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Les milliards de dollars du Fonds des générations vont-ils au bon endroit? 

Sur papier, le Fonds des générations est une idée formidable. Voilà un outil, aujourd'hui âgé de 10 ans, qui permettra de ne pas laisser à long terme une dette trop lourde aux prochaines générations. C'était l'objectif du ministre des Finances en 2006, Michel Audet. Cet objectif demeure aujourd'hui en 2016.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

La valeur du Fonds des générations atteindra les 10 milliards de dollars en 2017. Québec a prévu, dans son dernier budget, investir 2 milliards de dollars dans le Fonds en 2016-17, et 2,5 milliards de dollars en 2017-18. Dans cinq ans, le Fonds doit atteindre une valeur de 23 milliards de dollars, et dans 10 ans, la dette brute sera passée de 55 à 45 % du PIB.

Si on peut dire que le Fonds a pour mission de favoriser l'équilibre intergénérationnel, on peut se demander si cet objectif n'est pas en train de se faire au détriment des citoyens actuels, ceux qui vivent, travaillent, vont à l'école et retirent leurs rentes aujourd'hui même.

À quoi bon créer un Fonds qui atteint 10 milliards de dollars s'il faut réduire les dépenses dans des secteurs névralgiques comme la santé et l'éducation? Quel héritage allons-nous laisser aux prochaines générations si, aujourd'hui, on n'investit pas davantage dans la santé, les services sociaux et surtout l'éducation?

Pourquoi ne pas mettre cet argent dans l'économie?

Quel est l'avantage pour une société de ne pas utiliser les milliards du Fonds pour stimuler l'économie alors que la croissance du Québec est faible et décevante? En 2014 et en 2015, la croissance du Québec s'est limitée à 1,5 % et 1,1 %, contre 2,7 % et 2,5 % en Ontario. Depuis un an, le Québec n'a pratiquement pas créé d'emplois. Et les compressions budgétaires en cours depuis deux ans ralentissent la croissance du PIB, selon les économistes.

« D'abord, c'est l'engagement que nous avons pris avec la population quand on a créé ce fonds-là, nous a dit le ministre des Finances, Carlos Leitao, en entrevue à RDI économie. Nous avons établi des sources de revenus qui lui sont propres, que ce soit les redevances hydrauliques, les redevances minières, même la taxe sur les boissons alcooliques. [...] Si maintenant on décidait de faire quelque chose d'autre, il faudrait revoir ce contrat-là qu'on a signé avec la population. »

Justement, ne devrait-on pas le revoir, ce contrat? Le Fonds des générations est un outil structurel important. Mais, à quel prix? Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, nous disait, lui, en début de semaine, à RDI Économie, que l'enjeu démographique - beaucoup de retraités pour de moins en moins de travailleurs - l'obligeait à investir dans l'économie, quitte à alourdir la dette. Pourquoi, à Québec, sans faire de déficit, le gouvernement n'investit-il pas davantage dans son économie?

Réponse de Carlos Leitao : « Je vous dirais que, si on était dans une situation comme celle de nos voisins, en Alberta ou ailleurs, où il n'y a pas une dette qui est élevée, cette question-là serait très pertinente. Il faut tenir en considération que notre point de départ, c'est un niveau d'endettement qui est très élevé, à 55 % du PIB, ce qui veut dire concrètement que le contribuable québécois supporte une dette publique - provinciale, plus la partie de notre dette fédérale - aux alentours de 90-95 % du PIB, ce qui est lourd. C'est gérable, mais c'est lourd. Alors, pour pouvoir continuer à avoir un accès privilégié aux marchés financiers, il nous faut un outil comme le Fonds des générations, qui nous permet de baisser ce ratio quand même relativement rapidement, à 45 % du PIB en 2026. »

Québec va conserver le Fonds des générations. Mais c'est important de comprendre que le contrat dont parle le ministre représente aussi un choix politique, qui est celui de réduire la dette du Québec d'abord et avant tout, qu'on soit d'accord ou non.

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