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Les Norvégiens, champions de la voiture électrique

Stationnements et chargeurs gratuits, voies réservées, exemption de péage sur les ponts et autoroutes... Il suffit de circuler quelques minutes dans les rues d'Oslo pour comprendre pourquoi la capitale norvégienne est considérée comme le paradis de la voiture électrique.

Un texte de Jean-François Bélanger

Ce sont des avantages dont profitent de plus en plus de Norvégiens. Depuis deux ans, près d'une voiture vendue sur cinq en Norvège est totalement électrique. Une situation unique au monde.

La tendance est relativement récente, conséquence d'une série de mesures gouvernementales résolument en faveur des véhicules électriques. Ainsi, les acheteurs de véhicules électriques bénéficient d'une exemption totale de taxes et de frais d'enregistrement. Un avantage substantiel quand on sait que les taxes sur les voitures à essence et diesel sont très élevées en Norvège, allant jusqu'à doubler le prix d'achat.

« Il est très important d'inciter les consommateurs à essayer ces nouvelles technologies et pour les rendre intéressantes, il faut mettre en place une taxation favorable », explique la ministre de l'Environnement de Norvège, Tine Sundtoft.

La ministre répète, chaque fois qu'elle en a l'occasion, les objectifs très ambitieux que s'est fixés le gouvernement norvégien : réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990 et devenir une société à faible émission de carbone dès 2050. Un paradoxe quand on sait que ce pays scandinave est l'un des principaux producteurs de pétrole et de gaz naturel au monde.

La ministre norvégienne de l'Environnement, Tine Sundtoft. Photo : ICI Radio-Canada/Sergio Santos

La mesure a fonctionné bien au-delà des espérances. En moins de quatre ans, 70 000 voitures électriques ont été vendues en Norvège, soit près de 30 fois plus qu'au Québec. Le constructeur américain Tesla, pionnier sur ce marché, a été pris par surprise. Ce petit pays de 5 millions d'habitants est aujourd'hui un de ses plus gros marchés.

« On s'attendait à ce que ces mesures nous favorisent, étant donné que nous sommes des précurseurs, mais on ne s'imaginait pas que la demande serait aussi importante », avoue Esben Pedersen, le directeur des communications de Tesla pour toute la Scandinavie.

La Tesla modèle S, qui affiche une autonomie de près de 500 km, a été élue voiture de l'année ici et trône dans le peloton de tête des voitures les plus vendues en Norvège. Impressionnant pour une voiture de luxe vendue plus de 100 000 $.

Pour voir la petite histoire du virage électrique norvégien sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Un laboratoire et une vitrine

Le constructeur a donc investi massivement, faisant de la Norvège une sorte de laboratoire. « C'est un petit pays, donc on voit beaucoup plus rapidement les effets de telle ou telle décision, comme l'impact sur le réseau électrique », dit M. Pedersen.

Un laboratoire, mais également une vitrine. C'est ainsi que le constructeur américain a convié la presse mondiale en Norvège pour convaincre les sceptiques que les performances des batteries de ses véhicules n'étaient pas vraiment affectées par les froids polaires qui règnent ici. Et pour s'assurer que la vitrine soit présentable, que ses acheteurs soient satisfaits, Tesla a installé un réseau de chargeurs rapides à travers le pays qui permettent de recharger gratuitement les batteries de ses véhicules en une demi-heure.

Aux prises avec cette nouvelle donne, les constructeurs traditionnels ont dû s'adapter. Presque tous offrent maintenant des modèles entièrement électriques. L'e-Golf est ainsi la Volkswagen la plus vendue en Norvège. Chez Nissan, la Leaf représente plus de 50 % des ventes.

Borne de recharge de véhicules électriques Photo : ICI Radio-Canada/Jean-François Bélanger

En fait, la popularité des voitures électriques commence même à poser problème. Les propriétaires de voitures à combustion manifestent de plus en plus ouvertement leur jalousie et demandent la fin des mesures incitatives, alors que les conducteurs d'autos électriques se plaignent de la congestion dans les voies réservées.

Si la question de la fin des avantages fiscaux revient régulièrement sur la table, le gouvernement norvégien l'a écartée à court terme, liant la mesure à l'atteinte des objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Pas question donc pour le moment de changer de cap. Au contraire, Oslo est convaincu que son modèle fonctionne et invite les autres pays à emboîter le pas.

« Nous avons prouvé que ça marche. Les voitures électriques de nos jours fonctionnent bien et répondent aux besoins », dit la ministre norvégienne de l'Environnement. « Nous espérons maintenant que d'autres pays vont faire comme nous, ce qui encouragerait les constructeurs à offrir plus de modèles et ferait baisser les prix. Tout le monde y gagnerait. »

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