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Les partis politiques recourent de plus en plus au profilage des électeurs

Jamais la collecte d'informations personnelles n'aura joué un rôle si important dans une campagne électorale au Canada. Pour les trois grands partis fédéraux, les bases de données sont devenues un outil de marketing indispensable.

Un texte de Marc Godbout

La collecte d'information permet de pouvoir ajuster les stratégies de persuasion, de cibler le message auprès de l'électeur et de le personnaliser.

L'objectif ultime : repérer les électeurs indécis et identifier ceux ou celles qui peuvent se laisser convaincre.

Il suffit de suivre les équipes de bénévoles des candidats libéraux dans leur porte-à-porte pour comprendre la nouvelle dynamique. Munis d'une tablette électronique, ils peuvent acheminer en temps réel les informations recueillies sur le terrain, au quartier général du parti.

Des détails qui aboutissent dans la banque de données du parti et qui peuvent mettre la machine électorale sur une piste.

À l'information obtenue sur le terrain s'ajoutent les données de recensement et du registre national des électeurs que possèdent déjà les partis. Sans oublier les adresses courriel obtenues, par exemple, lors d'activités partisanes ou tirées de pétition.

Comme d'autres partis, les libéraux n'ont pas eu le choix de plonger dans cet univers en investissant des sommes et des ressources considérables. « On investit comme toutes les entreprises privées, le big data fait partie de la réalité. Il nous permet surtout du point de vue organisationnel de bien choisir où on investit nos ressources », explique la porte-parole du Parti libéral du Canada, Geneviève Hinse

Différence au fil d'arrivée?

Maintenant que la technologie permet de digérer toute cette information, le recoupement de toutes les données permet d'entrer dans un autre univers, celui des algorithmes, jalousement gardés par les partis.

Dans les semaines qui ont suivi la victoire majoritaire conservatrice de 2011, le grand argentier du parti affirmait sans retenue aux délégués réunis en congrès que la base de données du Parti conservateur du Canada (PCC) avait été un élément déterminant.

Les conservateurs sont passés maîtres dans l'art de la collecte de données et du ciblage dans des circonscriptions où quelques votes peuvent faire la différence.

Depuis 2004, le PCC amasse toutes sortes d'informations en achetant même des listes de renseignements personnels.

Ce n'est qu'un des nombreux exemples soulevés par l'auteure du livre Shopping for votes.

Le NPD et le PLC n'ont pas eu le choix de suivre. Les partis s'affrontent avec des outils de plus en plus raffinés pour cibler de petits segments de l'électorat, dans un espace des plus sensible.

Menace à la vie privée?

Le type d'information recueilli varie d'un parti à l'autre, tout comme ses méthodes de collecte. Mais jusqu'où les partis peuvent-ils aller? Les dangers d'intrusion dans la vie privée sont-ils trop grands?

Les informations recueillies par les partis politiques ne sont pas sujettes aux lois sur la protection de la vie privée.

Pour Susan Delacourt, un examen de conscience s'impose. « Je peux découvrir ce que Revenu Canada sait sur moi, ce que les renseignements grandes chaînes possèdent sur moi, dit-elle. Mais je ne peux pas savoir ce que détiennent les conservateurs, les libéraux et les néo-démocrates sur moi. »

Des partis discrets sur le sujet

Des trois grands partis, les libéraux sont les seuls à avoir accepté de parler publiquement sur le sujet. Et la porte-parole insiste sur la protection des données.

L'utilisation de données personnelles des électeurs et le ciblage comporte un autre risque, selon Thierry Giasson du Groupe de recherche en communication politique de l'Université Laval. « La conséquence première, c'est cette dilution des intérêts communs, du bien commun dans un discours qui est de plus en plus organisé autour d'intérêts qui répondent aux besoins, aux attentes de certaines catégories d'électeurs et pas d'autres, et ça, c'est problématique », ajoute le professeur. 

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