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Les promesses de « Madame vélo » de Projet Montréal

Plus de 40 % des Montréalais utilisent régulièrement leur vélo pour se déplacer. Les candidats à l'élection municipale courtisent ardemment ces électeurs, mais que promettent-ils exactement? Après vous avoir dévoilé les promesses d'Équipe Coderre, voici celles de Projet Montréal. Entrevue avec Marianne Giguère, porte-parole du parti de Valérie Plante en matière de transport actif.

Propos recueillis par René Saint-Louis

Marianne Giguère, vous incarnez la cycliste urbaine qui se déplace en vélo, été comme hiver. Il y a 20 ans, vous avez choisi de vivre à Montréal sans avoir de voiture. Aujourd'hui, et c’est à la mère de famille que je m’adresse d’abord, laisseriez-vous vos enfants aller à l'école en vélo?

Dans le cas de ma fille, la question ne se pose pas, parce que l'école est trop proche. Dans le cas de mon fils, ça se pose, parce que quand il sera plus grand, il va vouloir y aller, j'en suis certaine. Mais il manque de sérieux bouts de pistes pour que ce soit sécuritaire, pour que je me sente à l’aise de le laisser partir tout en ayant la conscience tranquille.

Quels sont les grands engagements de Projet Montréal en matière d'infrastructure et de sécurité pour les cyclistes?

Le plan vélo compte quatre grands engagements de base qui vont structurer toutes nos actions. On parle de pistes protégées, de pistes unidirectionnelles, de recul des lignes d'arrêt aux intersections, pour que le réseau cyclable soit accessible à tous. Si on veut augmenter la part modale des gens qui se déplacent à vélo au quotidien pour aller à l'école, pour aller au travail, il faut que les gens s'y sentent confortables, à l'aise, en sécurité. Pour l'instant, on a le tiers du réseau qui est en site propre, qui est protégé, qui est séparé adéquatement de la circulation. Ce n'est pas suffisant. Donc ça, c'est le premier engagement.

On veut aussi désenclaver les quartiers. On a des secteurs de la ville qui n'ont pas d'infrastructure cyclable minimale. Je pense à Saint-Michel, à l'est de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, aux arrondissements du Sud-Ouest et de LaSalle, où on a des gens qui auraient tout intérêt à se déplacer à vélo.

On veut aussi améliorer l'interconnectivité du réseau. Et enfin, les accès au centre-ville. On a des centaines de milliers de personnes qui convergent tous les jours au centre-ville. La piste sur la rue Saint-Urbain, par exemple, ça ne peut pas être considéré comme un aménagement sécuritaire et confortable. On a mis de la peinture sur une artère très achalandée. Il faut avoir l'âme assez hardie et sportive pour se lancer là tous les jours, et ce n'est pas le cas de tous. Saint-Urbain, Saint-Denis, Saint-Laurent même est un axe qui gagnerait à avoir un aménagement cyclable, parce qu'on n’a pas de lien qui part du centre-ville vers le nord, et ça en prend un.

En matière de sécurité, quels sont les aménagements du futur?

Le terre-plein comme sur Rachel, ou une piste à la hauteur du trottoir, on considère que c'est plus efficace. Pour éviter la confusion avec les piétons, on peut se servir de plantes et d'arbres pour délimiter les deux espaces. Quand on a ça, pour l'entretien l'hiver et l'accumulation d'eau, c'est beaucoup plus facile à entretenir. L'avenir, il serait là et il serait aussi en unidirectionnel, donc de chaque côté de la rue, pour limiter les risques de collision. Comme maintenant sur Rachel, c'est difficile pour tout le monde. C'est dangereux pour les cyclistes et c'est stressant pour les automobilistes, parce qu'il faut qu'ils regardent de chaque côté et il y a des cyclistes qui arrivent de chaque côté.

Les cyclistes sont-ils des électeurs acquis à Projet Montréal?

Non. On ne prend rien ni personne pour acquis. C'est certain que les cyclistes s'intéressent beaucoup à la politique municipale, parce que ça touche leur quotidien. Étant bien informés, ils constatent que dans les arrondissements qui sont administrés par les élus de Projet Montréal, les choses ont été faites et mieux faites. Alors que du côté de l'administration Coderre, et je pense que c'est beaucoup là-dessus qu'on va se différencier, ils ont une grande habileté dans le discours pour annoncer des choses… Mais quand vient le temps de les réaliser, on cherche… Et quand on trouve, on trouve du décevant. On retrouve un paquet d'artères qui sont refaites à peu près à l'identique, où l’on n’aménage pas de pistes cyclables convenables.

On peut partir de l'annonce de la sécurisation des viaducs, à laquelle on n’a absolument pas donné suite. On a dit qu’on va permettre aux cyclistes d'emprunter les trottoirs pour passer sous les viaducs. Ce sera temporaire. Depuis? Rien. Non seulement c'est devenu permanent, mais c'est utilisé ailleurs. On l'a vu avec Côte-de-Liesse, Atwater. Il y a un courage qui manque. Il y a une volonté réelle qui manque. Ils ne sont pas à côté de la plaque. Ils annoncent des choses intéressantes. Mais à cause des réalisations qui ne sont pas venues ou qui sont venues tout croche, on doute qu'ils vont réellement le faire. C'est le contraire avec les administrations de Projet Montréal, on a vu que ce qui est annoncé est fait, parce que le courage et la compréhension de l'importance de l'enjeu sont là.

À quoi ressemblerait le réseau cyclable après un premier mandat de Projet Montréal?

On veut avoir un réseau express vraiment efficace. On veut que l'intérêt des personnes qui veulent se déplacer en vélo efficacement, rapidement et en sécurité soit pris en compte le plus vite possible. Donc, les grands axes nord-sud et est-ouest qui nous manquent, on va s'y attaquer sérieusement. À Montréal, le quart de la population est à moins de cinq kilomètres du lieu où elle se rend pour le travail ou l'école. Il y a comme une population latente qui serait certainement très contente de pouvoir se déplacer en vélo et qui ne le fait pas pour plein de raisons. Ce sont ces gens-là qu'on veut aller chercher et à qui on veut offrir des aménagements confortables, sécuritaires et interconnectés.

Avez-vous un objectif chiffré de transfert intermodal?

Qu'un 15 % soit atteint au bout de deux mandats, donc on se donnerait huit ans. Ce serait assez réaliste je pense. (Note : en ce moment, 4 % des Montréalais utilisent le vélo tous les jours pour aller travailler ou se rendre à l'école; cette proportion est de 10 à 12 % sur le Plateau-Mont-Royal, là où Marianne Giguère se présente comme conseillère de ville).

À quoi ressemblerait le réseau hivernal?

On y croit beaucoup, au fait que c'est possible d'avoir un réseau confortable et sécuritaire à l'année. Les journées qui sont vraiment trop froides, trop glacées ou trop neigeuses sont quand même rares. L'administration Coderre a mis de l'effort là-dessus, mais encore une fois, entre le discours et la réalité, on fesse un mur, là. Il y a une carte du réseau blanc sur le site de la Ville de Montréal, avec un paquet de tronçons annoncés qui sont inexistants. Il faut travailler là-dessus. Pour que les gens choisissent le vélo à l'année, le réseau doit être prévisible. Et ça, on va aussi y mettre pas mal d'énergie.

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