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Les Québécois boudent-ils les salles de cinéma? La réponse en carte et graphiques

La fréquentation des salles de cinéma est en baisse au Québec depuis une dizaine d'années. Les exploitants ont confiance que la situation s'améliorera en 2017, notamment grâce à une bonne cuvée de films québécois.

Un texte de Danielle BeaudoinLes gens vont de moins en moins au cinéma, si on en croit les données les plus récentes de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). En 2016, les exploitants ont vendu 18,6 millions d’entrées, une baisse de 38 % par rapport à 2005. Il y a donc une tendance à la baisse depuis une dizaine d’années.En 2016, l’assistance a baissé de 7 % dans l’ensemble du Québec. « Ça peut jouer de 4 % dans Chaudière-Appalaches à 14 % sur la Côte-Nord », mentionne Claude Fortier, responsable de l’étude de l’ISQ.Le taux d’occupation, soit le pourcentage de fauteuils occupés dans les salles de cinéma, n’a jamais été aussi bas depuis 1975. Il est de 9,6 %.

Si l’assistance est en recul au Québec, elle est stable au Canada et aux États-Unis, et elle est à la hausse en France.

« Quand on regarde les performances du marché domestique [Canada/États-Unis] au cours des 10 dernières années, on constate que le nombre d’admissions est à peu près stable, malgré les Netflix de ce monde, malgré les différentes plateformes sur lesquelles on peut voir du contenu. Ce que je considère pour ma part comme une excellente performance », affirme Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec et propriétaire du Cinéma Saint-Eustache.

Le Québec en retardÉric Bouchard explique que les exploitants du reste du Canada et des États-Unis ont vu les revenus de billetterie exploser parce qu’ils ont misé sur « une offre de services bonifiée », que ce soit les gros fauteuils, le verre de vin, de la nourriture plus diversifiée ou encore des écrans immenses. Les clients paient plus cher leur place au cinéma, pour un meilleur confort ou des gâteries.L’exploitant constate que le Québec a du retard pour ce qui est de l’offre de services. Il souligne qu’il y a depuis peu quelques initiatives, que ce soit le cinéma-boutique de Saint-Hyacinthe, avec ses gros fauteuils, ou le cinéma-apéro à Saguenay, où le client peut prendre un verre confortablement tout en écoutant le film.

Éric Bouchard rappelle que si le Québec a pris du retard, c’est également parce que les propriétaires de salles ont dû faire la transition vers le numérique. « Lorsqu’on a fait le passage des projecteurs 35 millimètres aux projecteurs numériques, les gens ont dû faire des efforts énormes d’investissements en capital. Et parfois, ils ont dû faire des choix déchirants. Changer des bancs ou changer le projecteur? La question ne se pose pas. »L’exploitant croit que la baisse de fréquentation s’explique aussi par une offre inégale de films québécois. « La filmographie locale, dit-il, n’a pas toujours aussi bien performé qu’elle l’a fait dans le passé. »Selon l’auteur de l’étude de l’Institut de la statistique du Québec, Claude Fortier, plusieurs facteurs expliquent la désaffection des cinéphiles. « Il y a eu de bonnes années et de moins bonnes années depuis 10 ans au niveau des blockbusters et de l’offre. Mais malgré tout, la tendance est à la baisse. Donc, ça va au-delà de l’offre cinématographique. C’est vraiment le comportement des gens qui a changé depuis une dizaine d’années. »Bonne cuvée 2017 pour le cinéma québécoisLes films américains ont accaparé 87 % des entrées en salle l’an dernier, un record depuis 1985, selon l’ISQ. Quant aux films québécois, ils ont récolté 6 % des parts de marché. Des résultats comparables à ceux des trois ou quatre dernières années, période pendant laquelle la part québécoise s'est maintenue autour de 6 % à 8 %.

Les exploitants s’attendent à de bonnes recettes pour 2017. « Les particularités de 2017, c’est que le cinéma québécois se porte bien », affirme l’exploitant Éric Bouchard. Il cite notamment Bon Cop, Bad Cop 2, qui remporte en ce moment un franc succès.

En majorité, les écrans des grandes chaînesAu cours des 15 dernières années, une cinquantaine de cinémas, tant des chaînes que des indépendants, ont fermé leurs portes. Il en reste aujourd’hui une centaine, surtout concentrés dans les grands centres.

Quatre chaînes sont présentes sur le territoire québécois : Cineplex (22 établissements), Guzzo (10), Ciné Entreprise (6) et RGFM (4). À cela s’ajoutent une cinquantaine de cinémas indépendants (trois établissements et moins).

Plus de la moitié (56 %) des écrans de la province appartiennent aux grandes chaînes, soit Cineplex et Guzzo. Quant aux cinémas indépendants, ils possèdent 34 % des écrans.

Avec la collaboration de Pascale Fontaine

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