Les partisans de l'indépendance de la Catalogne se disent déterminés à organiser, coûte que coûte, le référendum prévu ce dimanche, mais Madrid assure que cela n'arrivera pas et multiplie les sanctions à l'égard des élus catalans pour les en empêcher. Mais ces derniers n'ont pas dit leur dernier mot.

Un texte de Sylvain Desjardins, envoyé spécial en Catalogne

« J’ai vécu avec [le général] Franco, je n’ai jamais cru que je reverrais ça : la police qui entre dans les domiciles pour surveiller les gens, qui intimide les journalistes », affirme Josep Maria Terricabras, un eurodéputé et militant indépendantiste catalan de la première heure.

Cet ancien prisonnier politique explique qu’il dort très mal ces jours-ci. En tant qu’organisateur et figure de proue du camp du oui, il sait qu’il pourrait être arrêté à tout moment par la police nationale.

Il faut dire qu’il a déjà subi la torture dans les geôles du général Francisco Franco et il ne veut plus jamais revivre ça. Pourtant, comme les autres dirigeants indépendantistes catalans, Josep Maria Terricabras se dit prêt à aller en prison.

Selon lui, le vote aura bien lieu, malgré la présence policière, si les électeurs se présentent en masse. Il lance avec humour :

La situation s'envenime

La tension a beaucoup monté en Catalogne au cours des derniers jours. Arrestations d’organisateurs politiques, mises en accusation de plus de 700 maires de villes et villages catalans, envoi de milliers d'agents de la police nationale dans les principales agglomérations. Le matériel électoral a été en grande partie saisi par la Garde nationale. Mais le gouvernement catalan assure qu’il aura les moyens de tenir son référendum.

L’association des maires indépendantistes de Catalogne promet que ses membres ne vont pas reculer. Ils sont 741 sur un total de 948. Et ils ont tous reçu une assignation à comparaître devant un procureur pour avoir défié l’ordre du gouvernement central leur interdisant de procéder à l’organisation logistique des bureaux de vote.

Jordi Vignas, maire de Salt, une petite ville de 30 000 habitants de la région de Gérone, dans le nord, agit comme porte-parole de l’association.

Quand on lui demande s’il est prêt à aller en prison, sa réponse est déjà prête.

Les autorités de Madrid tentent pour l’instant de contourner le problème. Le procureur général vient d’ordonner à la police catalane de se préparer à cadenasser les portes de toutes les écoles de la Catalogne, vendredi à la fin des cours, pour empêcher qu’elles soient utilisées comme bureaux de scrutin dimanche.

« En démocratie, c’est tout à fait exceptionnel, ce qui se passe ici. C’est de l’intimidation de la part du gouvernement central », s’insurge Juan Cagnada. Cet avocat criminaliste représente actuellement deux jeunes internautes mis sous arrêt pour avoir reproduit sur Internet les instructions du gouvernement catalan pour le déroulement du vote référendaire.

Le site officiel a été fermé par Madrid. L’avocat est formel, il n’y a aucune base juridique pour arrêter ces internautes, selon lui. « Le gouvernement de Mariano Rajoy s’arroge des droits qu’il n’a pas », lance-t-il, convaincu de remporter sa cause.

Cela reste à démontrer, puisque la cause repose sur une décision rendue par la cour constitutionnelle d’Espagne sur l’ensemble du processus référendaire catalan. Entre-temps, d’autres internautes continuent de publier les mêmes informations dans un jeu du chat et de la souris avec les autorités.

Que feront les électeurs catalans?

À la gare de Gérone, le référendum soulève les passions. Irene Gutierre, 33 ans, dit qu’elle souhaite aller voter parce qu’elle est contre l’indépendance.

Pour leur part, sa mère de 77 ans et sa soeur de 46 ans n’iront pas voter. « Si c’était légal, j’irais », dit la maman. « Mais ce n’est pas le cas ».

Sur un banc voisin, Edu Lazo, 21 ans, étudiant en histoire, assure qu’il ira voter quoiqu’il arrive « parce qu'[il] croit en l’indépendance et que tout peuple a le droit de choisir son avenir ». Un retraité assis tout près, et qui ne veut pas être identifié, lui réplique que « le problème avec les indépendantistes, c’est qu’ils nous traitent de fascistes si on n’est pas d’accord avec eux! ». Il n’ira pas voter.

Plus loin, sur le quai, Carlo Montero, un entrepreneur en construction de 46 ans, indique qu’il est plutôt favorable à l’indépendance de la Catalogne. Mais il n’est pas certain d’aller voter, dimanche.

Pour l’instant, le gouvernement espagnol reste discret sur la suite des événements. Des visites de ministres nationaux en Catalogne sont prévues dans les prochains jours.

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