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Les Ontariens sont-ils satisfaits d'avoir élu un gouvernement conservateur majoritaire en 2011?

Il y a quatre ans, Stephen Harper demandait aux Canadiens de lui donner « un gouvernement conservateur majoritaire fort et stable » pour remettre l'économie du pays sur les rails. Les Ontariens, surtout ceux de Toronto et sa banlieue, ont contribué à exaucer son souhait. Quatre ans plus tard, sont-ils satisfaits de leur choix, ou bien sont-ils prêts à du changement?

Un texte de Christian Noël

Les bruits de marteaux et de scies sauteuses résonnent sans arrêt dans un quartier résidentiel cossu de la circonscription de Willowdale, au nord de Toronto. Impossible de croiser un pâté de maisons sans voir une maison en construction ou en rénovation.

« Je viens tout juste d'emménager », indique Ken, qui prévoit faire beaucoup de rénovations au cours des prochaines années. « Le crédit d'impôt promis par les conservateurs va me donner un bon coup de pouce », espère-t-il.

Voter pour la stabilité

La circonscription de Willowdale, à mi-chemin entre le centre-ville et la banlieue, est en pleine transformation. Le salaire moyen et le prix des maisons augmentent. Bon nombre d'électeurs d'ici trouvent que leur vie s'est améliorée après quatre ans de règne conservateur majoritaire à Ottawa.

« C'est une valeur sûre, raconte Helena Hasting, qui votera à nouveau pour les bleus le 19 octobre. Ils ont bien géré notre économie malgré les turbulences internationales. »

« J'ai un nouvel emploi, une nouvelle maison. J'aime l'idée du crédit d'impôt pour rénovation domiciliaire, j'ai hâte de pouvoir mettre plus d'argent dans mon compte d'épargne libre d'impôt (CELI), ajoute-t-elle. Si les choses vont bien pour moi, pourquoi changer de gouvernement? »

Voter pour l'espoir

Mais pour d'autres Ontariens, la vie ne s'est pas améliorée durant les quatre dernières années.

« En fait, ma famille a régressé », raconte Kathy Kaill. Mon mari et moi avons perdu notre emploi presque en même temps, il y a trois ans », lui dans le secteur manufacturier, elle dans un organisme sans but lucratif.

Son revenu familial a diminué de moitié, pour passer de 90 000 $ à 45 000 $ par année. « On ajuste nos dépenses en conséquence, mais nos dettes continuent quand même d'augmenter », déplore-t-elle.

Les crédits d'impôt pour rénovation domiciliaire et le nouveau plafond du CELI « ne font rien pour nous », signale Kathy.

« On vit de chèque en chèque, comment puis-je mettre de l'argent de côté? », ajoute-t-elle.

Kathy, son mari et leurs deux enfants vivent à London, où les trois partis politiques se livrent une bataille de tranchées, dans plusieurs luttes à trois.

Ce qu'elle cherche dans cette élection, c'est un parti « qui va redonner de l'espoir, faire de la création d'emploi sa priorité, et qui est prêt à dépenser pour le faire. » « J'hésite entre les libéraux et les néo-démocrates, confie-t-elle, et j'espère que les conservateurs seront rayés de la carte dans notre ville ».

Voter pour le changement

De retour dans Willowdale, c'est la course pour attraper l'autobus, qui vient de s'arrêter à la sortie du métro. Mais Yvan, lui, prend son temps. Il décadenasse son vélo, pour se rendre à la banque.

« Ceux qui sont sans emploi ne sont pas en meilleure position qu'il y a quatre ans, parce que l'économie n'est pas trop bonne et n'a pas l'air de vouloir s'améliorer non plus », croit le nouveau retraité. Il penche en faveur des conservateurs, mais déplore quand même l'attitude du premier ministre.

Mais plusieurs se portent à la défense de Stephen Harper. « Il a fait des erreurs, c'est vrai », reconnaît Bob Harwood, qui mentionne au passage l'affaire Duffy. « Mais personne n'est parfait. Il pourrait faire mieux, mais ce n'est pas assez pour vouloir du changement à Ottawa », fait-il valoir.

Voter pour l'équilibre politique

Non loin de là, quatre collègues de travail sont en pause-café. Nick, Adrian, Ben et Josh sont tous d'accord sur une chose : leur vie n'est ni pire ni meilleure que lors de l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire, il y a quatre ans.

« J'ai le même emploi, le même appartement, je ne vois pas grand différence », concède Adrian. Mais au fil de la conversation, son ami Nick l'interpelle : « est-ce que tu préfères un gouvernement majoritaire ou minoritaire? » La discussion s'arrête un instant, pendant que les quatre y réfléchissent.

« C'est sûr que minoritaire, il y a un avantage, exprime Ben. Ça fait contrepoids au parti au pouvoir, et ça force les politiciens à mieux nous écouter. »

« Oui, mais ça veut aussi dire qu'un parti peut mettre des bâtons dans les roues du gouvernement pour des raisons partisanes et ça ralentit les prises de décisions », renchérit Adrian.

Les quatre collègues ne sont pas tous d'accord sur ce point, mais comme plusieurs Canadiens à moins de trois semaines du scrutin, ils contemplent maintenant ce scénario. Quant à la possibilité d'une coalition? Ni pour ni contre, disent-ils, unanimes. « Attendons de voir les résultats. »

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