Plus d'un mois après avoir conclu une entente de principe avec le gouvernement, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a commenté les modalités de l'accord.

Une analyse de Sébastien Bovet, chef du Bureau parlementaire à l’Assemblée nationale

But de l'exercice : expliquer, être transparent, rétablir le lien de confiance avec la population et dissiper l'impression que les spécialistes sont « des adorateurs du veau d'or public ».

L'exercice a plutôt ajouté à la confusion en laissant l'impression que spécialistes et gouvernement parlent deux langages différents.

Plusieurs éléments illustrent la confusion qui règne avec la publication de l’entente.

  • La FMSQ parle d’une augmentation de la rémunération de 5,2 %, le gouvernement parle de 11,2 %;
  • La FMSQ parle d’économies pour le Trésor public de trois milliards et demi de dollars, les documents du gouvernement parlent de trois milliards de dollars;
  • Une annexe du protocole d’entente signé par la FMSQ et le gouvernement affirme que l’étude de l’Institut canadien d’information sur la santé (celle qui nous dira s’il y a un écart de rémunération entre les spécialistes québécois et ceux du reste du Canada) restera confidentielle, la FMSQ dit le contraire;
  • La FMSQ affirme qu’une étude récente de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), qui conclut que les spécialistes du Québec gagnent déjà plus que ceux de l’Ontario, est incomplète, l’ICIS dit le contraire.

Après, la FMSQ accusera les médias de transmettre de la fausse information. Avouez qu’une chatte y perdrait ses chatons et que seuls les négociateurs de la fédération et du gouvernement peuvent y comprendre quelque chose.

Un cynique dirait que cette confusion est savamment entretenue pour que la population se concentre sur les promesses de l’entente.

Le défi des services

Ces promesses de l’entente permettent au gouvernement et aux spécialistes de parler le même langage. Ils nous promettent d’améliorer les services en disant: oui, les spécialistes reçoivent beaucoup d’argent, mais les services vont s’améliorer, on ne manquera plus de chirurgiens, par exemple, dans certaines régions du Québec.

Tout le monde souhaite que cette promesse se réalise, mais il y a des sceptiques dans la salle. Pourquoi?

Parce qu’en 2007, le gouvernement publiait un communiqué annonçant « un partenariat historique » avec les spécialistes, une entente qui devait « améliorer l’accessibilité, les conditions de pratique et l’organisation des soins dans le réseau de la santé ». Ça ressemble à un film que vous avez déjà vu?

Dix ans plus tard, que s’est-il passé? Le gouvernement a adopté les lois 20 et 130 pour forcer les médecins à en faire plus. La signature d’ententes prétendument « historiques » ou « bénéfiques pour la population » n’est pas une garantie que les soins s’amélioreront.

C’est peut-être pour ça que la dernière entente a été accueillie avec une telle réaction.

Plus d'articles