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Les résultats définitifs du référendum catalan sont transmis au parlement

Le gouvernement catalan a transmis vendredi au parlement régional les résultats définitifs du controversé référendum sur l'autodétermination de la région qui a eu lieu dimanche, se rapprochant du coup d'une possible déclaration formelle d'indépendance.

Selon ce nouveau décompte, 2,044 millions de Catalans, ou 90,18 % de ceux qui se sont exprimés, ont dit « oui » à l'indépendance, contre environ 177 000 électeurs, ou 7,83 %, qui l'ont rejeté. Le taux de participation au scrutin a atteint 43,03 %.

Si les résultats ont été transmis, ils n'ont toutefois pas encore été proclamés par le parlement. Cette proclamation constituera un moment-clé dans la mesure où la loi référendaire catalane prévoit que les parlementaires peuvent déclarer formellement leur indépendance 48 heures plus tard.

Le gouvernement espagnol du premier ministre Mariano Rajoy ne reconnaît cependant nullement cette loi, qui a été suspendue par la Cour constitutionnelle de Madrid le mois dernier.

M. Rajoy a par ailleurs réuni son conseil des ministres vendredi pour discuter de mesures à adopter pour empêcher l’indépendance à tout prix. L'article 155 de la Constitution espagnole lui offre notamment l'option de suspendre l'autonomie régionale dont jouit la Catalogne.

Le président catalan repousse son intervention au parlement

Plus tôt en matinée, le gouvernement a fait savoir que le président catalan Carles Puigdemont a repoussé de lundi à mardi sa prochaine intervention devant le parlement régional.

Dans son communiqué, le gouvernement soutient que le leader indépendantiste va « rendre compte de la situation politique actuelle ».

Le report du discours a été annoncé quelques heures après que la Cour constitutionnelle de Madrid eut annoncé la suspension de la séance de lundi, de crainte qu'une proclamation unilatérale d’indépendance ne soit faite.

La présidente du Parlement, Carme Forcadell, a vivement dénoncé cette décision, qu'elle juge contraire à « la liberté d'expression » des députés.

Elle a assuré que la chambre, dominée par les indépendantistes de plusieurs partis, n'accepterait pas « la censure ».

Le responsable des Entreprises au sein du gouvernement catalan, Santi Vila, a pour sa part invité ses collègues à ne pas proclamer hâtivement l'indépendance, mais plutôt à adopter un « cessez-le-feu », voire à « signer une espèce de trêve » avec Madrid.

« Cessez-le-feu signifie que dans les prochaines heures et les prochains jours, nous ne prenions pas de décisions qui pourraient être irréparables, telles que la suspension de l'autonomie » de la région, a déclaré vendredi à la radio catalane Rac1 cette figure réputée modérée de l'exécutif catalan.

M. Vila, a aussi invité l'ensemble des indépendantistes à « réfléchir et savoir clairement si la précipitation ne risque pas d'abîmer le rêve et de gâcher un projet [d'indépendance] n'ayant jamais été si proche ».

Des entreprises quittent la Catalogne

Le groupe espagnol Gas Natural a annoncé vendredi qu'il déménage son siège social hors de Catalogne en raison de la crise politique en cours. Dans un communiqué, la compagnie dit avoir décidé de se domicilier à Madrid en raison de « l'insécurité juridique » engendrée par « les événements sociaux et politiques qui ont eu lieu ces dernières semaines en Catalogne ».

Ce nouveau domicile sera maintenu « tant que cette situation perdure », précise Gas Natural, qui compte 23 millions de clients dans plus de 30 pays, en particulier en Amérique latine. L'objectif est de « maintenir le fonctionnement normal de l'entreprise afin de protéger ses intérêts, ceux de ses clients, employés, créanciers et actionnaires ».

Le conseil d'administration de CaixaBank, troisième banque espagnole en importance, a pour sa part confirmé vendredi que son siège social sera déplacé de Barcelone à Valence. Elle dit avoir pris cette décision en raison « de la situation sociale et politique actuelle en Catalogne ».

Banco de Sabadell, cinquième banque espagnole, avait lancé le bal jeudi, en annonçant le transfert de son siège social, mais pas son personnel, à Alicante, dans le sud-est du pays, après que son titre en bourse eut chuté en raison de la crise politique.

Banco Sabadell et CaixaBank craignent d'être exclues de la zone euro si elles restent dans une Catalogne indépendante.

Le gouvernement espagnol a adopté vendredi un décret permettant aux entreprises de transférer plus facilement leur siège d'une région à l'autre.

À la recherche d'une médiation

Le ministère suisse des Affaires étrangères a fait savoir vendredi qu’il « est en contact » avec les gouvernements catalans et espagnols, en vue de trouver une résolution pacifique à la crise.

« Les conditions pour une facilitation ne sont en ce moment pas réunies », a-t-il cependant indiqué, avant de préciser qu’« une facilitation ne peut se faire que si les deux parties le demandent ».

« La situation en Catalogne est une question de politique intérieure espagnole. Par conséquent, le département fédéral des Affaires étrangères ne prend pas position sur une question de politique intérieure d'un État de droit comme l'Espagne », a encore dit le ministère.

« La politique extérieure suisse encourage toutefois toujours le respect de l'État de droit et la résolution pacifique par le dialogue des problèmes ou des conflits », ajoute-t-il.

Le président catalan Carles Puigdemont a demandé lundi une médiation internationale dans le conflit, mais Madrid rejette toute approche du genre tant que l'exécutif catalan menacera de faire sécession.

En Espagne, des médias spéculent aussi sur une possible implication de l’Église catholique dans le dossier, depuis que le premier ministre Rajoy a rencontré les archevêques de Madrid et de Barcelone, mardi, dans sa résidence officielle.

Des chefs de police catalans et des leaders indépendantistes devant la justice

Deux dirigeants de la police catalane et deux leaders d'organisations indépendantistes poursuivis pour sédition ont été entendus vendredi dans un tribunal de Madrid. Ils en sont sortis libres, le parquet n'ayant pas requis leur placement en détention. Aucune mesure de contrôle judiciaire ne leur a été imposée, a indiqué une porte-parole de l'Audience nationale.

Sorti du tribunal à pied, le chef de la police catalane, Josep Lluis Trapero, a été accueilli par un mélange d'applaudissements de la part d'indépendantistes catalans et basques et d'insultes lancées par d'autres passants venus pour l'occasion.

Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, qui président respectivement l’Assemblée nationale catalane et Omnium, deux organisations indépendantistes issues de la société civile, ont aussi été entendus au tribunal vendredi. Une adjointe de M. Trapero, Teresa Laplana, a comparu par vidéoconférence.

Les soupçons contre les quatre inculpés sont en lien avec des événements survenus les 20 et 21 septembre à Barcelone, principale ville de la Catalogne, dans le cadre d'une opération de la police militaire espagnole, la Garde civile, qui s'est soldée par l'arrestation de responsables indépendantistes et de nombreuses perquisitions.

La justice espagnole allègue que les Mossos d’Esquadra, que dirige M. Trapero, ne sont pas intervenus adéquatement pour protéger les membres de la Garde civile, après qu'ils eurent été encerclés par des milliers d’indépendantistes rassemblés devant le siège du département de l’Économie du gouvernement catalan, à Barcelone.

Les protestataires avaient répondu à l’appel de l’Assemblée nationale catalane et d’Omnium, deux organisations civiles qui jouent un rôle-clé dans la mobilisation des indépendantistes. Des véhicules utilisés par les gardes civils avaient alors été endommagés.

Les Mossos d’Esquadra sont aussi accusés de ne pas avoir empêché l’ouverture des bureaux de vote lors du référendum de dimanche, tel que la justice espagnole le leur avait ordonné quelques jours plus tôt.

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