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Les Iraniens ont voté, les résultats connus d'ici quelques jours

Quelque 55 millions d'électeurs iraniens se sont rendus aux urnes, vendredi, pour élire les 290 députés du Parlement et les 88 membres de l'Assemblée des experts, institution cléricale à laquelle revient la responsabilité de nommer le guide suprême.

Les premiers résultats partiels sont attendus samedi.

Les heures de votation ont été prolongées à deux reprises au cours de la journée. Les procédures de vote sont longues, puisque l'électeur doit écrire jusqu'à 46 noms parmi les candidats choisis, avant de placer son bulletin dans l'urne.

Il s'agit des premières élections depuis l'accord nucléaire de juillet 2015, que le président Hassan Rohani espère rentabiliser pour renforcer son assise face aux conservateurs.

Pour Ibrahim Azghar Zadeh, un électeur rencontré par notre correspondante Marie-Eve Bédard, « l'essentiel de ces élections, c'est le rejet ». Cet artisan de la prise de l'ambassade des États-Unis lors de la révolution iranienne, il y a 35 ans, est aujourd'hui dans le camp des réformateurs.« Nous voulons empêcher les radicaux et les conservateurs de reprendre le pouvoir. C'est le plus important. Tous les mécanismes officiels sont là pour protéger les conservateurs, mais les gens agissent pour les bloquer », dit-il.

Ce n'est peut-être pas ce qu'avait en tête le guide suprême de la révolution en exhortant les Iraniens à voter en grand nombre pour, disait-il, faire mentir les ennemis de la nation.

Près de la moitié des candidats à cette élection, environ 6000 sur 12 000 ont été rejetés par le conseil des gardiens de la révolution qui doit autoriser chacune des candidatures. La grande majorité d'entre eux étaient des modérés partisans des réformes entamées par le président Hassan Rouhani.

Les déboires économiques de l'Iran pèsent lourd

Ce scrutin se déroule aussi à un moment où l'Iran s'affirme de plus en plus comme puissance régionale chiite face à l'Arabie saoudite sunnite, notamment en Syrie, en Irak et au Yémen. Sorti de son isolement international, l'Iran doit maintenant affronter d'énormes défis, économiques notamment.

L'économie iranienne doit composer avec la chute du prix du pétrole - une baisse que certains analystes attribuent à l'Arabie saoudite pour affaiblir son rival chiite - mais aussi avec l'inflation, la récession et le chômage qui « sont les plus importants problèmes du pays », selon le président du Parlement sortant, Ali Larijani.

Aux partisans du président Hassan Rohani qui brandissent l'accord nucléaire comme une panacée à tous les maux et qui réclament une majorité parlementaire pour mener à bien leurs réformes, les conservateurs décrient le « gouvernement de la récession » et attaquent frontalement son bilan économique.

Ces divisions s'exprimaient ouvertement et dans un relatif respect aux abords des bureaux de vote, a constaté la journaliste Marie-Eve Bédard.

La levée des sanctions internationales n'a pas encore d'effet tangible sur la vie des Iraniens. Les banques européennes hésitent encore à financer des projets d'envergure en Iran, de crainte de représailles américaines.

Force est de constater que les nombreuses visites de délégations économiques étrangères à Téhéran n'ont pas été accompagnées d'accords à ce jour.

La place des femmes : l'Iran peut mieux faire

Même si elles représentent plus de la moitié de la population, les femmes ne comptent que pour 3 % des élus au Parlement.

On recense seulement 9 femmes parmi les 290 députés. Ce chiffre, aussi insignifiant soit-il, est le plus élevé jamais atteint depuis la révolution islamique de 1979.

Pour pallier ce déséquilibre, le président Rohani s'est entouré de trois vice-présidentes.

Pas assez, rétorquent des militantes de la cause féminine qui ont lancé une campagne intitulée : « Changer la face masculine du Parlement ».

Leur objectif : faire élire 50 députées au Parlement. Mais elles doivent tempérer leur ardeur pour ce qui est de l'Assemblée des experts, puisque le puissant Conseil des gardiens de la constitution a écarté les 16 femmes candidates.

Repères historiques

  • La République islamique est proclamée le 1er avril 1979 après la chute de « la dictature des rois » et le retour triomphal à Téhéran de l'ayatollah Khomeiny.
  • Des étudiants islamistes prennent en otages 52 diplomates américains à l'ambassade des États-Unis à Téhéran le 4 novembre 1979, avant de les libérer le 21 janvier 1981. L'incident a provoqué en 1980 la rupture des relations entre les deux pays.
  • Washington décrète en 1995 un embargo total contre l'Iran, accusé de soutenir le terrorisme. Sous George W. Bush, le pays sera placé sur « l'axe du mal » en 2002.
  • La guerre entre l'Irak et l'Iran (1980-1988) a fait plus d'un million de morts dans les deux pays. Il s'agit d'un des plus longs et sanglants conflits du Proche et Moyen-Orient.
  • L'ONU inflige des sanctions à l'Iran en 2006 (renforcées en 2007, 2008 et 2010) avec l'arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad, qui développe une rhétorique guerrière vis-à-vis d'Israël et reprend l'enrichissement d'uranium. De nouvelles sanctions et un embargo pétrolier européen sont imposés en 2012.
  • Le 14 juillet 2015, l'Iran signe avec les grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) un accord historique qui met fin à un contentieux de plus de 13 ans sur le nucléaire.

Avec les informations de Marie-Eve Bédard

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