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Les jeunes de 16 ans pourraient travailler lors des prochaines élections au Québec

Ils n'ont pas encore l'âge de voter, mais ils pourraient bien se voir confier des tâches lors des prochaines élections provinciales, au Québec : les jeunes de 16 et 17 ans sont dans la mire du directeur général des élections (DGE), qui veut les rendre admissibles au travail électoral.

Un texte d'Alexandre Duval

Le directeur général des élections du Québec, Pierre Reid, réfléchit à cette proposition depuis plusieurs mois et veut maintenant passer à l'action. « Ma réflexion est terminée et je vais en saisir les parlementaires au début de l'automne », dit-il.

Pierre Reid est catégorique : les adolescents de 16 et 17 ans sont tout aussi qualifiés que les adultes pour occuper les postes de préposé à la liste électorale, de préposé à l'accueil ou encore de préposé à l'information et au maintien de l'ordre.

La proposition du DGE vise deux objectifs. Premièrement, il souhaite rehausser le taux de participation électorale des 18 à 24 ans, qui s'est situé sous la barre des 60 % à presque toutes les élections québécoises depuis 2003.

Deuxièmement, le DGE soutient qu'il fait face à un manque criant de personnel électoral. « C'est la difficulté que les directeurs de scrutin ont à recruter du personnel et c'est une difficulté qui devient de plus en plus présente », dit-il.

En recrutant du jeune personnel à même les écoles, qui sont fermées le jour des élections, le DGE dit qu'il élargira substantiellement son bassin de travailleurs potentiels. Il croit aussi que le travail des jeunes pourrait avoir un effet positif sur l'apathie de certains parents.

Pour que sa proposition se concrétise, le DGE devra cependant faire modifier la Loi électorale. À l'heure actuelle, cette loi prévoit que seules les personnes ayant la qualité d'électeur peuvent travailler lors des élections. Pierre Reid devra donc convaincre les élus de l'Assemblée nationale d'adopter un amendement.

Son prédécesseur, Jacques Drouin, avait inscrit cette même recommandation dans son rapport annuel de 2013, mais aucun geste politique n'avait suivi.

La ministre ouverte

« Ah, mon Dieu! Ils sont suffisamment allumés et intéressés, absolument! Moi, j'ai énormément confiance en nos jeunes », lance la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis.

La ministre estime qu'il s'agit d'une proposition prometteuse pour favoriser la participation politique des jeunes. Elle ajoute toutefois qu'une modification à la Loi électorale ne pourra se faire sans l'appui de tous les partis reconnus à l'Assemblée nationale.

« Toute modification à la Loi électorale passe historiquement par le consensus de tous les partis politiques », explique-t-elle, ajoutant du même souffle qu'elle ne voit pas ce qui pourrait amener l'opposition à refuser cette proposition.

Appelés à se positionner, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont déjà fait savoir qu'ils accueillaient cette idée avec ouverture.

Des modèles dans les autres provinces

Le DGE rappelle que le travail électoral à 16 et 17 ans est déjà permis dans plusieurs juridictions. Au Canada, seuls le Québec, l'Île-du-Prince-Édouard ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador ne permettent pas aux adolescents d'agir comme membres du personnel électoral.

« Ailleurs, les échos qu'on en a, c'est que c'est une expérience très positive », dit Pierre Reid. Les adolescents peuvent également travailler lors des élections fédérales. À preuve, ils étaient presque 28 000 à le faire lors du scrutin du 19 octobre 2015.

Selon le politologue Éric Montigny, de l'Université Laval, faire travailler les jeunes aux élections n'a rien d'étrange. « Les jeunes de 16 ans peuvent être membres d'un parti politique, peuvent s'initier à la vie politique, alors c'est une mesure qui irait dans la bonne direction. »

Il ajoute que des études ont démontré qu'être en contact avec la vie politique en bas âge a des effets positifs sur la participation électorale. Éric Montigny se garde cependant d'y voir une panacée.

Et le droit de vote à 16 ans?

Quand on le questionne pour savoir si sa proposition pourrait ouvrir la porte à un débat sur le droit de vote à 16 ans, le DGE s'en remet aux élus de l'Assemblée nationale.

« À partir du moment où vous permettez à des jeunes d'agir comme membres du personnel à 16 ou 17 ans, est-ce que le droit de vote pourrait leur être accordé? Je m'attends à ce que la question soit posée et je pense que le législateur a à réfléchir à cette question. »

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