Difficile de suivre Donald Trump, ces jours-ci. En une dizaine de jours, le président américain a changé son fusil d'épaule à plusieurs reprises. Des virages parfois marqués dans des domaines bien importants. Le président se vante d'être flexible. Est-ce une façon élégante de dire qu'il improvise?

Le changement le plus marqué a aussi été le plus visuel, 59 missiles lancés sur une base militaire en Syrie. Une salve qui ne se voulait pas défensive, mais plutôt un avertissement au régime de Bachar Al-Assad.

Ce sont les images d'enfants qui souffraient après avoir respiré un gaz mortel qui ont convaincu le président de changer d'idée. Lui qui avait promis de placer les intérêts domestiques des États-Unis à l'avant-scène. De ne pas replonger le pays dans les complexes conflits du Moyen-Orient.

Même s'il s'est ému devant le sort des Syriens, Donald Trump assure qu'il ne veut toujours pas faire une part plus grande aux réfugiés. « Nous avons tellement de problèmes, nous ne pouvons pas nous occuper de ce genre d'affaires. » Là, il y a constante.

Mais la salve de missiles a provoqué toutes sortes de spéculations sur le rôle des États-Unis en Syrie. La diplomatie américaine envoie des signaux contraires sur ses priorités à long terme : défaire le groupe armé État islamique? Ramener la paix en Syrie?

Donald Trump, lui, n'est clair que sur un point : non à l'envoi de nombreuses troupes au sol. « Nous n'avons pas besoin de ces sables mouvants », déclare-t-il. Une déclaration qui rappelle son prédécesseur, Barack Obama.

De manière moins spectaculaire, Donald Trump a effectué plusieurs renversements dans ses positions par rapport à la Chine. Le pays ne sera finalement pas fiché comme un « manipulateur de devise ». Les demandes américaines pour redresser le déséquilibre commercial semblent aussi avoir été abandonnées, ou diminuées.

Le président américain semble avoir conclu un marché avec son homologue chinois, Xi Jinping. « Résoudre le problème en Corée du Nord », lui aurait expliqué M. Trump récemment, « ça vaut des déficits. Ça vaut avoir une moins bonne entente commerciale que je serais normalement capable d'avoir. »

En fait, les relations entre Washington et Pékin semblent en voie de devenir l'inverse de ce que Donald Trump avait prévu lors de sa course à la Maison-Blanche. À l'écouter en campagne, on pouvait imaginer une guerre commerciale avec la Chine et un dégel des liens avec Moscou.

Et justement, les relations avec la Russie sont loin de s'être réchauffées comme l'espérait le président américain. Elles sont « peut-être dans un creux historique », admettait cette semaine Donald Trump. Tout un contraste avec la campagne, alors qu'il rêvait d'ajouter la Russie au rang des alliés dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient.

Devant le fossé, la méfiance entre Russe et Américains, Donald Trump a fermement choisi le camp de l'OTAN. Un rapprochement confirmé qui déplaira au président Vladimir Poutine, lui qui voit d'un bien mauvais oeil l'alliance transatlantique. Ce qui importe peu à Donald Trump : « J'ai dit que l'OTAN était obsolète. Elle n'est plus obsolète. »

Donald Trump a aussi changé son fusil d'épaule dans plusieurs dossiers de politique domestique, comme en santé, en finances. Tenter de le suivre donne parfois le tournis. « Je suis flexible et je suis fier de cette flexibilité », avait déclaré le président, quelques jours avant d'ordonner les frappes en Syrie.

Vrai, Donald Trump s'était présenté comme un pragmatique, celui qui préfère conclure des ententes plutôt que de suivre des dogmes précis. Et ses récentes décisions peuvent aussi être attribuées à l'influence grandissante de certains conseillers plus centristes, au détriment des nationalistes.

Mais les nombreux revirements du président inquiètent les diplomates étrangers. Ceux qui espèrent savoir si leur nation peut toujours compter sur les États-Unis. À trop souvent changer de position, Donald Trump risque de laisser planer le doute sur la solidité de ses positions. Et sur la valeur de ses paroles.

Plus d'articles

Commentaires