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Les superinfirmières au secours des CHSLD, une solution selon l'Ordre des infirmières

Pour combler la pénurie de médecins dans les Centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD), Québec y fera entrer des infirmières praticiennes spécialisées. L'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIQ) approuve, tandis que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) affirme que ce ne sera pas « une panacée ».

Un texte d'Anne Marie Lecomte

« C'est un enjeu qui est réel », reconnaît le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette, au sujet des médecins qui désertent depuis quelques mois la pratique dans les CHSLD.

Pour remédier au problème, le ministre Barrette propose entre autres solutions de donner aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS), dites superinfirmières, un rôle de plus en plus prépondérant dans ces établissements.

Québec doit former 2000 IPS d'ici 2024. Pour l'instant, moins de 100 de ces infirmières sont formées chaque année.

La présidente de l'OIQ, Lucie Tremblay, applaudit l'intention gouvernementale de faire de la place aux superinfirmières qui, jusqu'à présent, n'avaient pas le droit d'exercer leur profession en CHSLD, pour une question de réglementation.

Or, le règlement sera changé d'ici la fin de l'automne, souhaite Mme Tremblay qui croit que la province formera suffisamment d'IPS pour pourvoir les 2000 postes qui seront créés dans le réseau.

Les universités, précise-t-elle, ont reçu les fonds nécessaires pour accepter un plus grand nombre d'étudiants dans ces programmes qui connaissent un engouement grandissant. Déjà, cette année, la cohorte de futures superinfirmières était plus nombreuse que celles des années passées, ajoute Mme Tremblay.

Une présence accrue auprès du patient et de sa famille

Une partie de ces nouvelles superinfirmières seront embauchées dans les CHSLD, où leur utilité a été démontrée dans un projet pilote mis sur pied en mai 2015. Pendant un an et demi, des IPS ont été dans six CHSLD, à Lévis, à Nicolet, à Saint-Jérôme, à Montréal et à Brossard.

Lucie Tremblay affirme que ce projet pilote a illustré que la présence des IPS améliore la prise des médicaments, car la superinfirmière travaille étroitement avec la famille du patient. En effet, 85 % des personnes vivant en CHLSD accusent un déficit cognitif, ce qui rend difficile la communication avec elles. L'approche des IPS « est complémentaire à celle du médecin et du pharmacien », insiste Lucie Tremblay.

D'ajouter la présidente de l'OIQ, la présence des superinfirmières permet aussi d'évaluer de manière plus complète l'état d'une personne et de prévenir ce qu'on appelle « les événements indésirables » : chutes, utilisation de contention, infections nosocomiales...

Prendre soin des résidents des CHSLD nécessite une véritable expertise, souligne Mme Tremblay. « Ce sont des personnes très âgées avec de multiples pathologies, de nombreux médicaments et des problèmes de santé difficiles à évaluer, explique-t-elle. S'ajoutent à cela des problèmes de santé physique et, parfois, mentale. »

La FMOQ dit oui, mais...

« Le remède du ministre peut être intéressant », a concédé le Dr Sylvain Dion, vice-président de la FMOQ, en entrevue à l'émission 24/60 sur ICI RDI. Le Dr Dion exerce dans un CHSLD de la Gaspésie et maintient aussi une pratique en cabinet.

Mais le Dr Dion a des réserves : « Je ne nie pas la contribution possible des infirmières praticiennes spécialisées en CHSLD, mais on comprendra qu’on s’adresse ici à des clientèles qui sont très malades et qui ont des soins complexes ».

Il cite en exemple les autres problèmes vécus dans les CHSLD en raison des compressions budgétaires des dernières années. « On subit actuellement encore les contrecoups de vagues de coupures dans nos établissements », déplore-t-il.

Inclure les patients en CHSLD dans les quotas imposés aux médecins

Sylvain Dion insiste en souhaitant que le ministère de la Santé et des Services sociaux « s’organise pour que nos médecins demeurent en CHSLD pour y suivre leurs patients ».

Cependant, l'une des contraintes auxquelles font face les médecins qui pratiquent en CHSLD pourrait être abolie sous peu par le ministre Barrette.

Ce dernier a en effet indiqué, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, jeudi, qu'il avait des « discussions fructueuses » avec la FMOQ pour permettre aux médecins d'inclure leurs patients en CHSLD dans le nombre total de patients qu'ils prennent en charge. Autrement dit, dans les quotas fixés en vertu des exigences de prise en charge des patients, telles qu'établies dans la loi 20.

Une pétition, lancée par un médecin du CISSS des Laurentides, circule d'ailleurs à cet effet.

Le Dr Dion affirme que la FMOQ veut, elle aussi, « que l’on reconnaisse ces clientèles-là comme étant des patients inscrits aux noms des médecins ».

Une telle façon de faire faciliterait la continuité des soins, affirme-t-il. « Advenant que je tombe malade, le fait que ces patients soient inscrits à mon nom permettra aux collègues de mon groupe de pratique de prendre la relève auprès d'eux. »

La Fédération interprofessionnelle de la santé n'a pas répondu à notre demande d'entrevue.

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