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Les pesticides « tueurs d'abeilles » menacent l'ensemble de la biodiversité

Les néonicotinoïdes, ces pesticides déjà connus comme des « tueurs d'abeilles », présentent également une « sérieuse menace mondiale » pour l'ensemble des écosystèmes de la planète, a dévoilé mardi un groupe de scientifiques internationaux rassemblés à Ottawa.

Les chercheurs du Groupe de travail sur les pesticides systémiques ont rendu public mardi un nouveau rapport sur les effets de ces pesticides, largement utilisés en agriculture au Canada et ailleurs dans le monde.

Ils sont d'avis qu'il n'y a plus aucun doute possible : les néonicotinoïdes ne tuent pas que les abeilles. Ils représentent une menace pour nombre d'espèces terrestres et aquatiques à la base de notre biodiversité, dont des grenouilles, des oiseaux, des poissons, des insectes et des vers.

Ce groupe de travail intégré à l'Union internationale pour la conservation de la nature avait déjà publié en 2015 l'Évaluation mondiale intégrée de l'impact des pesticides systémiques sur la biodiversité et les écosystèmes, un examen exhaustif de plus de 1100 recherches révisées par des pairs sur les néonicotinoïdes.

La mise à jour dévoilée mardi vient confirmer les conclusions de cette évaluation, et y ajoute de nouveaux constats encore plus alarmants.

« Toute la biodiversité du sol va être exposée, tous les pollinisateurs sont exposés, mais également, et c'est l'une des plus importantes découvertes, tous les invertébrés aquatiques », a déclaré le vice-président du groupe de travail et chercheur au Centre national de la recherche scientifique en France, Jean-Marc Bonmatin.

Aucun écosystème n'est à l'abri des néonicotinoïdes, a souligné l'expert, puisque ces produits contaminent l'eau, l'air, le sol et y demeurent présents durant des mois.

L'extermination des abeilles entraînée par ces pesticides n'était donc que la pointe de l'iceberg, selon les chercheurs.

« Tous les autres pollinisateurs qui ne font pas du miel - les bourdons, les abeilles sauvages, les coccinelles - tous ces insectes qui ont la fonction de polliniser sont également exposés et donc ressentent les mêmes effets », a expliqué M. Bonmatin.

Outre les insectes, les scientifiques ont découvert que des effets en cascade menacent maintenant les oiseaux. Puisque les populations d'insectes sont décimées, les oiseaux qui les traquaient pour se nourrir commencent à disparaître à leur tour.

Les neonics : assurance agricole ou fausses promesses?

En plus des dangers pour la biodiversité, les données cumulées par les chercheurs démontrent que l'utilisation de ces pesticides ne garantit pas de meilleurs rendements aux producteurs agricoles.

« Une des conclusions, c’est que les objectifs de l’utilisation des néonicotinoïdes - se débarrasser des ravageurs sans toucher les insectes bénéfiques comme les pollinisateurs - ces objectifs ne sont pas du tout atteints, et c’est même le contraire », a déclaré M. Bonmatin.

« Les ravageurs se mettent à résister, donc, il va y en avoir de plus en plus, et les insectes utiles, eux, sont les victimes collatérales de ses insecticides », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, l'expert a souligné qu'en Europe, aucune baisse substantielle des récoltes n'a été observée depuis que les néonicotinoïdes ont été bannis, il y a quatre ans. Or, tous ne sont pas de cet avis.

Le président du Conseil des entrepreneurs agricoles du Québec, Jacques Cartier, utilise lui-même des néonicotinoïdes sur ses terres agricoles.

Il soutient que ces pesticides lui donnent une forme d'assurance pour ses récoltes de maïs et de haricots, particulièrement vulnérables aux insectes.

Le producteur s'appuie sur le fait que l'expertise attestant l'efficacité des néonicotinoïdes « n’a jamais été contredite par des scientifiques du monde agricole », a-t-il expliqué en entrevue à Radio-Canada.

Pas de décision au Canada avant 2018

La chercheuse à la Fondation David Suzuki, Lisa Gue, qui a aussi participé à la publication de la mise à jour du rapport, estime que le Canada doit emboîter le pas aux Européens et interdire ces pesticides.

« J'ai espoir que les décideurs politiques et que les autorités gouvernementales du Canada vont voir ce rapport comme un signal d'alarme pour agir », a-t-elle commenté.

Depuis 2013, l'Union européenne interdit l'utilisation des trois « neonics » les plus répandus et prévoit élargir l'interdiction à d'autres cultures.

La France se prépare quant à elle à bannir complètement la substance dès l'an prochain.

Au Canada, l'Ontario a commencé à imposer des limites d'utilisation de néonicotinoïdes, un an après avoir perdu 58 % des abeilles de son industrie apicole, à l'hiver 2013-2014, mais uniquement pour le maïs et les fèves de soja.

Le Québec a proposé une réglementation similaire plus tôt cette année. Vancouver et Montréal ont déjà banni ces produits sur leur territoire respectif.

L'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada étudie le dossier des néonicotinoïdes depuis 2012.

Elle en est venue à la conclusion préliminaire, l'automne dernier, que l'une de ces substances devrait être complètement bannie du pays. Il s'agit de l'imidaclopride, qui s'accumule dans les eaux de surface et les eaux souterraines jusqu'à des niveaux toxiques, tuant des insectes aquatiques qui nourrissent les poissons et les oiseaux. La décision finale de Santé Canada à ce sujet n'est toutefois pas attendue avant décembre 2018.

C'est également à cette date que l'agence fédérale devrait publier ses premières constatations sur les deux autres « neonics » les plus fréquemment utilisés, avec une décision définitive prévue en juin 2019.

Mais selon Lisa Gue, même si Santé Canada décidait de bannir l'imidaclopride dès l'an prochain, la mesure ne pourrait pas prendre effet avant 2021.

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