La nouvelle génération commence à redéfinir le féminisme. Et elle le fait avec des moyens différents, en s'appropriant les luttes passées, mais aussi en mettant de nouvelles revendications sur la table.  

Un texte de Danielle Beaudoin

Le féminisme a la cote, tant à l'université que sur le web et même dans la culture populaire, constate Rébecca Beauvais, professeure à l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF) de l'UQAM. Alors que cette université est censée avoir perdu des effectifs, les cours sur le féminisme sont en continuelle croissance et affichent complet.

Naïma Hamrouni, professeure au Département de science politique de l'Université Laval, remarque dans ses cours un intérêt grandissant non seulement des jeunes femmes, mais aussi de plusieurs hommes. Ils « sont sincèrement intéressés » par les débats d'actualité qui concernent les femmes et « auxquels les hommes ont une contribution à faire aussi ».

Féminisme = glamour?

Il y a un « nouveau glamour » autour du mot féministe, selon Chantal Maillé, professeure à l'Institut Simone de Beauvoir de l'UQAM. Chantal Maillé fait notamment référence à des artistes américaines, comme les chanteuses populaires Beyoncé et Lady Gaga, qui se proclament féministes.

Chantal Maillé rappelle que le féminisme s'est aussi invité dans la campagne électorale américaine, du côté des démocrates. Tant Hillary Clinton que Bernie Sanders se définissent comme féministes. Elle note que ce phénomène existe aussi chez nous. Elle cite, entre autres, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui présente un cabinet paritaire « parce qu'on est en 2015 ».

De nouvelles tribunes

Naïma Hamrouni croit que les avancées technologiques et médiatiques, ainsi que l'apparition des réseaux sociaux ont contribué à stimuler l'intérêt de la population, et surtout des jeunes, pour les questions d'injustice.

« Les groupes qui historiquement ont été méprisés ou exclus, comme les femmes, mais aussi les Afro-Américains et les Autochtones, qui n'avaient pas de tribunes ou de temps d'antenne, peuvent désormais s'exprimer et diffuser différemment par d'autres médias leurs revendications », explique Naïma Hamrouni

Mais est-ce vraiment plus facile de se dire féministe aujourd'hui? Naïma Hamrouni en doute. Il y a encore énormément de préjugés. « Le féminisme est encore confondu avec la partisanerie, l'idéologie, la partialité et pire encore que le féminisme, c'est de revendiquer la domination des femmes sur les hommes, et un mouvement qui s'oppose à l'égalitarisme ou à l'humanisme par exemple. »

Pas toutes dans le même panier

Le féminisme a pris une multitude de formes : radical matérialiste, libéral, postradical, noir, queer, musulman, anarchiste, solidaire, poststructuraliste, écoféminisme, postcolonialisme, décolonialisme, etc. Pour Rébecca Beauvais, les multiples courants du mouvement féministe en font une nébuleuse. Il est très difficile, dit-elle, de cartographier ce mouvement, devenu très complexe.

Chantal Maillé constate pour sa part l'émergence d'un nouveau féminisme, « où on reconnaît la pluralité des réalités », et où ne met pas toutes les femmes dans le même panier.

Elle souligne que les jeunes militantes ont aussi une vision très décloisonnée du féminisme : « Leurs actions ne se passent pas nécessairement dans des groupes féministes, mais peuvent se passer dans des groupes mixtes, des groupes environnementaux, politiques, des partis municipaux. Parce que pour elles, pour faire avancer le féminisme, il faut aller plus loin que simplement avoir des revendications aux femmes, il faut changer la société, changer le système. »

Le mythe de l'égalité

Si les jeunes femmes s'intéressent plus au féminisme aujourd'hui qu'il y a une dizaine d'années, c'est parce qu'elles se rendent compte que l'égalité est loin d'être atteinte, selon Francine Descarries, directrice du Réseau québécois en études féministes et professeure à l'IREF.

Mme Descarries cite trois domaines où les inégalités sont persistantes :

  • La violence faite aux femmes est toujours bien présente. « Cette norme de la propriété, qui était propre au patriarcat un peu sauvage, est encore un univers de référence pour beaucoup d'hommes, puisqu'on s'aperçoit que plusieurs cas de violence faite aux femmes se produisent au moment de séparation. "Si tu n'es pas à moi, tu ne seras pas à personne d'autre." »
  • Malgré de réels progrès, il y a encore des disparités salariales énormes entre les femmes et les hommes.
  • La conciliation travail-famille n'est pas encore réglée. Les études le démontrent. Les femmes font le même nombre d'heures au travail que les hommes. Par contre, elles passent plus de temps à faire des tâches domestiques. « Donc, dans le fond, les disparités économiques, la carrière principale versus la carrière secondaire, toutes ces affaires-là n'ont pas changé. »

Tout reste à faire

Naïma Hamrouni constate que toutes les luttes restent à faire. Elle rappelle que certains droits déjà acquis peuvent toujours être remis en question, comme l'avortement.

Elle souligne que même si les femmes ont acquis le droit de vote et d'éligibilité en 1940, il y a encore seulement 30 % de femmes qui sont députées à l'Assemblée nationale. Les femmes peuvent désormais travailler à l'extérieur sans être victime de discrimination de sexe ou pour motif de grossesse, mais elles gagnent encore un salaire de 29 % inférieur à celui des hommes. Elles sont moins de 20 % à occuper des postes de PDG d'entreprises au Canada, elles sont plus susceptibles de travailler à temps partiel.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine