Au lendemain de la mort d'une femme qui aurait été attaquée par un pitbull, le ministère de la Sécurité publique du Québec a annoncé, jeudi, la création d'une table de travail sur la réglementation encadrant les chiens considérés comme dangereux.

En plus de ce ministère, l'Union des municipalités du Québec (UMQ), la Fédération québécoise des municipalités (FQM) ainsi que le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation participeront aux discussions.

La possibilité de mettre en place une loi provinciale fera partie des scénarios étudiés. Présentement, la question est du ressort des municipalités.

C'est d'ailleurs ce qu'avait plaidé, quelques heures avant de faire volte-face, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, qui avait renvoyé la balle dans leur camp, même s'il avait admis qu'une « réflexion » s'imposait.

Le mois dernier, son collègue à l'Agriculture, aux Pêcheries et à l'Alimentation, Pierre Paradis, avait lui aussi attribué cette responsabilité aux villes, en vertu des pouvoirs que leur confère la Loi sur la sécurité et le bien-être des animaux, pilotée par son ministère et adoptée en décembre dernier.

Trouvant la réponse du gouvernement trop timide, la Coalition avenir Québec (CAQ) a critiqué son « manque de leadership ».

« Ce matin, c'étaient les villes, cet après-midi, on va revoir la réglementation », a critiqué la porte-parole de la CAQ en matière d'agriculture, de pêcheries et d'alimentation, Sylvie D'Amours. « Moi, je pense qu'on est rendu au temps de légiférer », a-t-elle lancé au cours d'un point de presse.

« Ça a pris un décès pour qu'on commence à se réveiller », a déploré la députée, qui a réclamé une loi encadrant les chiens dangereux l'automne dernier.

La situation est gérée différemment en Ontario, qui a adopté une loi pour bannir les pitbulls dans l'ensemble de la province en 2005.

Le gouvernement Couillard n'a pas précisé la date de la création de la table de travail, ni l'identité de son président.

Montréal défend l'autonomie des villes

Le maire de Montréal, Denis Coderre, ne croit pas que la solution passe par Québec. « On est capables de prendre nos responsabilités parce que [ce sont] des choses qui se passent sur notre territoire  », a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada. Selon lui, la province pourrait difficilement s'assurer par elle-même sur le terrain qu'une loi sur les chiens dangereux soit respectée.

Pour l'instant, la réglementation sur les chiens tombe dans la cour des arrondissements.

« En 2018, il va y avoir une seule approche dans tous les arrondissements  », a cependant rappelé le maire de Montréal, plaidant pour une plus grande cohérence. La Ville a annoncé il y a peu qu'elle centraliserait la gestion des chiens dangereux afin d'assurer un niveau plus élevé de contrôle.

Si certains arrondissements, comme ceux de Saint-Léonard, d'Outremont et d'Anjou, ont carrément interdit certaines races de chiens comme les pitbulls, Denis Coderre ne croit pas que ce soit nécessairement la solution. Il y voit cependant un « débat important ».

Il faudra notamment se demander si les mesures coercitives et punitives actuelles sont adéquates, ajoute-t-il, évoquant la responsabilité des propriétaires. « Bien souvent, dit-il, il y a des situations où [ce sont] les propriétaires qui ont des comportements qui rendent la bête agressive.  » Des fois, « la faute vient plus du propriétaire que de l'animal  », soutient M. Coderre.

Plusieurs municipalités, comme Saguenay, Oka, Rimouski et Sept-Îles, interdisent déjà la possession de pitbulls. D'autres races de chiens, comme les bull-terriers, les staffordshires et les rottweilers, sont eux aussi souvent ciblés par une telle interdiction.

D'autres villes optent plutôt pour la laisse et la muselière obligatoires.

Mercredi, la Ville de Sainte-Julie a pour sa part modifié sa réglementation, qui obligera dès l'automne les propriétaires de chiens de plus de 20 kg à utiliser une laisse munie d'un licou, c'est-à-dire un harnais de tête, dans les lieux publics. Élaborée en collaboration avec l'Ordre des médecins vétérinaires, cette nouvelle politique entrera en vigueur le 15 septembre prochain.

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