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Les libéraux favorables aux conclusions du rapport Charbonneau

Le gouvernement Couillard entend donner suite aux dizaines de recommandations de la commission Charbonneau et procédera à une « analyse exhaustive » du rapport de quelque 1700 pages.

« C'est une leçon. Quelque part, notre société s'est un peu endormie, son niveau de vigilance a baissé. On s'est assis sur le fait qu'on avait des lois qu'on trouvait plus avancées qu'ailleurs. Il y a nécessité d'un redressement qui a déjà été commencé et qui va se poursuivre », a dit le premier ministre Philippe Couillard lors d'une mêlée de presse à Québec, mardi, en réaction à la publication du rapport.

M. Couillard dit qu'il n'est pas surpris de l'ampleur des mesures que recommande la commission.

« Je l'espérais. Ce n'est pas parce qu'on a fait beaucoup de choses - par exemple faire passer la limite des contributions politiques de 3000 $ à 100 $ - que c'est fini. Il faut que le niveau de vigilance demeure élevé. On accueille avec plaisir qu'il y ait des recommandations en grand nombre. On va étudier le rapport avec beaucoup d'attention et donner suite le plus tôt possible », a-t-il ajouté.

« Éviter la vulnérabilité »

En point de presse, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a dit que la commission avait permis une « prise de conscience collective » concernant le financement des partis politiques au Québec et que des correctifs restaient à apporter.

Toutefois, il a insisté sur le fait que la présidente de la commission, France Charbonneau, n'établissait pas de lien direct entre le financement des partis politiques dans la période analysée et l'attribution de contrats publics dans l'industrie de la construction. Tout au plus, elle mentionne un lien « indirect », note-t-il.

M. Fournier a aussi répété à quelques reprises que le commissaire Renaud Lachance est en désaccord avec la présidente et qu'il n'est pas possible, selon lui, de conclure à un lien direct ou indirect entre ces contrats et le financement des partis politiques provinciaux.

Il note toutefois que les deux commissaires « s'entendent sur les recommandations pour éviter la vulnérabilité » des élus et des titulaires de charges publiques.

Le ministre Fournier a rappelé que les règles avaient été modifiées depuis le début de la commission et que le financement des partis était désormais essentiellement « étatique », depuis que la limite des contributions aux partis était passée de 3000 $ à 100 $ par année.

Par ailleurs, M. Fournier affirme qu'il ne s'est jamais senti « vulnérable » à des pressions venant d'individus ou d'entreprises en lien avec du financement politique.

M. Fournier a précisé que malgré le fait que la contribution des particuliers au financement des partis était devenue marginale, les ministres du gouvernement Couillard devaient toujours recueillir 15 000 $ par année pour financer les activités du Parti libéral.

Il s'est félicité du changement parce que, dans le passé, leur contribution avait été fixée à 100 000 $ par année. Quand on lui a demandé s'il fallait éliminer le quota de financement de 15 000 $ imposé aux ministres, M. Fournier en a minimisé l'importance, disant que les partis avaient besoin « d'engranger des sommes d'argent » pour leurs activités et mener les campagnes électorales.

Le PQ se réjouit de plusieurs conclusions du rapport

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, salue la publication d'un « rapport volumineux » qui demandera « une analyse approfondie ».

M. Péladeau retient notamment la recommandation de la création d'une Autorité des marchés publics pour s'assurer de l'intégrité des processus d'attribution des contrats publics.

« [Cette agence] fera en sorte qu'il y ait une distance nécessaire entre les autorités politiques et les donneurs d'ordres ou receveurs d'ordres. Ça m'apparaît essentiel. C'est une proposition faite par mon collègue Sylvain Gaudreault dans une législature antérieure. Nous ne pouvons que nous [en] réjouir », a-t-il dit en point de presse.

À la question : « Sentez-vous une pression sur les candidats ou députés pour aller chercher du financement qui les exposerait à une vulnérabilité de l'extérieur? », M. Péladeau a répondu que cette question devait être posée au PLQ.

« On croit comprendre qu'il existait une pratique de cette nature au Parti libéral. Certains l'ont nié, d'autres l'ont affirmé. Ce sera au Parti libéral de s'expliquer en cette matière. Le leader du gouvernement [Jean-Marc Fournier] a dit en conférence de presse qu'il n'avait pas senti de vulnérabilité. Est-ce que c'est le cas pour ses collègues? », demande-t-il.

Le leader parlementaire du PQ, Bernard Drainville, a lui aussi salué plusieurs recommandations du rapport, comme un régime de protection des lanceurs d'alerte ou encore un comité indépendant pour l'approbation des contrats octroyés par le ministère des Transports.

M. Drainville presse le gouvernement d'adopter un nouveau régime de financement public des partis politiques municipaux.

« On espère que le Parti libéral au pouvoir va mettre en œuvre plusieurs recommandations. Mais depuis qu'il est au pouvoir, il n'a pas fait la preuve que la lutte contre la corruption, c'est sa priorité. »

« M. Couillard a dit que la société politique s'est endormie. Il appartient aux partis politiques de la réveiller et en particulier au PLQ, puisque c'est lui qui est au gouvernement. Le PQ a fait sa part. En 18 mois, le PQ a fait plus que le PLQ en 10 ans de pouvoir », a-t-il ajouté, citant l'adoption par le PQ de projets de loi sur le financement des partis.

Il a soutenu que le PQ a toujours fait preuve de transparence et collaboré pour changer les pratiques en matière de financement politique.

Par ailleurs, M. Drainville déplore que des témoignages importants aient été faits à huis clos. Il affirme qu'il aurait aimé entendre, par exemple, l'ancien organisateur et collecteur de fonds libéral Marc Bibeau, l'ancien premier ministre Jean Charest ou l'ancien maire de Laval Gilles Vaillancourt.

Il faut rétablir la confiance, dit la CAQ

La CAQ salue elle aussi nombre de recommandations, comme celles d'allonger le délai de prescription de certaines poursuites pénales, de revoir le mode de nomination du commissaire à l'Unité permanent anticorruption (UPAC), d'accroître l'expertise interne au ministère des Transports, de réduire les délais de paiement aux entrepreneurs en construction et d'adopter une loi pour permettre aux citoyens de poursuivre des fraudeurs au nom de l'État.

Le chef de la CAQ demande à tous les chefs de parti de présenter leurs excuses. « L'ADQ, le PQ et le PLQ ont utilisé le financement sectoriel pour solliciter de façon quasi illégale, sûrement inacceptable, des fonds d'entreprises de construction ou de génie », a dit François Legault, en point de presse.

Selon M. Legault, Philippe Couillard a refusé « avec arrogance » de reconnaître cela en Chambre. Le chef caquiste affirme que les partis ont tout un travail à faire pour rebâtir le lien de confiance entre les élus et les citoyens.

« Le Parti libéral refuse de voir la réalité en face », renchérit la députée de Montarville, Nathalie Roy. « Le PLQ dit n'avoir jamais sollicité de financement auprès des entreprises, n'avoir jamais eu connaissance des pratiques auxquelles avaient recours les firmes de génie ou entreprises de construction [...] », ajoute-elle.

« Si vous allez plus loin dans le rapport, on voit carrément des contradictions, le rapport démolit l'argumentaire du parti libéral », soutient-elle.

La CAQ regrette elle aussi que la population n'ait pas pu entendre des témoignages comme ceux de Marc Bibeau ou de Jean Charest.

Finalement, la CAQ juge que la députée libérale et ancienne ministre des Transports Julie Boulet, dont le nom revient 132 fois dans le rapport, n'a plus sa place au sein du caucus libéral.

« On ne peut pas avoir quelqu'un qui avoue avoir fait du financement auprès des entreprises, qui avoue avoir sollicité des entreprises qui ont eu des contrats de son propre ministère. Jusqu'où on accepte? Il me semble que M. Couillard est très lousse », affirme le chef caquiste.

Le gouvernement est dans le déni, selon Québec solidaire

Pour sa part, le député de Mercier de Québec solidaire Amir Khadir déplore que ce qu'il appelle « des ministres à 100 000 $ » soient chargés de l'application des recommandations de la commission Charbonneau.

« Ils sont dans la négation totale. J'ai honte de voir la légèreté avec laquelle M. Fournier, un ministre à 100 000 $, un avocat dans une firme d'ingénieurs comme SNC-Lavalin, engluée dans des scandales de fraude et de pots de vin, peut venir en quelque sorte nier tout. À l'entendre et à entendre M. Couillard, un autre ministre à 100 000 $ du gouvernement Charest, on a l'impression qu'ils vont sabrer le champagne ce soir », dit-il.

M. Khadir se dit en désaccord avec le commissaire Lachance. « Il y a bel et bien un lien direct entre les partis politiques, les responsables politiques et l'octroi des contrats publics orientés par des décisions dans l'intérêt des partis politiques. La preuve, c'est la première recommandation de la commission », qui insiste sur la création d'une autorité pour éloigner les titulaires de fonctions publiques des donneurs d'ouvrage, soutient-il.

M. Khadir demande aux élus et aux partis entachés par la commission de faire leur mea culpa et de « commencer à rembourser ». Il demande aussi l'adoption rapide d'un mécanisme de protection des sonneurs d'alarme.

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