Retour

Les théâtres et les musées font les frais des moyens de pression des enseignants

Le refus des enseignants de déborder de leur horaire de travail hebdomadaire de 32 heures prive des élèves de sorties au théâtre et au musée. Dans la région de Montréal, plusieurs institutions affichent une diminution d'au moins 50 % des réservations habituellement faites par les groupes scolaires.

Un texte de Anne-Louise Despatie

La Maison des arts de Laval, qui reçoit annuellement 16 000 élèves, enregistre une baisse de 70 % des réservations dans son programme jeunesse. « Pour en avoir parlé avec des collègues d'autres salles de spectacles, c'est vraiment généralisé. Pour les institutions, c'est une grande perte, mais c'est surtout pour les artistes. On aurait dû jouer six représentations d'Alice au pays des merveilles (de la compagnie Tout à trac) mais on va en faire difficilement trois », affirme François Hurtubise, coordonnateur à la Maison des Arts de Laval.

Il n'y a pas que les théâtres qui écopent, les groupes scolaires boudent aussi les musées et les spectacles de danse.

« Pour la première fois cette année, on n'a aucune réservation », déplore Anik Bissonnette, de l'École supérieure de ballet du Québec.

Le Musée des Beaux-Arts a accueilli cette saison deux fois moins d'élèves que les automnes précédents. La baisse est encore plus importante pour le Musée McCord. Le Planétarium, le Biodôme et l'Insectarium enregistrent une baisse de plus de 50 % depuis le 1er septembre.

« On est solidaire de ce que les enseignants essaient de dire au gouvernement. Mais pour l'instant, le milieu culturel est un peu pris en sandwich dans l'histoire », poursuit François Hurtubise.

Pour le directeur de la Maison Théatre, qui a initié des milliers de jeunes montréalais aux arts de la scène, le problème est cependant plus vaste. « Moins d'élèves vont être en contact avec du théâtre professionnel [...] Si c'était vraiment une priorité, ce serait inscrit dans le cursus scolaire. Actuellement, si un professeur ne veut pas sortir, il ne sort pas parce que c'est laissé à sa discrétion », soutient Alain Grégoire, pdg de la Maison Théâtre.

M. Grégoire rêve d'une entente formelle qui place ce contact avec les arts de la scène dans le programme des élèves, au même titre que d'autres matières. Il propose aussi de s'inspirer de la Fédération Wallonie-Bruxelles « où un décret fait que tous les théâtres sont appelés à présenter leur œuvre. Ensuite, ils sont choisis et vont dans les écoles qui doivent en recevoir ».

En se limitant aux 32 heures de travail exigées à l'école, les enseignants disent ainsi démontrer qu'ils n'ont pas le temps d'organiser et de financer les sorties scolaires, compte tenu des autres tâches qu'ils doivent accomplir.

« C'est une question de reconnaissance du travail des enseignants. On sait que les sorties débordent en dehors des heures de cours. Nous voulons que les gens réalisent le travail que ça demande de préparer une sortie culturelle », explique Shirley Rozon, enseignante à l'école Raymond, à Laval.

« Si les directions d'école reconnaissaient ce temps-là, les sorties culturelles se feraient. Mais, il y a un refus des directions d'écoles de le reconnaître, donc les enseignants refusent de faire du bénévolat », affirme le président de la Fédération autonome de l'enseignement, Sylvain Mallette.

Des directions d'écoles sont piquées au vif par les propos de M. Mallette et disent n'avoir jamais demandé aux enseignants de faire du bénévolat. Elles précisent avoir l'obligation d'appliquer la convention collective négociée entre les syndicats et le gouvernement, tout en faisant des choix pour le fonctionnement de leur école.

« La division de la tâche des enseignants en minutes est un véritable casse-tête pour l'organisation des services et ne répond plus aux besoins des élèves d'aujourd'hui. Il est temps qu'on cesse de gérer leur tâche à la minute près comme celle des ouvriers d'une usine. Ce sont des professionnels qui doivent, dans le cadre de leur semaine de travail, être disponibles là où sont les besoins des élèves », affirme Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE).

Avec des informations de Mélanye Boissonnault

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine