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Les Québécois paient trop cher les médicaments génériques

EXCLUSIF - Selon des données issues d'enquêtes de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), réalisées l'an dernier et obtenues par Radio-Canada, les Québécois paient beaucoup trop cher leurs médicaments génériques.

Un texte de Davide Gentile

La RAMQ a sélectionné 23 médicaments génériques commercialisés sous une marque maison appartenant à une ou plusieurs bannières pharmaceutiques. On révèle d'importantes marges entre le prix payé au fabricant et le prix de revente en pharmacie pour 2014

C'est le cas du pantoprazole, utilisé pour combattre le reflux gastrique. La RAMQ a déterminé qu'un pot de comprimés payé 3,30 $ par la filiale d'une bannière pharmaceutique était revendu 50,39 $ en pharmacie. Un pot de rosuvastatine, pour combattre le mauvais cholestérol, était payé par une bannière 24 $ et revendu en pharmacie 170 $. Un pot d'amlodipine, médicament contre l'hypertension, serait acheté 9 $ et vendu en pharmacie 179 $. Et un lot de quétiapine, un antipsychotique, payé 8 $ serait revendu 66 $ en pharmacie.

Pour les 23 médicaments analysés, qui sont parmi les plus vendus, l'écart entre le prix d'achat et le prix de vente va de 63 à 97 %. Il ne s'agit pas ici de marges nettes, puisque les médicaments doivent entre autres être préparés par les pharmaciens. Mais pour Marc-André Gagnon, professeur à l'école d'administration de l'Université Carleton, cela indique que le public « se fait rouler dans la farine ».

La RAMQ aurait eu la puce à l'oreille en observant les prix obtenus par les groupes d'approvisionnement des hôpitaux. Ceux-ci réussissent à avoir des prix beaucoup plus bas que ce qui est fixé pour les pharmacies dites « communautaires ».

Prenons l'exemple de l'alendronate monosodique, un médicament pour l'ostéoporose. Les données de la RAMQ révèlent qu'une filiale de bannière pharmaceutique le payait 6,87 $, pour le revendre 251 $ en pharmacie communautaire. Pourtant, ce même pot est payé 4,41 $ par un groupe d'approvisionnement d'hôpitaux.

Pour les 23 produits analysés, les hôpitaux se procurent les médicaments à une fraction du prix auquel ils sont vendus en pharmacie. Les groupes d'achat des hôpitaux fonctionnent par appel d'offres. Marc-André Gagnon affirme que c'est une méthode qui doit être utilisée dans le reste du système. « Pour plusieurs médicaments, on pourrait baisser la facture de 90 %. Ça nous donnerait des prix comparables à ce que les gens aux États-Unis paient pour leurs médicaments génériques », affirme le professeur Gagnon. Seules la Suisse et l'Australie paieraient leurs médicaments génériques plus cher que le Canada en 2016.

Québec souhaite que la facture diminue

Les prix des génériques ont légèrement baissé depuis cette enquête de la RAMQ. Mais Gaétan Barrette veut des réductions supplémentaires.

« On a peut-être accès aux médicaments, mais pas au juste prix », affirme le ministre qui n'aurait pas eu les données d'enquête de la RAMQ. Selon lui la multiplication des intermédiaires joue un rôle. « À chaque étage, il y a quelqu'un qui se prend un "cut". Au bout de la ligne ce sont des "cuts" qui s'additionnent que nous autres on paie par nos impôts et nos taxes. », dit-il.

S'il n'y a pas de baisse du prix des médicaments génériques, le ministre Gaétan Barrette imposera bientôt des appels d'offres. « Oui je vais aller de l'avant avec des appels d'offres si nécessaire, dit-il. Aucun doute. »

Québec veut aussi adopter une loi qui renforcerait les pouvoirs d'enquête de la Régie de l'assurance maladie. Il forcerait le dévoilement de certaines informations actuellement confidentielles, comme certains honoraires des pharmaciens. La RAMQ débourse annuellement quelque 3,6 milliards de dollars par année pour le régime d'assurance médicaments.

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