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Les Issakh, une famille de réfugiés disloquée et déboussolée

À Veria, dans le nord de la Grèce, se trouve un camp de réfugiés où 400 personnes, en très grande majorité des Syriens, occupent les dortoirs d'une ancienne caserne militaire. C'est là que nous avons rencontré la famille Issakh, originaire d'Alep, cette ville syrienne ravagée par les bombardements. Du moins, une partie de la famille.

Sylvain Desjardins

  Un texte de Sylvain Desjardins

Ils ont vécu un mois sous une petite tente au camp improvisé d'Idomeni, près de la frontière macédonienne. Il faisait froid, il pleuvait beaucoup, ils n'en pouvaient plus de vivre dans la boue. Quand les autorités grecques leur ont offert de loger dans l'ancienne caserne militaire de Veria, à une heure et demie de route, Amjad Issakh, 21 ans, et sa sœur Qamar, 17 ans, ont supplié leurs parents d'accepter.

C'était il y a deux semaines. Les membres de la famille Issakh avaient compris que cette histoire de frontière fermée n'allait pas se régler rapidement. Ils ne se voyaient pas passer un autre mois dans ces conditions.

Maintenant, ils vivent avec 400 Syriens et Irakiens au bord d'une rivière, dans un calme relatif, avec des arbres tout autour et un terrain de soccer.

À l'intérieur, les conditions de vie sont rudimentaires. Ils partagent un dortoir avec deux autres familles, devant même suspendre des draps pour créer un minimum d'intimité. « Le pire, c'est la nourriture, nous disent les deux jeunes. Le matin et le soir, on mange toujours la même chose : du pain, des sandwiches. Le midi, ils nous apportent des légumes bouillis sans goût, sans assaisonnement. Je pense qu'ils veulent nous mettre au régime », lance Qamar, dans un grand éclat de rire.

Les parents de la famille Issakh, eux, n'ont pas le sourire facile. Moussa, le père de 53 ans, et sa femme Fatahia, 47 ans, sont épuisés et surtout inquiets. Parce qu'ils n'ont pas que deux enfants, ils en ont sept! Trois sont restés en Turquie et deux autres ont réussi à se rendre en Allemagne, avant que la Macédoine ne ferme la porte.

Ce qui inquiète surtout Fatahia, c'est le sort de son plus jeune, Abdullrahman, qui n'a que 9 ans. Il vit à Hambourg, dans un camp pour réfugiés mineurs, séparé de son grand frère, Moayed, 23 ans, qui vit dans un autre camp de cette même ville. Les autorités allemandes considèrent que les enfants réfugiés qui ne sont pas accompagnés du père ou de la mère doivent être gardés dans des camps spécialisés, où ils sont pris en charge et peuvent fréquenter une école.

C'est comme ça depuis des mois pour des milliers d'autres familles de réfugiés qui ont été séparées quand la Macédoine, la Serbie et la Hongrie ont décidé de refouler les migrants.

Les parents de la famille Issakh n'en peuvent plus d'attendre. Les rares conversations téléphoniques qu'ils peuvent avoir avec leur plus jeune ne les apaisent plus.

« On ne nous dit rien depuis que nous sommes arrivés, dit Amjad. On sait qu'on doit maintenant faire une demande d'asile en Grèce pour avoir le droit d'habiter ici, mais personne n'est venu nous voir pour dire comment procéder. »

L'Europe peine à mettre en place ses fameux centres de traitement des demandes d'asile, les « hotspots ». Tout tourne au ralenti. Les fonctionnaires du reste de l'Europe arrivent au compte-gouttes pour épauler les autorités grecques. Les listes d'attente s'allongent au lieu de diminuer.

Pendant ce temps, les autres enfants de la famille Issakh restés en Turquie n'osent plus tenter la traversée de la mer Égée. Ils savent qu'ils seront refoulés par les garde-côtes ou renvoyés en Turquie aussitôt débarqués en Grèce, comme le prévoit l'entente conclue à la mi-mars entre Bruxelles et Ankara.

Amjad Issakh et sa sœur Qamar n'étudient plus depuis deux ans. Elle s'acharne à apprendre l'allemand sur son ordinateur portable, tandis que son frère rêve de reprendre ses études en génie civil. Leur vie est en suspens. Celle des sept autres membres de la famille également.

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