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Les rumeurs sur l’état de santé d’Hillary Clinton vont bon train

C'est un sujet dont on parle peu au Canada, mais qui fait régulièrement la manchette aux États-Unis : l'état de santé des politiciens. À la différence que cette fois-ci, l'attention portée à celle d'Hillary Clinton prend des proportions effarantes... et donne lieu aux rumeurs les plus étranges.

Un texte d'Hugo Lavallée

Depuis deux semaines, les sites d'information et les chaînes télé s'en donnent à cœur joie : à bientôt 69 ans, Hillary Clinton a-t-elle la santé qu'il faut pour devenir présidente des États-Unis? Experts, commentateurs, médecins multiplient les entrevues. Et, même s'il a un an de plus qu'elle, Donald Trump ne se gêne pas pour attaquer; la santé d'Hillary Clinton est devenue pour lui un argument politique.

La semaine dernière, en Ohio, il déclarait qu'elle n'avait pas l'endurance physique et morale pour lutter contre le groupe armé État islamique. Le mois dernier, il s'en prenait à son niveau d'énergie, apparemment trop bas. « Elle rentre à la maison, fait la sieste pendant quatre ou cinq heures, puis elle ressort. Pas de sieste pour Donald Trump, je n'en fais pas » s'est-il amusé devant une foule partisane en Virginie.

Hillary Clinton a beau avoir rendu public un long rapport signé par son médecin, rien n'y fait. « Allez en ligne et cherchez les mots "Hillary Clinton" et "maladie" et jugez par vous-même », intime l'ex-maire de New York, le républicain Rudolf Giuliani, mentionnant à ses électeurs des vidéos dans lesquelles sont présentées les théories les plus farfelues.

À en croire ces vidéos, Hillary Clinton souffrirait de multiples maladies : elle serait atteinte de la maladie de Parkinson, elle aurait de la difficulté à marcher et une inquiétante tache serait même apparue sur sa langue. On passe aussi en boucle une vidéo dans laquelle Hillary Clinton hoche répétitivement la tête : un simple fou rire, ont témoigné les journalistes sur place, alors que ses détracteurs y voient la preuve qu'elle est sujette à des convulsions.

Vidéo où la gestuelle d'Hillary Clinton fait dire à certains qu'elle est atteinte de la maladie de Parkinson (à partir de 1 min 40)

Une autre photo mettant en scène Hillary Clinton et un agent fédéral attire aussi l'attention, des internautes affirmant que l'agent a dans sa main un autoinjecteur et qu'il se tient prêt à intervenir à tout moment en cas de crise neurologique. Ridicule, ont rétorqué les services secrets, qui affirment que l'objet en question n'est rien d'autre qu'une vulgaire lampe de poche.

Toutes ces histoires ne surprennent pas le professeur de sciences politiques à l'Université George Washington Michael Cornfield. « Depuis George Washington et les pères fondateurs, il y a toujours eu des rumeurs selon lesquelles des forces obscures conspireraient pour manipuler l'élection », explique-t-il en entrevue à Radio-Canada. La différence tient cette fois-ci au fait que l'un des candidats, en l'occurrence Donald Trump, reprenne à son compte certaines de ces théories.

Le professeur Cornfield ne s'en étonne guère, rappelant que Donald Trump a longtemps émis des doutes sur les origines de Barack Obama, et qu'il est même allé jusqu'à suggérer qu'il s'agissait d'un terroriste infiltré.

Face à toutes ces théories, Hillary Clinton a choisi l'autodérision. À l'émission Jimmy Kimmel Live!, sur les ondes d'ABC, la candidate démocrate y est allée d'une boutade à l'animateur : « Allez-y, prenez mon pouls pendant que je vous parle. Assurez-vous que je suis bien vivante », s'est-elle moquée. Plus sérieusement, elle a ensuite tenté une explication : « Ça fait sans doute partie de leur stratégie; répéter sans cesse ces choses folles et peut-être que quelqu'un finira par les croire. »

Mais tel est pris qui croyait prendre. Toute l'attention portée à la santé d'Hillary Clinton a eu un effet boomerang sur la campagne de Donald Trump. Son rapport médical? Moins complet que celui d'Hillary, ont dit les journaux. Son médecin de famille? Il ne figure pas sur la liste des employés de l'hôpital auquel il se dit rattaché.

Mais peu importe qui sera choisi, rarement ou jamais un président américain ne sera entré en fonction à un âge si avancé. À 69 ans, Hillary Clinton égalerait le record établi par Ronald Reagan. À 70 ans, Donald Trump le battrait.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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