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Les ordinateurs détériorent les rapports humains dans les hôpitaux, dit une étude

La surutilisation des ordinateurs rompt le lien social au sein des établissements de santé, affirment six chercheurs nord-américains. Les relations entre les médecins et les patients se détérioreraient ainsi.

Un texte de Julien Lecacheur

Entre 2012 et 2013 , les six chercheurs ont étudié le fonctionnement de quatre services de soins intensifs à Baltimore et San Francisco, aux États-Unis. Le but de cette étude, publiée en janvier dans la revue Health Services Research, était d'observer l'utilisation des ordinateurs ou d'autres appareils électroniques par le personnel de santé.

Myles Leslie, un professeur adjoint à l'Université de Calgary, est l'un des chercheurs. Après des mois de travail, il explique dans ses conclusions que les technologies de l'information dans les services de santé ont accru les divisions sociales et professionnelles entre les membres du personnel, mais aussi entre les médecins et les patients.

Un jour, le père d'une fille qui était à l'hôpital m'explique que lors des consultations les médecins entrent, regardent les chiffres sur les ordinateurs, ignorent les patients et quittent la chambre sans un mot. Ce père se sentait considéré comme un simple morceau de viande.

Myles Leslie, professeur adjoint à l'Université de Calgary

L'étude montre aussi que certains médecins utilisent leurs ordinateurs pendant plus de 50 % du temps d'une consultation.

Elise Paradis a participé à l'étude. Cette professeure adjointe en pharmacie à l'Université de Toronto explique que la nouvelle génération de médecins utilise davantage les technologies de l'information. « Les diplômés en médecine, encore en résidence, ont tendance à voir la représentation digitale du patient comme la représentation du patient comme telle », souligne-t-elle.

Elle ajoute aussi que ces jeunes médecins ont créé un nouveau genre de patient.

Un nouveau phénomème est arrivé, celui du « iPatient » comme pour le iPod ou le iPad. Ce passage du patient du réel au virtuel est dangereux.

Elise Paradis, professeure adjointe en pharmacie à l'Université de Toronto

Denis Vincent est un médecin de famille à Edmonton qui utilise un ordinateur pour traiter les dossiers de ses patients depuis près de 20 ans.

Ce défenseur des nouvelles technologies dans les centres de santé explique avoir adapté ses rencontres avec ses patients depuis l'abandon des feuilles de papier.

Il utilise notamment un petit ordinateur portable lors de ses consultations pour rester au plus près des personnes qui viennent le rencontrer. Il admet néanmoins que ces nouvelles technologies ont modifié ses rendez-vous.

L'informatisation des dossiers médicaux apporte beaucoup de bien, mais je suis d'accord que cela peut aussi poser des barrières dans le contact intime avec les patients.

Denis Vincent, médecin de famille

Denis Vincent critique néanmoins fortement les logiciels médicaux. Selon lui, ces derniers sont souvent trop contraignants à utiliser et font perdre du temps. « Il faut essayer de trouver des manières de rendre ces logiciels beaucoup plus faciles à utiliser, beaucoup plus conviviales », lance-t-il.

Il demande aujourd'hui l'aide des gouvernements provinciaux et fédéral pour tenter d'uniformiser les logiciels de traitement de données. « Même en Alberta, le système dans les hôpitaux de Calgary et d'Edmonton est différent. Tous les bureaux médicaux ont aussi un système différent, et aucun ne communique entre eux », ajoute-t-il.

Un point de vue qui est partagé par la chercheuse Elise Paradis. Elle explique que les logiciels actuels ont des failles, surtout dans la mise à jour en temps réel des informations sur les patients. « Il faut que nos gouvernements investissent dans des systèmes informatiques qui pallient les manques des versions actuelles », souligne-t-elle.

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