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Les millions du Fonds de l'eau iront-ils au bon endroit?

EXCLUSIF – La Fondation Rivières et l'Union des municipalités du Québec remettent en question l'approche du « premier arrivé, premier servi » dans l'allocation des quelque 660 millions de dollars du Fonds pour l'eau potable et le traitement des eaux usées. Radio-Canada a appris que seulement 8 % des municipalités qui déversent encore leurs eaux usées sans traitement peuvent espérer recevoir de l'argent de ce programme fédéral-provincial.

Le grand déversement d’eaux usées survenu l’an dernier sur les rives de Montréal a révélé les nombreuses failles dans la gestion des eaux usées au Québec. Bien que spectaculaire de par son volume de plusieurs milliards de litres, ce déversement, rendu nécessaire par des travaux d’entretien, n’a duré que quelques jours. Or, une centaine de municipalités québécoises déversent jour après jour leurs eaux usées directement dans les cours d’eau.

Des données obtenues auprès du ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire indiquent que seulement huit municipalités sur les cent qui n’ont toujours pas de système d’épuration ont déposé une demande au Fonds pour l'eau potable et le traitement des eaux usées. On ne sait pas encore lesquelles obtiendront le financement demandé, puisque Québec a suspendu le programme après seulement trois semaines, face à une avalanche de demandes.

Des fonds mal alloués, selon la Fondation Rivières

Selon la Fondation Rivières, cette situation laisse croire que les 664 millions de dollars du Fonds n'iront pas là où ils auraient pu faire évoluer les choses.

Considérant qu’on sait exactement où sont les problèmes, on aurait pu orienter le programme de subvention en réservant une partie de l’enveloppe aux municipalités qui ne font qu'un simple dégrillage, par exemple, pour mettre fin à ces déversements chroniques.

Alexandre Joly, responsable de la recherche scientifique à la Fondation Rivières

Plusieurs municipalités qui ne traitent toujours pas leurs eaux usées nous ont indiqué qu’elles n’étaient simplement pas prêtes à soumettre une demande de financement.

C'est une situation qui ne surprend pas la directrice générale de Grande-Vallée, en Gaspésie. Ghislaine Bouthillette estime que les 664 millions de dollars du Fonds pour l'eau potable et le traitement des eaux usées sont les bienvenus, mais elle remet en cause la décision de sélectionner les projets admissibles en fonction de l'ordre de transmission des demandes.

Ça défavorise les municipalités comme la nôtre, parce que nous n’avons pas le personnel spécialisé pour travailler rapidement sur des projets. Nous n’avons pas d'ingénieur pour nous supporter et nous aider. Donc, on ne serait jamais prêt finalement pour être les premiers arrivés et être servis avec cette façon de procéder.

Ghislaine Bouthillette, DG de la municipalité de Grande-Vallée

L'UMQ réclame des changements dans l'administration du programme

L'Union des municipalités du Québec dénonce aussi cette approche après avoir reçu de nombreuses plaintes de ses membres. L'UMQ estime que Québec devrait remplacer les programmes ponctuels par du financement à long terme.

Les programmes "premier arrivé premier servi", ça peut être intéressant pour faire des belles photos et faire des annonces fréquentes, mais pour les municipalités, l'idéal, ça demeure des transferts prévisibles.

Alexandre Cusson, président de l'Union des municipalités du Québec

De son côté, le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire souligne qu’Ottawa a annoncé la seconde phase de son plan d’infrastructures, ce qui devrait permettre de financer des travaux additionnels. Dépendamment des conditions offertes par le gouvernement fédéral, un autre programme conjoint pourrait être annoncé pour aider les municipalités à mettre aux normes leurs systèmes d’épuration des eaux usées.

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