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Les sinistrés sans-papiers de Houston ont peur de demander de l’aide

La ville de Houston compte la plus grande proportion de sans-papiers aux États-Unis. Ils sont près d'un demi-million, presque 10 % de la population. Avec l'abolition de l'amnistie pour les Dreamers et un projet de loi du Texas qui visent les illégaux, beaucoup de sinistrés de l'ouragan Harvey hésitent à demander de l'aide par crainte d'être identifiés et ultimement déportés.

Un texte de Christian Noël, envoyé spécial à Houston

Dans l’appartement de Jose Martinez, le plancher est recouvert d’un film de boue séchée, laissé derrière par les inondations. « Ici, il y avait trois pieds d’eau. Toute la cour arrière était inondée. »

Même avec les risques de moisissures et d’infections causées par l’inondation, même si l’appartement semble invivable, pas question pour lui de se rendre dans un refuge temporaire.

Il a peur que les agents d’immigration l’identifient : Jose est un sans-papiers, il pourrait faire face à la déportation.

Cesar Espinosa a deux téléphones cellulaires, deux mains et deux oreilles, mais pas assez de temps pour répondre à tous les appels. Il s’est donné pour mission d’aider les sinistrés sans-papiers comme Jose.

Aujourd’hui, il visite le complexe de logement social Woodscape dans un quartier défavorisé de Houston. Un mini-village de maisons en rangée qui abrite 2000 personnes, presque tous des immigrants.

Au plus fort du désastre, quand l’eau rentrait par les fenêtres, 90 % des résidents du complexe ont choisi de ne pas évacuer leur appartement. Pour eux, le danger des inondations était moins grand que celui de dévoiler leur statut de sans-papiers pour obtenir de l’aide.

Cesar et sa collègue Ximena font donc du porte-à-porte, s’informent des différents besoins des sinistrés, et tiennent une liste à jour pour n’oublier personne.

« Harvey m’a tout pris », lance Gila, une Afro-Américaine. Ses vêtements mouillés sont empilés sur des boîtes détrempées. Dans l’humidité et la chaleur du Texas, tout prend du temps à sécher.

Cela fait cinq jours qu’elle dort sur son sofa imbibé d’eau insalubre. Cesar lui en promet un neuf. Il reviendra demain.

Au refuge pour sinistrés du centre-ville de Houston, une multitude d’agences sont là pour aider les sinistrés : la Croix-Rouge, la Santé publique et l’agence des mesures d’urgence.

Les files d’attente sont longues. Mais au kiosque de l’aide juridique pour immigrants, il n’y a que des chaises vides. L’avocat Ken Harder n’est pas surpris.

C’est dommage, ajoute l’avocat, car nous pourrions aider certains d’entre eux à faire des réclamations, s’ils ont un époux ou un enfant de nationalité américaine.

Au complexe Woodscape, Cesar bouillonne d’une nouvelle colère, il vient d’apprendre que le propriétaire d’un autre complexe essaie d’évincer certains locataires touchés par l’ouragan Harvey, dans le but d’avoir les coudées franches pour reconstruire à neuf. « Il faut se battre pour obtenir le strict minimum, et en plus, il faut se défendre contre ceux qui essaient de profiter de la situation en s’attaquant aux plus démunis », dit-il.

Jose Martinez, travailleur en construction, continue d’évaluer les dégâts chez lui. Ses outils ont été endommagés par les inondations. « Ma scie sauteuse, ma perceuse, mon pistolet à clou. Ce sera très difficile de trouver du travail, afin de payer pour mes rénovations et faire vivre ma famille. »

Ce que les Houstoniens n’ont pas compris, affirme Cesar Espinosa, c’est que près d’un demi-million de sans-papiers vivent à ici. La ville aura besoin d’eux pour se remettre sur pied.

Des sans-papiers comme Jose Martinez espéraient faire partie de la reconstruction de Houston, mais leur avenir en sol américain est maintenant incertain.

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