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Les Philippines, de vassal américain à satellite chinois?

Le nouveau président philippin Rodrigo Duterte, au pouvoir à Manille depuis le mois de juin, s'est fait connaître par sa langue bien pendue, allant jusqu'à donner du « fils de p... » à des personnalités aussi respectables que le président Barack Obama et le pape François.

Une analyse de François Brousseau

La manière forte du « Donald Trump philippin » à l'encontre des trafiquants de drogue - « Tirez-leur dessus, tuez-les, jetez leurs cadavres à la mer! » - aurait entraîné quelque chose comme 3000 morts violentes en trois mois.

Elle s'est attiré les dénonciations inquiètes d'organisations comme Human Rights Watch et Amnistie internationale.

Rodrigo Duterte pousse désormais l'audace, sur la scène diplomatique, jusqu'à remettre en cause l'historique alliance qui lie son pays aux États-Unis.

Mardi 25 octobre, il a ainsi déclaré que Washington peut « oublier » l'accord militaire entre Manille et Washington.

Selon lui, les Américains « ne devraient pas traiter les Philippines comme un chien tenu en laisse ».

Et la semaine dernière, en visite en Chine, il avait déclaré : « Je vous annonce ma séparation avec les États-Unis. »

De la part de Manille, tout cela ressemble de plus en plus à un renversement d'alliance en Asie.

Tapis rouge à Pékin

La Chine, pour sa part, a mis le paquet durant cette visite de quatre jours, du 20 au 23 octobre : accueil en grande pompe par le président Xi Jinping en personne, annonce d'investissements chinois majeurs aux Philippines, rencontres avec tous les hauts dirigeants réunis : privilège rarissime pour un visiteur étranger à Pékin.

Ajoutons-y la diplomatie économique, la diplomatie du chéquier, déployée magistralement par Pékin durant cette visite. On a annoncé des investissements chinois de 14 milliards de dollars, un prêt de 9 milliards de dollars au gouvernement, plus la levée de l'embargo de Pékin sur la vente de fruits tropicaux.

Pourtant, les deux pays avaient de nombreux contentieux.

Le président précédent, Benigno Aquino, était très proche des États-Unis, avec lesquels il avait signé en 2014 une mise à jour du traité d'entraide et de défense entre les deux pays.

Aquino, fils de la légendaire Corazon Aquino (celle qui avait mis fin en 1986 à la dictature de Ferdinand Marcos), était, par exemple, très militant sur la question des eaux internationales en mer de Chine méridionale...

Renversement d'alliances?

Or, sur cette question, on assiste à un véritable renversement de positions.

Jusqu'à l'arrivée de Duterte, les Philippins, par exemple, refusaient tout net - comme les Vietnamiens et les Malaisiens - de reconnaître la souveraineté de Pékin sur cet immense territoire maritime, que les Chinois revendiquent pour eux seuls.

Ils insistaient plutôt sur le caractère multilatéral du litige et soutenaient diverses démarches en ce sens, comme le recours au Tribunal d'arbitrage de La Haye qui avait repoussé, l'été dernier, les prétentions territoriales de la Chine.

Aujourd'hui, Duterte dit que ça va se régler de façon bilatérale avec Pékin, ce qui bien entendu remplit d'aise ses interlocuteurs.

Il accepte que les autorités chinoises le prennent par la main et lui accordent certains droits de pêche dans la région...

Ce n'est pas une reddition totale, mais presque!

Manille rompt le front commun dans la région, le front de résistance à l'expansionnisme maritime de la Chine.

Duterte, de la parole aux actes?

Rodrigo Duterte est un populiste flamboyant qui n'a jamais porté les Américains dans son cœur. Il vient du sud du pays, où le sentiment antiaméricain est plus fort que dans le nord, où se trouve la capitale.

Un récent sondage de la maison américaine Pew montrait pourtant que 92 % des Philippins soutiennent et aiment les États-Unis, et se disent contents de cette alliance.

Mais Duterte, pour des raisons de politique intérieure, avec sa main de fer contre les trafiquants, a une cote de popularité élevée après quatre mois au pouvoir. Rappelons toutefois que, dans le système électoral à un tour des Philippines, Duterte n'avait été élu en mai dernier que par 39 % des électeurs.

Reste à voir s'il ira jusqu'au bout dans sa rupture avec Washington... Par exemple en résiliant vraiment ce traité de défense qui remonte à 1951 entre les Philippines et les États-Unis, traité renforcé par Benigno Aquino en 2014.

En tout cas, Washington a précisé n'avoir reçu, à ce jour, « aucune notification de changement dans la coopération et l'assistance aux Philippines ».

Mais ce n'est peut-être qu'une question de temps...

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