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Les Latinos pourraient faire basculer l'Arizona vers les démocrates

État frontalier avec le Mexique, connu surtout pour son désert, ses cactus et ses paysages à couper le souffle, l'Arizona est l'un des États avec la plus forte proportion de Latino-Américains, soit un habitant sur trois. Un bloc d'électeurs potentiels dont la force pourrait s'avérer déterminante en novembre prochain, à l'élection présidentielle.

Un texte d'Alexandra Szacka

Plusieurs analystes à travers tous les États-Unis pensent que le vote latino-américain pourrait contribuer à sonner le glas des ambitions présidentielles de Donald Trump. C'est pourquoi, depuis quelques mois, de nombreuses associations hispaniques, des syndicats et autres organismes de défense des droits de l'homme aux États-Unis multiplient leurs efforts pour aider à la naturalisation du plus grand nombre possible de Latino-Américains.

C'est une population qui croît à la vitesse grand V. Ils étaient 19,5 millions d'électeurs inscrits en 2008. Ils sont aujourd'hui 27 millions. Et si tous les résidents latinos qui y ont le droit obtenaient la citoyenneté américaine d'ici l'automne, ils seraient 36 millions à pouvoir voter pour le prochain locataire de la Maison-Blanche.

Il n'est pas exclu que l'Arizona, qui lors de 15 élections présidentielles sur les 16 dernières a voté pour un candidat républicain à la Maison-Blanche, change de couleur cet automne. Ce serait une véritable révolution.

Voter contre Trump : une raison de devenir citoyen

Comme des millions de Latinos ici, Blanca Roble et Roberto Silva, originaires du Mexique, habitent l'Arizona depuis leur petite enfance. Résidents permanents, parents de quatre enfants, ils n'ont jamais cru nécessaire de devenir des citoyens américains. Jusqu'à cette élection. Les discours de Donald Trump les inquiètent de plus en plus.

« S'il gagne, il va renvoyer chez eux tous les Mexicains qui ne sont pas citoyens américains », s'exclame Blanca, presque incrédule. Elle veut à tout prix déposer sa demande de citoyenneté pour avoir la chance de voter en novembre. Pour qui? Hillary Clinton, bien sûr.

Selon le porte-parole de l'organisme Mi Familia Vota, qui travaille à la promotion du vote latino-américain dans tout le pays, il y a cette année un grand intérêt à obtenir la citoyenneté, précisément à cause du discours de Trump. « Un discours haineux », souligne Eduardo Sainz.

Inscrire les Latino-américains sur les listes électorales

Un dimanche de la mi-mai, ils sont des dizaines à assister à un « atelier de la citoyenneté », un des derniers organisés par Mi Familia Vota dans la ville de Tucson, en Arizona. Aidés par une trentaine de bénévoles, ils seront finalement 91 à remplir le formulaire qui pourra leur ouvrir la voie des urnes, en novembre.

Mais il ne suffit pas d'obtenir la citoyenneté, il faut encore être inscrit sur les listes électorales pour pouvoir voter. Là aussi, les statistiques parlent d'elles-mêmes. « 80 % de Latinos s'inscrivent sur les listes démocrates », selon Chula Robertson, bénévole de Mi Familia Vota, qui parcourt la ville de Tucson avec ses formulaires d'inscription.

Au collège du comté de Pima, le préposé à l'entretien Vincente Valdez, 23 ans, vient tout juste d'ajouter son nom à la liste électorale. « Je hais Donald Trump. Je veux voter pour les démocrates parce que je suis Latino », dit-il.

« Il ne faut pas que les illégaux entrent ici comme dans un moulin »

Mais à la frontière du Mexique, là où les narcotrafiquants ont fait de Nogales une ville presque fantôme, César Ossorio n'est pas du même avis. Cet ancien gérant du terminus d'autocars Greyhound aujourd'hui abandonné, d'origine mexicaine lui aussi, est citoyen américain depuis l'enfance. Il croit que Donald Trump est le seul à pouvoir protéger les États-Unis de l'invasion des illégaux et de la drogue. Il n'a rien contre l'immigration mexicaine, à condition qu'elle soit légale.

« Ma mère est venue dans ce pays légalement après tout, dit-il. Il ne faut pas que les illégaux entrent ici comme dans un moulin ». « Je pense que si les Latinos parviennent à changer l'orientation historique du vote ici, en Arizona, ce sera par une très petite marge », croit pour sa part Barbara Norrander, politologue de l'Université de l'Arizona. Les paris sont ouverts.

L'Arizona basculera-t-il vers les démocrates en devenant un « État bleu » pour la première fois depuis la seconde élection de Bill Clinton, en 1996? Réponse le 8 novembre.

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