Retour

Les provinces adoptent une stratégie nationale de l'énergie

Les premiers ministres des provinces et des territoires se sont finalement mis d'accord pour se doter d'une stratégie énergétique nationale lors d'un sommet de deux jours du Conseil de la fédération qui se tenait à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le document de 36 pages est un énoncé des grands principes sur l'exploitation des sources d'énergie du Canada, qui figure parmi les cinq plus importants producteurs d'énergie au monde. Il a pour objectif de concilier la croissance économique avec la protection de l'environnement.

Le document n'est toutefois pas contraignant et n'a pas de portée légale.Il ne contient par ailleurs aucun engagement chiffré de réduction des gaz à effet de serre.

L'entente n'énonce pas non plus de stratégie précise sur le développement de projets d'oléoducs comme Northern Gateway ou Énergie Est.

Pour le politologue du Campus St-Jean de l'Université de l'Alberta, Frédéric Boily, l'accord a permis à l'Alberta de rassurer les autres provinces « quant à sa volonté de se soucier de l'environnement », tout en continuant à dire « qu'elle veut continuer à développer l'industrie pétrolière. »

Les premiers ministres fiers d'être parvenus à s'entendre

« C'est un progrès considérable qui a été accompli », a clamé le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. « On est arrivé au début des travaux avec un document quasi muet sur la question de l'environnement et des changements climatiques », rappelle-t-il.

« C'est un document monumental », a renchéri le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant. 

Les discussions s'annonçaient pourtant orageuses. Avant même que ne débute la rencontre du Conseil de la fédération, le premier ministre de la Saskatchewan avait jeté un pavé dans la mare en déclarant que certaines provinces du centre du pays avaient tort de poser des obstacles à la création ou à la conversion de pipelines. 

Brad Wall avait été particulièrement critique envers le Québec et l'Ontario. Il avançait alors que les considérations environnementales, quoiqu'importantes, ne devaient pas tenir lieu de veto pour ces provinces récalcitrantes aux pipelines.

« Nous sommes tous des alliés »

De toute évidence, Brad Wall s'est maintenant rallié à ses collègues : « Nous sommes tous des alliés », a-t-il rétorqué à un journaliste qui le questionnait sur sa sortie de cette semaine. Le premier ministre Wall affirme que la version récente de l'entente admet la valeur des ressources renouvelables et non renouvelables.

Néanmoins, le premier ministre saskatchewanais conserve une « frustration » : celle de constater que les Canadiens n'apprécient pas à sa juste valeur le potentiel énergétique de leur pays, comme s'ils étaient même réticents à prononcer les mots « pétrole » et « gaz », dénonce M. Wall.

« C'est une bonne industrie à avoir. Et nous devons être conscients des implications environnementales de cette industrie surtout quand on voit ce qui se passe dans le nord de l'Alberta aujourd'hui », a-t-il déclaré en conférence de presse en faisant allusion au déversement de cinq millions de litres de produits pétroliers survenu plus tôt cette semaine près de Fort McMurray, dans le nord albertain.

« Le pétrole doit bouger » - Philippe Couillard

Avec 173 milliards de barils, le Canada détient la troisième plus importante réserve de pétrole brut au monde, après le Venezuela et l'Arabie saoudite. De l'avis de Brad Wall, il est absurde que le Canada importe du pétrole lorsqu'on pense qu'il est assis sur une telle richesse.

Mais encore faut-il l'exploiter et le déplacer à travers le pays. Selon le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, « fondamentalement, le pétrole doit bouger ».

« S'il ne bouge pas par pipeline, ajoute-t-il, il le fera par voie ferrée. Est-ce vraiment mieux? Ou plus sécuritaire? Je peux vous dire qu'au Québec, nous avons une perspective différente là-dessus ».

La nouvelle première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, a renchéri en affirmant que le transport par pipeline demeurait le plus sécuritaire. Toutefois, « nous devons apprendre de ce déversement et tenter de comprendre ce qui n'a pas fonctionné », a-t-elle ajouté en parlant, elle aussi, du déversement survenu cette semaine dans sa province.

D'autres sujets ont été au programme des discussions du Conseil de la fédération. Les participants se sont par exemple entendus pour faciliter la mobilité de la main-d'oeuvre d'une province à l'autre. Et ils ont préparé une série de dossiers qu'ils devront aborder avec le gouvernement de Stephen Harper, à trois mois des élections prévues sur la scène fédérale.

D'ailleurs, la première ministre de l'Ontario a admis que le refus d'Ottawa de collaborer avec sa province à la création d'un régime de retraite provincial va rendre la tâche plus difficile. Malgré tout, Kathleen Wynne compte aller de l'avant.

L'an prochain, c'est la ville de Whitehorse, au Yukon, qui accueillera la rencontre estivale des premiers ministres des provinces et territoires.

Plus d'articles

Commentaires