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Les ingénieurs de l'État réclament une enquête sur l'échangeur Turcot

L'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) réclame une enquête du vérificateur général du Québec sur l'octroi du contrat de « certificateur indépendant » du chantier Turcot. Les ingénieurs de l'État veulent savoir pourquoi le contrat a été octroyé à un groupe dont deux hauts dirigeants viennent d'être arrêtés par l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

La firme SM International, en consortium avec les firmes ARUP et MMM, a obtenu le contrat de « certificateur indépendant » du mégaprojet de 3,7 milliards de dollars en 2013.

Or, le président et le vice-président du Groupe SM International - respectivement Bernard Poulin et Dany Moreau - ont été arrêtés mardi par l'UPAC dans le cadre d'une enquête sur le partage de contrats en ingénierie octroyés par la Ville de Montréal entre 2001 et 2009.

Ils seront, tout comme leurs six autres acolytes, accusés de fraude, de corruption dans les affaires municipales et de complot.

MM. Poulin et Moreau avaient été identifiés comme des acteurs-clés d'un système de partage de contrats municipaux en échange de contributions politiques par un témoin de la commission Charbonneau, Michel Lalonde.

Ex-patron de la firme de génie Génius, M. Lalonde avait affirmé qu’ils discutaient de la répartition des contrats avec des représentants de plusieurs firmes de génie, dont faisaient partie MM. Poulin et Moreau.

« Le gouvernement n’a-t-il rien appris de la commission Charbonneau? » demande l’APIGQ. Soulignant qu’en l’absence d’expertise et de ressources en ingénierie au sein de son ministère, « le gouvernement a mandaté une firme privée afin de vérifier et de décaisser les paiements d’une autre firme privée ».

Les ingénieurs de l’État soutiennent avoir tenté d’expliquer au ministre responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes, qui est également président du Conseil du Trésor, Pierre Moreau, la nécessité de renforcer l’expertise du gouvernement en ingénierie pour se prémunir contre la collusion et la corruption.

Il s’agissait d’ailleurs d’une recommandation du rapport de la commission Charbonneau.

Passe d'armes politique

Le député de La Peltrie, Éric Caire, a apostrophé le ministre des Transports, Laurent Lessard sur le sujet, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale. M. Caire a reproché au ministre des Transports d’avoir – malgré les recommandations contraires de la commission Charbonneau, du rapport de Jacques Duchesneau, des nombreux rapports de la vérificatrice générale du Québec et de l’avis du commissaire à l’UPAC – donné ce mandat à une firme externe plutôt que de le confier à ses propres ingénieurs.

M. Caire a demandé à M. Lessard comment le gouvernement avait pu en venir à confier le contrat de « certificateur indépendant » du plus gros chantier de la province à une firme dirigée par deux individus identifiés par la commission Charbonnneau comme des acteurs clés d’un système de collusion et de corruption dans l’octroi de contrats à la Ville de Montréal.

Le ministre des Transports s’est défendu en soulignant que le Groupe SM avait obtenu les certifications de probité de l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui est chargée d’enquêter sur les entreprises traitant avec le gouvernement. « Immédiatement que ça a été porté à notre connaissance, nous avons demandé de relever la personne qui avait été identifiée », a déclaré M. Lessard.

Ce dernier a également mentionné avoir demandé à l’AMF de revérifier les autorisations des autres firmes travaillant sur le chantier de l’échangeur Turcot.

« Il me semble que ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre qu’un gars qui a été mentionné comme un partenaire de collusion de Michel Lalonde, tu ne le nommes pas comme certificateur indépendant », a talonné M. Caire. « Qu’est-ce que le ministre des Transports ne comprend pas là-dedans? »

Le ministre Lessard s’en est remis à la procédure d’octroi des contrats. Il a insisté sur la légitimité des lois dont s’était doté le gouvernement pour s’assurer de la probité des firmes de certification.

« On a voté des lois pour faire en sorte qu’il y ait des organismes qui vérifient la probité de l’ensemble des professionnels, lorsqu’ils reçoivent cette approbation, j’espère que c’est ce que nous respecterons », a plaidé M. Lessard en précisant qu’il fallait relever les gens dès qu’on s’apercevait qu’une erreur s’est glissée dans le processus.

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