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Les primaires de la dernière chance pour Bernie Sanders

Il semble être venu le temps où il faut envisager la fin d'une belle aventure. Les partisans de Bernie Sanders ne baissent pas encore les bras, mais ils commencent à ouvrir les yeux. Et ce qu'ils voient n'est pas plaisant.

Yanik Dumont Baron

  Un texte de Yanik Dumont Baron

Sur papier, les cinq États qui votent aujourd'hui offrent à la campagne Sanders l'une des dernières occasions de rattraper celle de Hillary Clinton. Mais les résultats s'annoncent décevants. Voici quatre Américains qui ont de la difficulté à abandonner leur rêve.

CHRIS LEVASSEUR

On ne détectait pas vraiment de résignation chez Chris Levasseur la semaine dernière. Je l'ai rencontré au lendemain de la cuisante défaite de Bernie Sanders dans l'État de New York. La veille, il était là, à Brooklyn, avec d'autres partisans du sénateur du Vermont. Malgré une courte nuit et une journée de travail, il avait le cœur à frapper aux portes dans un quartier près de Hartfort, au Connecticut.

« C'est décevant qu'il n'y a pas plus de gens qui voient ce que je vois. » Chris a 33 ans; il s'est déplacé dans huit États pour aider la campagne. « Ça n'envoie pas le bon message de laisser seulement trois cinquième des Américains voter et puis de jeter l'éponge. Bernie n'a jamais abandonné cette bataille contre l'inégalité. »

DAN DURSO ET KATHLEEN MILLER

Dans un autre coin de la région de Hartford, Dan Durso s'affiche aussi tout sourire. C'est un syndicaliste à la retraite, qui consacre 20 sinon 30 heures par semaine à la campagne Sanders. « Il y a des gens qui ont des problèmes au travail parce qu'ils sont trop impliqués dans la campagne », raconte-t-il.

Cet après-midi, il accueillait une jeune femme de 26 ans qui en est à sa première expérience politique. Kathleen Miller est venue apprendre les rudiments du porte-à-porte dans un quartier ouvrier du Connecticut. Les deux bénévoles s'entendent pour dire que Bernie Sanders doit continuer la course.

« Même s'il n'a plus vraiment de chance de l'emporter, explique le syndicaliste à la barbiche grisonnante, il devrait continuer et tenter d'amasser le plus de délégués possible. Ça lui donnerait de la force à la convention, lui permettrait d'imposer des aspects de son agenda dans le programme [du Parti démocrate]. »

Les deux s'entendent sur ce qu'il faut faire si Hillary Clinton emporte l'investiture. « J'aurai le cœur lourd, avance Dan, je vais me pincer le nez » et voter pour elle en novembre. Kathleen parle d'un choix pratique, pragmatique. Pour éviter qu'un républicain n'occupe la Maison-Blanche.

Au quartier général de la campagne Sanders à Hartford, l'ambiance était sobre. On ne sentait pas vraiment d'énergie chez les quelques bénévoles présents. Un contraste avec les affiches colorées, faites à la main, qui tapissent les murs.

DEBRA COHEN

Dans un coin, Debra Cohen s'affaire à recruter des bénévoles pour aider le jour du vote. Dans la soixantaine, elle est incapable de s'imaginer appuyer quelqu'un d'autre que Bernie Sanders en novembre.

Difficile alors de se voir appuyer Hillary Clinton quelques mois plus tard. Après l'entrevue, des larmes coulent sur les joues de Debra. Doucement, elle dit bien comprendre son choix : refuser d'appuyer Hillary Clinton, c'est peut-être aider Donald Trump à devenir président.

Debra dit sentir le poids de cette décision. Mais elle se dit incapable de trahir ses idéaux, de voter contre sa conscience. Ses larmes montrent l'ampleur des espoirs que Bernie Sanders a suscités. Des espoirs que des milliers ne veulent pas encore voir anéantis.

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