Le petit pays se remet de peine et de misère du scandale des Panama Papers. Des Panaméens déplorent que cette affaire ait entaché la réputation de leur pays; d'autres croient qu'il était temps de s'attaquer à des pratiques douteuses.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Le terme « Panama Papers » n'a pas du tout plu à la direction du journal La Prensa, le seul organe de presse du Panama qui faisait partie du Consortium international de journalistes d'enquête. Elle l'a trouvé trop péjoratif pour le pays.

Le journal n'a donc pas utilisé ce terme lorsqu'il a publié les fameuses révélations sur les données confidentielles des clients de la firme d'avocats Mossack Fonseca. Il a plutôt publié ces informations sous la rubrique « Investigation globale ».

Les journalistes de La Prensa refusent les entrevues, et ils signent collectivement leurs articles sur le sujet. Ils reçoivent des menaces et se font qualifier de traîtres à la patrie. Ils jouissent d'une protection spéciale.

Plus de deux mois après la publication du scandale des Panama Papers, la firme d'avocats Mossack Fonseca a dû fermer ses bureaux de Gibraltar, de l'île de Man et de Jersey, et ses activités américaines sont sérieusement compromises. Au Panama, la firme fait l'objet d'une enquête, mais aucune accusation n'a été portée contre elle.


Le Panama, un paradis fiscal?

Selon Ramon Fonseca Mora, fondateur de Mossack Fonseca, le Panama n'est pas du tout un paradis fiscal. « Tout ce que nous avons fait est légal. Nous ne sommes pas responsables des activités des 240 000 sociétés que nous avons constituées dans toute notre histoire. »

« Nous ne permettrons pas que cette situation médiatique nous définisse comme pays », a déclaré le président panaméen, Juan Carlos Varela.

Miguel Antonio Bernal, professeur de droit constitutionnel, croit qu'il ne faut pas se demander si le Panama est un paradis fiscal, mais plutôt s'il veut continuer à l'être dans l'avenir. « Ils ont dit : "Le Panama n'est pas un paradis fiscal". C'est un enfer fiscal pour nous! Ils veulent éclipser le soleil avec un doigt, ce n'est pas possible! »

Le Panama a toujours été un pays très accueillant comme centre financier international. Mais dans le plus grand secret, on blanchit de l'argent dans l'immobilier, les hôtels, les casinos. Entre autres, celui de la cocaïne du pays voisin, la Colombie.

Les lois fiscales panaméennes sont tolérantes; elles ont été copiées sur celles du Delaware, autre paradis fiscal. Au Panama, l'évasion fiscale n'est pas un délit. Les sociétés sont vraiment anonymes.

La corruption, un système?

Plusieurs scandales de corruption ont secoué le pays.  La Cour suprême du Panama a demandé l'extradition de l'ex-président panaméen Ricardo Martinelli, qui vit aux États-Unis. Il est notamment soupçonné de corruption et d'enrichissement illicite. On le suspecte d'avoir fait surveiller illégalement plus de 150 personnes en utilisant des fonds publics.

L'affaire Waked a aussi fait beaucoup de bruit au Panama. La Colombie détient Abdul Waked, membre de la puissante famille panaméenne Waked, d'origine libanaise. Les États-Unis demandent son extradition pour avoir blanchi l'argent de la drogue colombienne.

Les scandales de corruption de la Petrobras, au Brésil, ont eu des répercussions jusqu'au Panama. Ramon Fonseca, proche ami du président du Panama et directeur de la firme d'avocats impliquée dans les Panama Papers, est aussi mêlé à l'affaire Petrobras. Il a d'ailleurs démissionné de son poste de conseiller à la présidence panaméenne.

Et la grande société de construction Odebrecht, impliquée dans le scandale de Petrobas au Brésil, a plus de 9 milliards de dollars dans des projets au Panama, rappelle Miguel Antonio Bernal.

« Le gouvernement brésilien a demandé la coopération du Panama dans le cadre des investigations dans l'affaire Odebrecht et le Panama a refusé. Le Panama ne coopère pas. Le Brésil dit qu'il faut coopérer, car il y a des traités internationaux », explique Miguel Antonio Bernal.

Et puis il y a les Panama Papers. Ils ont été vus comme une menace à la réputation du pays ou bien comme un coup de semonce visant à mettre fin à des pratiques de paradis fiscal.

Maintenant, le Panama se dit prêt à revoir ses lois, à collaborer dans la divulgation de données avec d'autres pays. Une loi anticorruption est même à l'étude.

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