veuf de la dame est aujourd’hui accusé d’avoir assassiné l’homéopathe, par esprit de vengeance.

Selon M. Ziv, ces situations ont lieu à cause de problèmes de communication. Selon lui, les médecins « traditionnels » sont réfractaires à l’idée de suggérer l’homéopathie comme traitement. « Une fois que la majorité des médecins comprendront que les homéopathes sont compétents dans leur domaine, nous aurons une plus grande coopération entre tous les professionnels de la santé. Je suis convaincu que nous y arriverons bientôt. »

M. Jensen, de son côté, affirme que la création et l’existence de l’Ordre des homéopathes viennent avec des garanties. « Tous les professionnels de la santé doivent se rapporter à leur Ordre, et celui-ci a la responsabilité de s'assurer (…) que ses membres pratiquent leur profession de manière éthique et responsable. »

Plusieurs homéopathes non enregistrés

Il est toujours possible de trouver des homéopathes non enregistrés en Ontario, que ce soit en personne ou par Internet.

En fait, malgré la Loi sur les homéopathes, ceux qui pratiquent l’homéopathie en Ontario ne sont pas obligés de s’enregistrer auprès de l’Ordre. Cependant, ils ne peuvent utiliser le titre d'« homéopathe ». C’est ce que confirme M. Ziv.

Cette affirmation est nuancée par M. Jensen, qui précise que « quiconque désire pratiquer l’homéopathie de manière professionnelle, utiliser le terme "homéopathe" ou même se dire compétent (professionnellement, NDLR) dans la pratique de l’homéopathie doit s’enregistrer auprès de l’Ordre. »

Cette situation n'a pas d'effet sur l’opinion du Dr Fenster. « Pour moi, ça ne change rien qu’ils soient enregistrés ou pas, puisque cette pratique n’a pas de bon sens scientifique. Le problème que j’ai est d’un autre ordre : ce système d’enregistrement mandaté par le gouvernement donne l’impression que cette pratique a une certaine validité. C’est ce qui m’interpelle avec l’idée d’avoir un Ordre des homéopathes. »

En fait, si l’homéopathie est aujourd’hui si répandue, c’est peut-être à cause de l’effet placebo, selon le Dr Fenster. « On sait que l’effet placebo existe. Donc, ça peut aider pour les maladies bénignes. Si les gens y croient vraiment, ils peuvent réellement se sentir mieux », de conclure le scientifique.

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