Retour

Les marins canadiens dénoncent l'attribution de permis à des marins étrangers

Le syndicat international des marins canadiens (SIU) s'insurge contre l'émission de visas de travail pour les membres d'équipage d'un pétrolier à pavillon grec qui transporte temporairement de la marchandise entre des ports canadiens.

Un texte de Caroline Arbour

Le Minerva Maya, qui est présentement amarré à Montréal, a été affrété pour faire du cabotage en eaux canadiennes. La pratique est autorisée en vertu d'une licence accordée par le ministère fédéral de la Sécurité Publique et de la Protection civile lorsque le nombre de navires immatriculés au Canada est insuffisant pour répondre au volume de trafic.

Le SIU indique toutefois que les équipages étrangers sont généralement rapatriés aux frais des armateurs pour que des marins canadiens prennent le relais.

Du jamais vu, selon le syndicat

Or, dans le cas du Minerva Maya, Citoyenneté et Immigration Canada aurait émis des visas de travail temporaires de types C-10 et C-20 pour la vingtaine de marins étrangers à bord, selon le SIU.

Le vice-président du syndicat, Patrice Caron, affirme qu'il s'agit d'une première et il craint le début d'une tendance.

« On devrait prendre des marins canadiens pour faire ces emplois-là, dit-il. Plusieurs marins sont prestataires de l'assurance-emploi actuellement, que vous et moi payons. »

Jeffrey McPhee est de ce nombre. Chef cuisinier dans la marine marchande depuis près de 30 ans, il est frustré à la veille du retour à l'école. « Je n'ai pas d'argent pour acheter les livres de mon enfant, raconte-t-il. C'est difficile parce que je veux travailler. »

Preuve de réciprocité

Le ministère de l'Immigration stipule que les visas C-20 ne peuvent être délivrés que s'il « existe des possibilités réciproques semblables pour les Canadiens à l'étranger ». Il incombe au demandeur de démontrer que l'embauche de travailleurs de l'extérieur aura une « incidence neutre sur le marché du travail » local.

L'interprétation de cette disposition peut cependant être large, comme l'explique l'avocate Julie Lessard, qui se spécialise en droit de l'immigration d'affaires au bureau montréalais du cabinet BCF.

« La réciprocité ne doit pas nécessairement être directe, c'est-à-dire un échange d'un travailleur pour un travailleur, mais si on peut prouver qu'au bout d'une année des opportunités plus ou moins équivalentes ont été données à des travailleurs canadiens à l'étranger, la réciprocité est établie », explique Mme Lessard.

Le syndicat international des marins canadiens conteste cette notion. « Des marins canadiens pourraient aller travailler sur des navires grecs, concède Patrice Caron, mais ça n'arrive jamais parce que les salaires sur ces navires sont des salaires de famine. »

Le SIU a organisé une manifestation jeudi pour réclamer que Citoyenneté et Immigration Canada n'accorde plus de visas de travail temporaire à des marins étrangers embarqués sur des pavillons de complaisance qui font du cabotage au Canada.

Joint à ce sujet, le ministère s'est refusé à tout commentaire sur le cas spécifique du Minerva Maya, citant la Loi sur la protection des renseignements personnels.

Plus d'articles

Commentaires