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Les premiers autobus transportant des migrants traversent la frontière entre la Hongrie et l'Autriche

Les autorités hongroises ont mis des centaines d'autobus à la disposition de milliers de migrants pour les conduire à la frontière autrichienne. Au coeur de la nuit, les premiers autobus remplis de migrants soulagés ont commencé à arriver en Autriche, qui a accepté de les recueillir. L'Allemagne aussi s'est dite prête à les recevoir.

La Croix-Rouge autrichienne dit s'attendre à l'arrivée de 800 à 1500 réfugiés dans la nuit de vendredi à samedi.

Une famille de migrants syriens à bord d'un autobus affrété par les autorités hongroises. Crédit : Reuters/Leonhard Foeger

Après avoir refusé depuis des jours de fournir des trains aux migrants pour les conduire en Autriche, Budapest a été prise de court lorsque, vendredi matin, des centaines d'entre eux ont décidé de quitter la gare où ils étaient pour s'engager, à pied, sur le tronçon d'autoroute de 175 kilomètres qui relie la capitale hongroise à Vienne.

Le chef de cabinet du premier ministre hongrois a expliqué n'avoir d'autre choix que de leur fournir des autobus en raison du risque qu'ils posent à la sécurité routière. La mesure concerne les migrants réunis à la gare Keleti, à Budapest, les marcheurs sur l'autoroute ainsi que les quelque 300 migrants qui suivent la voie ferrée à l'ouest de la ville de Bicske.

Ces mesures ne concernent cependant pas les migrants qui se trouvent dans des centres de rétention en Hongrie, a ajouté un porte-parole du gouvernement.

« Nous sommes heureux que quelque chose se débloque enfin. Le prochain arrêt c'est l'Autriche. Les enfants sont très fatigués, la Hongrie c'est terrible, nous devons en partir d'une manière ou d'une autre », s'est réjoui Osama, un réfugié syrien de 23 ans.

Déterminés à gagner leur liberté

Déterminés à gagner l'Autriche, des centaines de migrants ont marché toute la journée sur l'autoroute qui mène à Vienne. Ils n'ont avec eux que leurs effets personnels et quelques vivres.

« Plus rien ne nous retient, on marchera le temps qu'il faudra, deux, trois quatre jours », a confié à l'AFP Nazir, un jeune Syrien rayonnant de confiance et de soulagement après des jours de vaine attente à la gare.

Les policiers hongrois, pris de court, escortent le cortège et ne donnent pas l'impression de vouloir intervenir. Parmi les marcheurs, des femmes et des enfants comme cette femme, captée par la caméra de notre envoyé spécial Jean-François Bélanger : l'arc voûté et s'appuyant sur un bâton, elle tente tant bien que mal de suivre la cadence.

Des migrants sur la route entre Budapest et Vienne. Crédit : PC/Frank Augstein

Après quatre heures de marche, les marcheurs avaient déjà parcouru 15 km sous un soleil de plomb. Et plus de sept heures après le début du périple, ils semblent toujours déterminés à gagner la frontière autrichienne avec à leur tête, symboliquement, un drapeau européen.

Notre envoyé spécial avait plus tôt rapporté des scènes déchirantes à la gare d'où ils sont partis. Nombreux n'ont pas suivi le mouvement et y sont toujours, dont des familles avec des enfants en bas âge, attendant des trains qui ne sont pas venus. Un millier de personnes campent encore à la gare de Keteli.

Après avoir quitté la Syrie et traversé la Turquie, la Grèce, la Macédoine et la Serbie - un voyage de plus de 2500 kilomètres - ces migrants ne font plus confiance aux autorités hongroises.

Des migrants ont entamé une longue marche vers l'Autriche. Crédit : Reuters/Laszlo Balogh

La Hongrie a suspendu mardi les liaisons ferroviaires internationales et les migrants estiment s'être fait berner par les autorités qui ont tenté jeudi de les transporter en train vers des camps de réfugiés en leur faisant croire qu'ils allaient en Autriche.

Les migrants ne savent toutefois pas ce qui les attend une fois qu'ils seront arrivés à Hegyeshalom, le dernier village hongrois situé le long de l'autoroute E60.

Les migrants de Bicske acceptent de se rendre dans un camp de réfugiés

Ailleurs, les migrants qui défiaient depuis jeudi les policiers à la gare de Bicske, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Budapest, ont finalement accepté de se rendre dans un camp de réfugiés.

Les quelque 300 migrants se trouvaient à bord d'un train immobilisé, dont plusieurs détenaient des billets à destination de Berlin ou Vienne. Ils avaient reçu l'ordre de se rendre dans un camp d'accueil près de la ville, mais beaucoup ont refusé et certains ont résisté, s'allongeant sur la voie ou prenant la fuite.

Les réfugiés tentent d'éviter de se retrouver dans ces camps, car ils ne veulent pas présenter de demande d'asile en Hongrie, un pays dont l'économie périclite et qui est plus susceptible que l'Allemagne de rejeter leur requête.

« Pas de camp! Liberté! », scandaient des migrants encore vendredi matin sous l'oeil de dizaines de policiers, qui leur ont apporté de l'eau et de la nourriture.

En fin d'après-midi, les occupants du train ont finalement accepté de quitter le convoi volontairement et de rejoindre le camp d'accueil.

Plus au sud, à la frontière serbe, environ 300 immigrants se sont enfuis vendredi d'un camp de premier accueil à Röszke. Ils ont pris la direction de l'autoroute qui relie le sud de la Hongrie à Budapest. La Hongrie a ensuite fermé en partie et de manière temporaire ce poste-frontière. Selon les policiers, la plupart des migrant ont depuis été
rattrapés.

Le camp de réfugiés de Röszke compte quelque 1500 migrants qui ont majoritairement été arrêtés après leur passage de la frontière entre la Serbie et la Hongrie, représentant l'un des principaux axes de transit en Europe centrale.

La Hongrie durcit ses lois sur l'immigration

Le parlement hongrois a adopté vendredi une nouvelle législation pour contrôler davantage l'arrivée de migrants dans le pays, en renforçant les pouvoirs de la police et en imposant des sanctions strictes comme des peines de prison pour franchissement illégal de la frontière.

La Hongrie a construit une clôture le long de ses 175 km de frontière avec la Serbie pour tenter d'endiguer l'afflux de migrants qui sont entrés dans le pays par dizaines de milliers ces derniers mois. Franchir ou endommager la clôture de barbelés sera désormais considéré comme un délit et le passage illégal de la frontière passible d'une peine maximale de trois ans de prison.

La nouvelle législation autorise le dépôt de demandes d'asile aux postes-frontières et leur traitement accéléré.

Le premier ministre hongrois Victor Orban, dont les positions anti-immigration sont bien connues, a répété vendredi sa détermination à endiguer le flot de réfugiés. 

« Aujourd'hui, nous parlons de dizaines de milliers de personnes, mais l'an prochain nous parlerons de millions et c'est sans fin. Nous devons indiquer clairement que nous ne pouvons accepter tout le monde, parce que si nous acceptons tout le monde, alors l'Europe est finie. Si vous êtes riche et attrayant pour les autres, il faut aussi être fort parce que si vous ne l'êtes pas, ils prendront ce que vous avez obtenu en travaillant et vous aussi, vous serez pauvre », a-t-il déclaré à la radio publique.

La Hongrie appartient à l'espace Schengen, dans lequel la liberté de circulation est garantie, mais les demandeurs d'asile doivent normalement rester dans le pays d'entrée en attendant l'examen de leur demande.

Affrontements en Grèce

Quelque 200 migrants qui tentaient de monter à bord d'un bateau ont affronté la police grecque vendredi sur l'île de Lesbos. Des images diffusées par la télévision ont montré des hommes lançant des pierres sur des policiers qui ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogènes, selon un journaliste de la chaîne de télévision ANT1. 

Le maire de Mytilène, la principale ville de l'île, a lancé un appel à l'aide à l'antenne de la télévision publique ERT. « Cela fait maintenant quatre mois que je dis que je tiens une bombe entre mes mains et que la mèche est en train de se consumer lentement », a dit Spyros Galinos.

« Il y a deux jours, j'ai envoyé une lettre demandant de déclarer l'île en état d'urgence. Aujourd'hui, je demande au premier ministre Alexis Tsipras une aide immédiate. La
situation est devenue ingérable ».

Avec les informations de Jean-François Bélanger

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