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Les jeunes Canadiens moins nationalistes que leurs aînés

Les jeunes adultes canadiens sont moins attachés à leur pays que les personnes plus âgées, révèle un sondage de l'Institut Angus Reid. L'étude commandée par Radio-Canada/CBC visait à prendre le pouls de la population sur les valeurs et l'identité canadiennes.

Un texte de Dominique Brunet-Vaudrin

Moins de la moitié (45 %) des Canadiens sondés âgés de 18 à 24 ans disent avoir un sentiment d'affection profond pour leur pays, alors que cette proportion atteint près des trois quarts (72 %) pour les 75 ans et plus.

Ces résultats ne surprennent pas du tout Diane Pacom, professeure titulaire à l'École d'études sociologiques et anthropologiques de l'Université d'Ottawa. La vision du monde de ces deux générations est complètement différente, selon elle, notamment parce que les 65 ans et plus ont vécu la période d'après-guerre.

« Pour eux [les plus âgés], la nation c'est quelque chose de très important à cause de la Guerre mondiale. Donc, il y a une notion beaucoup plus cristallisée dans l'esprit des gens de ce que c'était d'être membre d'une nation particulière », explique-t-elle.

Diane Pacom soutient aussi que les jeunes sont beaucoup plus individualistes et connectés que leurs aînés, ce qui engendre une baisse du nationalisme. « Les gens [jeunes] sont beaucoup plus soucieux de leur identité individuelle que de leur identité nationale ou collective », affirme la sociologue.

Des étudiants de l'Université de Regina disent pourtant être très attachés à leur pays, tout comme leurs parents et leurs grands-parents. Alors que certains évoquent la qualité de vie, un autre affirme que l'ouverture face aux homosexuels est notamment à l'origine de son sentiment d'affection.

« Je suis très fière d'être Canadienne. J'ai beaucoup voyagé et j'ai vu plusieurs pays. Je trouve que le Canada est un pays avec beaucoup d'opportunités », affirme Jessica McClelland, 20 ans.

Cette divergence entre l'opinion des jeunes Réginois interrogés et celle des jeunes sondés s'explique de plusieurs façons, indique Diane Pacom. Le niveau de scolarité, l'éducation, ainsi que le degré de politisation des individus questionnés entrent notamment en jeu. « Vous auriez pu, dans la même classe, dans la même cour d'école, rencontrer d'autres qui vous disent "non moi, le Canada, je n'ai absolument aucun intérêt" », croit-elle.

Les Canadiens sondés par le sondage Angus Reid ont aussi été questionnés sur leur point de vue au sujet de l'environnement. Les résultats indiquent que les jeunes Canadiens se préoccupent plus de la protection de l'environnement que les personnes plus âgées.

Près des deux tiers (63 %) des Canadiens âgés de 18 à 34 ans affirment que les politiques canadiennes devraient mettre l'accent sur la protection de l'environnement, alors que cette proportion atteint 53 % chez les 55 ans et plus.

Les jeunes universitaires réginois partagent cette opinion. « Je crois que l'environnement est plus important parce que s'il n'y a pas d'environnement, ce n'est pas possible d'améliorer la situation économique », croit Alexandre Dunn, 22 ans.

« On a seulement une planète et on doit en prendre soin [...] L'économie, c'est juste l'argent, c'est quelque chose de matériel. Je trouve qu'on devrait mettre l'accent sur l'environnement », ajoute Jessica McClelland.

Diane Pacom estime que ces résultats reflètent les effets de la mondialisation, mais aussi une mode chez les jeunes. Ils ont tendance à s'émouvoir pour des causes comme l'environnement, indique-t-elle.

« [Ils] se préoccupent d'une façon viscérale des choses qui sont de l'autre côté de la planète alors qu'[ils] ne se préoccupent pas réellement avec la même force des choses qui se passent devant [eux] », conclut la sociologue.

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